Patrick Cazal: ce nom ne vous évoque peut-être pas grand-chose. Pourtant le Réunionnais de 55 ans est double champion du monde de handball. Il entraîne depuis juillet dernier en… 2e division suisse, à Chênois Genève. Cazal a mené l’équipe au 3e rang et entend lui faire passer un « nouveau cap ». Pour RTSsport, il a dévoilé les ressorts d’une carrière et d’une vie marquées par la résilience, la passion et une quête incessante de l’humain.
Comment une légende du handball, entraîneur reconnu et champion de France avec Dunkerque en 2014, se retrouve-t-elle sur le banc d’un club de 2e division en Suisse? Pour Patrick Cazal, la réponse n’a rien d’une régression. « J’ai rencontré les bonnes personnes, à un moment où je me posais beaucoup de questions, où j’avais envie de me reconstruire aussi différemment. »
Ce besoin de reconstruction est né d’une usure du très haut niveau, un monde dans lequel il a baigné pendant 3 décennies. Il aspirait à autre chose, à « retrouver une forme de chaleur dans le travail. » Il voulait échapper à une sorte de déshumanisation qui peut s’installer dans le sport professionnel: « Pourquoi ne pourrait-on pas être professionnel, tout en gardant quand même un peu d’humanité, un peu de chaleur? », s’interroge-t-il.
Le handball comme bouée de sauvetage
A Genève, il a trouvé un projet qui lui a permis de se ressourcer. Son ambition est désormais de bâtir, de « passer un cap » avec le club de Sous-Moulin, où il a prolongé son contrat jusqu’en 2030.
Lorsqu’on demande au double champion du monde ce que le handball représente pour lui, l’émotion le submerge. Les yeux humides, il lâche, après une pause: « C’est ce qui m’a permis d’être un homme, tout simplement. »
Le handball a été sa bouée de sauvetage. Né dans les hauteurs de La Réunion, sans eau courante ni électricité, il était destiné à travailler dans les champs. Le déménagement de sa famille dans la capitale, à Saint-Denis, dans un quartier difficile, l’a exposé à de mauvaises influences. Il reconnaît avoir été un « voyou » : « J’ai eu cette faiblesse de suivre et de penser que la vie c’était ça.. J’ai perdu beaucoup de copains. Donc oui, ça aurait pu être moi. »
Le handball, découvert par hasard, l’a sauvé. « Oui, totalement. Je sais que si j’étais resté dans cet environnement, je n’aurais pas pu me construire. » Le sport lui a appris les règles, le respect et lui a permis de renouer avec ses parents.
L’apothéose de 2001: « On ne peut pas gagner sans amour »
Parmi les sommets de sa carrière, la finale du Mondial 2001 à Bercy. Le souvenir est si vif qu’il n’a « jamais voulu revoir ce match ». Blessé à une cheville, il sort en larmes, persuadé que son rêve s’achève.
C’est alors que son entraîneur s’approche. « Il a trouvé le bon mot, la bonne phrase », raconte Cazal. Galvanisé par les 15’000 spectateurs, il retourne au combat. « Tu te dis j’y vais, au moins j’essaie. »
Il ne se contentera pas d’essayer, il sera décisif (3 buts en prolongations, victoire de la France 28-25 contre la Suède). Cette victoire collective sera symbolisée par le t-shirt qu’il portera en hommage à son coach: « Costantini, on t’aime ».
Une conviction qu’il martèle encore aujourd’hui: « On ne peut pas gagner sans amour ». Aujourd’hui, c’est cette philosophie, mêlant professionnalisme et humanité, qu’il souhaite transmettre à Chênois Genève.
Miguel Bao, Claudine Gaillard-Torrent et Massimo Incollingo
TRS.CH







