Au Togo, la rubéole demeure une maladie virale sous étroite surveillance des autorités sanitaires. Bien que généralement bénigne chez l’enfant, elle représente un danger réel pour la santé maternelle et infantile lorsqu’elle touche des femmes enceintes non immunisées. Face à ce risque, le pays renforce ses campagnes de vaccination et de sensibilisation.

image

Une infection virale évitable mais persistante

En 2025, selon les chiffres du ministère en charge de la Santé, 1 206 cas suspects de rougeole et de rubéole ont été notifiés, dont 978 prélèvements effectués. Les résultats ont confirmé 511 cas de rougeole et 12 cas de rubéole. Un cas de rubéole congénitale a également été confirmé sur 68 cas suspects. Ces données montrent que la maladie continue de circuler, bien qu’à faible intensité, et qu’elle demeure une préoccupation pour la santé publique.

« La rubéole est provoquée par un virus du genre Rubivirus, transmis par les gouttelettes respiratoires d’une personne infectée lorsqu’elle tousse, éternue ou parle », explique le Dr Jean-Claude Bakpatina, médecin à la clinique Floréal de Lomé.

Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le virus est hautement contagieux et peut se propager rapidement dans les communautés où la couverture vaccinale est insuffisante. « Tant que les enfants, les femmes enceintes et les nouveau-nés ne sont pas suffisamment vaccinés, le risque de résurgence persiste », souligne Adonglisso Boyodi, chef de la section régionale de la promotion de la santé à la Direction régionale de la santé (DRS) du Grand Lomé.

Une maladie souvent bénigne chez l’enfant

Un cas de rubeole
Un cas de rubeole

Chez l’enfant, dans 20 à 50 % des cas, la rubéole peut passer inaperçue. Elle se manifeste toutefois le plus souvent par une fièvre modérée (inférieure à 39 °C), un état de malaise, des yeux rouges (surtout chez l’adulte), un gonflement des ganglions situés derrière les oreilles, à l’arrière de la tête et du cou, ainsi que des taches ou de petits boutons sur la peau pouvant provoquer des démangeaisons, précise le Dr Jean-Claude Bakpatina.

Les complications chez l’enfant, bien que rares, restent une source de préoccupation. « Les plus courantes concernent les articulations. Il existe aussi un risque de thrombocytopénie, c’est-à-dire une baisse du nombre de plaquettes pouvant entraîner des saignements. Plus rarement, le cerveau peut être atteint, provoquant une forte fièvre, des convulsions et des troubles neurologiques. Ce sont des cas isolés, mais bien réels », ajoute-t-il.

Une maladie dramatique pour le nouveau-né

 « La rubéole congénitale se caractérise par des malformations chez le nouveau-né ou chez le nourrisson de moins d’un an. Ces anomalies touchent certains organes et sont provoquées par le virus de la rubéole », explique le professeur Yawo Atakouma, pédiatre et ancien chef du service de pédiatrie du CHU Sylvanus Olympio. Selon lui, ces atteintes peuvent concerner les yeux, entraînant des troubles de la vision, ou les oreilles, se traduisant par une surdité partielle ou totale. « L’enfant peut également présenter des difficultés respiratoires, signe possible d’une anomalie cardiaque », précise-t-il.

Ces complications surviennent le plus souvent au cours du premier trimestre de la grossesse, période durant laquelle les organes du fœtus se forment.

« Nous avons déjà pris en charge des cas d’anomalies congénitales liées à la rubéole. C’est une situation extrêmement difficile, tant pour les familles que pour les équipes médicales », confie Dr Dédé Kafui Améwoui, gynécologue-obstétricienne et responsable de la clinique Group Medical à Lomé.

A ce jour, il n’existe aucun traitement spécifique contre le virus de la rubéole. La prise en charge repose sur le soulagement des symptômes. Les femmes enceintes exposées au virus bénéficient d’un suivi obstétrical renforcé afin de détecter précocement d’éventuelles complications fœtales.

Le vaccin, un bouclier contre la rubéole

Le seul moyen efficace de prévenir la rubéole reste la vaccination. Au Togo, le vaccin est administré sous forme combinée rougeole-rubéole (RR) dans le cadre du Programme élargi de vaccination (PEV). « La vaccination est la seule prévention efficace contre la rougeole et la rubéole, deux maladies redoutables. Les vaccins utilisés sont gratuits, sûrs et efficaces. Ils protègent non seulement les enfants et les femmes enceintes, mais aussi l’ensemble de la communauté », rappelle le professeur Tchin Darré, ministre délégué auprès du ministère de la Santé, de l’Hygiène publique, de la Couverture sanitaire universelle et des Assurances.

Une campagne nationale de vaccination contre la rougeole et la rubéole s’est déroulée du 24 au 30 novembre 2025 à travers tout le pays. Elle a concerné les enfants âgés de 6 mois à 9 ans. Cette initiative marque une nouvelle étape vers l’objectif « zéro rougeole, zéro rubéole » à l’horizon 2030 et contribue à renforcer la santé, la nutrition et l’immunité des enfants.

Par ailleurs, « les femmes enceintes doivent être rigoureusement suivies dans les maternités au cours des consultations prénatales. Il est recommandé d’effectuer au moins quatre consultations, du début de la grossesse jusqu’à l’accouchement, afin de surveiller l’évolution de la grossesse et de prévenir les maladies susceptibles d’être néfastes pour la mère et le futur bébé », insiste le Dr Dédé Améwoui.

Grâce à la vaccination systématique, au renforcement de la surveillance épidémiologique et à l’engagement communautaire, le Togo progresse vers son objectif d’élimination de la rubéole. Mais la vigilance reste de mise. « Tant qu’un seul enfant demeure non vacciné, le risque de résurgence persiste », a ajouté Dr Dédé.

« Lorsque la rubéole touche une femme enceinte non immunisée, l’évolution peut être dramatique. C’est une maladie généralement bénigne, mais sa discrétion est précisément ce qui la rend dangereuse », conclut la directrice régionale de la Santé du Grand Lomé, Dr Tchilalou Maryse Tagba-Pelei.

Related Posts