En revisitant la légende bretonne du « Berger de la nuit », le réalisateur David Hourrègue convoque autant John Carpenter que Steven Spielberg ou Stephen King. Mini-série à voir sur Prime Video depuis le 4 avril, « Anaon » mêle habilement fantastique, thriller, drame familial, deuil difficile et teen-movie.
Parce que la vie doit continuer, le major de gendarmerie Max (Guillaume Labbé), veuf depuis un mois, décide de reprendre le travail pour penser à autre chose qu’à son épouse disparue prématurément. De son côté, sa fille adolescente Wendie (Capucine Malarre) retrouve aussi le chemin du collège, espérant panser son chagrin.
Très vite, le gendarme doit diligenter une enquête autour de la disparition de Gwen, une adolescente, dans des circonstances qui ne laissent a priori aucun doute sur le coupable et son mobile. Les déclarations farfelues du suspect interpellé ne font que convaincre Max que l’affaire est bouclée. Sauf que…
Deux enquêtes parallèles
Un soir, les amis de Wendie organisent une veillée aux abords d’un vieux château d’eau. Une apparition démoniaque trouble la fête, mais Wendie se surprend à user de pouvoirs surnaturels insoupçonnés et repousse les assauts de la bête féroce. Perturbée, elle le sera d’autant plus en visitant sa grand-mère à l’EMS. L’aïeule, dans une crise de démence, lui annonce qu’IL est revenu et qu’elle, Wendie, doit retrouver la fille aux cheveux rouges, la fameuse Gwen.
Alors que Wendie tente d’alerter son père sur ces évènements inexpliqués, ce dernier, trop rationnel, préfère balayer d’un trait. Dès lors, deux enquêtes ont cours: celle menée par une gendarmerie qui patauge dans les incohérences et celle des ados sur la piste du Berger de la nuit, un spectre capable d’ouvrir la porte entre les mondes des vivants et des morts. Mais qui a fait revenir cette créature? Pourquoi? Et quelles seront les conséquences?
Atmosphère pesante
La série « Anaon » avance à pas feutrés. La légende de ce Berger de la nuit n’est que l’arbre qui masque la forêt bretonne parsemée de rochers géants, sublime écrin pour des scènes superbement éclairées. Le réalisateur David Hourrègue instille une atmosphère de plus en plus pesante à mesure que l’étau se resserre sur le sculpteur qui façonne son œuvre pour rejoindre le royaume des morts.
L’histoire parfaitement dosée oscille entre la chasse infernale au criminel, l’énigme à résoudre, la maraude de la bestiole féroce et les moments plus intimes explorant la relation houleuse père-fille face à un deuil compliqué. Le vrai sujet est là. Comment surmonter la disparition d’un être cher et qui vous manque terriblement sans y laisser trop de plumes?
Capucine Malarre, l’inexpérimentée comédienne promise à un brillant avenir, donne ici largement le change à Guillaume Labbé devenu au fil du temps une figure incontournable dans l’univers des séries (« Machine », « Rivages », « Super mâles » et bientôt « Le diplôme »).
Philippe Congiusti/olhor







