Le secteur des microfinances est réglementé au Togo. L’Etat a un regard sur les pratiques des acteurs et travaille constamment avec la seule association professionnelle du milieu. Il s’agit de l’APSFD qui depuis 23 ans est aux côtés de toutes les institutions et se bat pour leur progrès.
De défis en défis, une pandémie mondiale est venue bousculer le quotidien du secteur. Naît alors une dynamique de changement profond marquée par la digitalisation dans un siècle où tout le monde reste accroché à son smartphone et souhaite faire ses opérations financières où qu’il se trouve.
Lomebougeinfo a tendu son micro à celui qui depuis plus de (20 ans) pour une interview exclusive dont voici le contenu.
Lomebougeinfo : Bonjour M. Le Directeur, veuillez-vous présenter pour nos lecteurs ?
A.K. K. : Je suis Ange Kossivi Ketor, gestionnaire financier de profession et gestionnaire de projets. Je suis Directeur exécutif de l’APSFD-Togo qui est l’Association professionnelle des systèmes financiers décentralisés du Togo. C’est une institution de la Loi n° 09-2011 du 11 mai 2011 portant règlementation des systèmes financiers décentralisés qui réglemente les activités des microfinances au Togo. La même loi est en vigueur dans les 8 pays de l’UEMOA.
Le rôle est de rassembler les microfinances. Dès qu’elles ont l’agrément, elles doivent adhérer à l’association professionnelle dans les 90 prochains jours. L’APSFD fait le plaidoyer, la communication et la représentation de ces institutions localement ou à l’extérieur. Nous avons pour rôle d’éduquer la population sur tout ce qui est matière financière afin qu’elle puisse prendre des décisions éclairées. L’Association est mise en place au Togo le 31 juillet 1998. Nous avons une nouvelle mouture de la Loi pour élargir le champ d’intervention de l’association vers la détection des structures n’ayant pas d’agrément. L’un de nos rôles futurs sera de combattre les structures illégales.
Comment est-ce que le travail se fait sur le terrain sachant qu’il y a de ces structures qui disparaissent avec l’argent des clients ?
Pour le moment, la Loi donne le rôle de surveillance au ministère de l’Economie et des Finances. Avec la nouvelle Loi en préparation, nous aurons rôle d’appréhender ces structures n’ayant pas d’agrément.
Actuellement, nous avons détecté deux structures qui fonctionnent illégalement, l’une à Bè et l’autre à Moretan (237 km de Lomé). Le ministère a été averti. Lors de mes voyages, je signale tout ce que je vois d’anormal sur le terrain. Ceux qui s’adonnent à ces pratiques sont souvent des personnes ayant été dans le secteur de la microfinance et qui connaissent les modes opératoires. On collabore avec le ministère et les autres microfinances pour mettre fin à ces agissements.
Combien de membres avez-vous aujourd’hui et comment se portent-ils en ces temps de pandémie du coronavirus ?
Nous avons aujourd’hui 58 institutions membres. En termes de points de vente (agences, caisses, guichets, nous avons plus de 580 sur l’ensemble du territoire. Il y a des institutions qui ont plusieurs agences. Chez nous, on compte la seule entité avec la possibilité de l’étendre aux agences.
Le secteur a reçu un coup avec la Covid-19 qui est un événement étranger. C’est une maladie funeste et terrible qui a bouleversé nos plans. Elle nous impose certaines manières. Ou on s’adapte ou on disparaît. La gestion des clients a changé, le nombre d’heures de travail aussi. On n’a jamais travaillé de 7h 30 à 14 h 30 auparavant mais avec la crise, on a dû se réinventer. Aujourd’hui, nous sommes plus résilients.
En fin avril 2020, on a remarqué une chute des dépôts. Il y a eu une baisse d’à peu près 7 à 10 milliards FCFA. Tout est revenu à la normal autour de juillet 2020. L’autre point important, c’est les reports d’échéances. Pour les clients qui étaient à jour de leurs remboursements mais affectés par les mesures restrictives, la BCEAO a sorti un avis pour le prolongement des remboursements. L’avis donne la latitude de payer 3 voire 6 mois après le délai fixé préalablement. En gros, les institutions de microfinance ont été résilientes même si on avait eu peur d’une crise de liquidité à cause des retraits puisque les dépôts ont servi à faire des crédits.
Aujourd’hui que ce soit pour les remboursements ou les crédits, tout revient à la normale. Nous avons même connu une hausse des membres. On est passé environ de 3,1 millions en fin 2019, à environ 3,3 millions en 2020. Nous travaillons sur la relance des activités en mettant l’accent sur la digitalisation. En un mot, la pandémie a été une opportunité pour nous.
Quels sont les défis à relever pour les prochaines années ?
Il faut aller à la digitalisation mais cela demande des ressources financières importantes. On a évolué avec des appuis de partenaires. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas mais beaucoup sont collés à cela. Ce n’est plus la microfinance de développement mais marchande.
Les structures doivent trouver les moyens pour investir. Nous sommes 8 millions de Togolais mais seuls 3,3 millions font recours aux services des institutions de microfinances. Il y a du travail.
Quel est votre message de fin ?
La Covid-19 n’est pas une fatalité. Il faut en faire une opportunité. Il ne faut pas l’utiliser comme un argument pour ne pas travailler ou rembourser ses prêts. Il y a la nécessité d’innover au niveau des microfinances au risque de disparaître.
Pour nos frères, il faut que l’approche de l’emploi change. Ce n’est plus le moment de dire que l’on a un diplôme et d’attendre forcément un emploi dans un cadre très confortable. Nous voyons de nombreux étrangers qui viennent, font des métiers que beaucoup négligent et réussissent à donner vie à leurs rêves. Il faut changer le paradigme de l’emploi.
Propos recueillis par
Bienvenu AMOUH Assou Afanglo






