A Lausanne, le festival de bande dessinée BDFIL a présenté mardi le programme de sa 20e édition du 27 avril au 10 mai, avec comme invitée d’honneur l’autrice française engagée et féministe Mirion Malle. Face aux difficultés des artistes, BDFIL lance aussi des états généraux de la bande dessinée.
« La bande dessinée est un art encore très peu soutenu au niveau institutionnel. Les artistes, les libraires et les maisons d’édition ont beaucoup de difficultés à joindre les deux bouts », a défendu Léonore Porchet, codirectrice du festival BDFIL. Elle se réjouit toutefois que le Canton de Vaud et la Ville de Lausanne continuent à soutenir cet art de manière importante.
Face aux difficultés financières du secteur, BDFIL se propose de recueillir le témoignage de ses acteurs durant la seconde moitié de l’année 2026, afin de produire « un rapport et des revendications de politique culturelle », annonce Léonore Porchet. Au-delà d’un soutien institutionnel renforcé, elle imagine un prix unique du livre ou une récompense décernée à la bande dessinée suisse. La codirectrice ajoute que les conclusions de l’enquête, à la portée nationale, seront dévoilées lors de l’édition 2027 du festival.

Le Québec invité
Côté programme, BDFIL accueille cette année le Québec comme « pays invité ». Gaëlle Kovaliv, codirectrice du festival, a relevé la créativité et la singularité de l’humour d’outre-Atlantique. « La bande dessinée québécoise est à l’intersection de plusieurs aires d’influence: le franco-belge, mais aussi le comics et le global manga. Ce territoire très mixte parvient à les combiner de manière harmonieuse et inédite », décrit-elle. Douze auteurs québécois seront présents à Lausanne; les planches de Guy Delisle, Jimmy Beaulieu ou Alex A. seront notamment exposées.
Le festival mettra par ailleurs à l’honneur la série de BD jeunesse « Le loup en slip », qui rend accessible aux plus jeunes des thèmes politiques comme la propriété privée ou les stéréotypes. Les organisatrices défendent une programmation qui transmet des valeurs de justice sociale et d’ouverture d’esprit, s’opposant à la progression des idéologies d’extrême droite à travers le monde.
Pour cette édition anniversaire, BDFIL fête sa 20e édition au côté de Mirion Malle, autrice française installée à Montréal, invitée d’honneur du festival et signataire de l’affiche. La dessinatrice est une figure emblématique de la bande dessinée engagée et féministe qui s’est fait connaître grâce à son blog BD féministe « Commando culotte » avant de signer plusieurs albums militants.
Retour sur vingt ans de BD
A l’occasion de sa 20e édition, le festival compte dévoiler des planches inédites issues de son livre d’or. Ces dessins, créés par les artistes lors de leur passage, étaient jusqu’ici archivés et conservés à l’abri des regards . »Ces dessins racontent l’histoire du festival: on remarque les années où il a plu parce que tout le monde dessine la pluie », sourit Gaëlle Kovaliv.
L’eau sera le thème annuel de BDFIL. Les codirectrices défendent son actualité, entre les enjeux d’accès et d’utilisation dans le contexte de crise écologique. Elles évoquent aussi son caractère intime, avec le changement de rapport au corps lorsque l’eau s’est mise à couler à l’intérieur de nos logements.
Mais ce thème soulève aussi de nombreux enjeux esthétiques, sur « la façon de représenter un liquide, en plus transparent, qui peut prendre plusieurs formes entre son caractère évanescent, bouillant, gelé… », illustre Gaëlle Kovaliv.
Vallotton revisité
Le festival a aussi mandaté vingt de ses anciens lauréats pour revisiter « Le bain au soir d’été » de Félix Vallotton en bande dessinée. L’exposition en plein air « Bulles d’eau » est aussi prévue jusqu’à la fin septembre au parc de Milan.
Au total, une quinzaine d’expositions se tiendront dans le cadre de BDFIL cette année. Le quartier de la gare, entre Plateforme 10 et la Rasude, sera particulièrement animé par la BD. La liste des artistes et la programmation détaillée seront dévoilées au mois de mars.
ats/olhor







