Une vingtaine de rédacteurs en chef ont appelé le Premier ministre tchèque Andrej Babiš (ANO), ainsi que les autres responsables politiques, à respecter la liberté des médias nationaux et leur esprit critique. « Les attaques contre les journalistes et la remise en cause de l’indépendance des médias n’ont pas leur place dans une société libre », constatent les signataires en réaction à une vidéo publiée sur les réseaux sociaux, où le chef du gouvernement accuse certaines rédactions de « mensonge, partialité et manipulation ».

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En janvier dernier déjà, lors du congrès du mouvement ANO, dont il avait été réélu à la tête avec plus de 90 % des voix, Andrej Babiš avait de facto déclaré la guerre aux médias tchèques – publics comme privés. Dans son discours devant les délégués, le Premier ministre avait alors déclaré que son parti, grand vainqueur des élections législatives d’octobre 2025, avait subi ces dernières années une « pression systématique » de médias qui, toujours selon lui, « ont ouvertement pris le parti du précédent gouvernement » de centre-droit, « tout en présentant le mouvement ANO comme problématique ».

« Les médias ont été notre plus grand adversaire, et cela reste le cas même après les élections », avait conclu celui qui dirige, depuis décembre dernier, une coalition gouvernementale tripartite formée par ANO ainsi que par le SPD et les Automobilistes, deux partis extrémistes et anti-système. Une coalition dont l’un des principaux objectifs pour cette année est, par ailleurs, de transformer le système de financement des médias de service public, concrètement en supprimant la redevance audiovisuelle pour faire passer le financement de la Radio et de la Télévision tchèques sous le budget de l’État à partir de 2027.

Dans une vidéo diffusée, samedi 28 mars, sur le réseaux X, sur lequel il a pris l’habitude de s’adresser à ses électeurs, Andrej Babiš s’en est pris toutefois pris notamment aux sites d’information Seznam Zprávy et Novinky.cz, ou encore au quotidien Právo qui, selon lui, « ont renoncé à l’objectivité et sont devenus des acteurs politiques.»

Persuadé que la majorité des médias nationaux mène un combat déloyal contre sa personne et tentent de l’évincer de la politique, Andrej Babiš estime que les deux sites privés « utilisent leur position privilégiée sur le portail Seznam.cz pour influencer massivement l’opinion publique, et non pour informer ».

Début mars, Seznam.cz qui fait figure de plus important portail web en Tchéquie, s’était déjà opposé à ces propos, en portant plainte contre le Premier ministre en raison d’attaques formulées à plusieurs reprises par ce dernier contre la société et pour atteinte à la réputation.

Ce dimanche, les rédacteurs en chef des deux sites d’information ont de nouveau dénoncé la rhétorique d’Andrej Babiš, soutenus cette fois par une vingtaine de leurs confrères, tous représentants de médias réputés, parmi lesquels les quotidiens Hospodářské noviny et Deník N, l’agence de presse ČTK, les hebdomadaires Respekt et Reflex, ainsi que les responsables des principales chaînes de la Radio et de la Télévision publiques.

« Les médias libres et indépendants sont un élément indispensable de toute société démocratique ; ils assurent également le contrôle public du pouvoir étatique que tout homme politique devrait accepter », peut-on lire dans leur déclaration.

Pour sa part, le rédacteur en chef de Seznam Zprávy a souligné que « l’importance accordée aux faits, au courage, au professionnalisme et à la transparence » était « essentielle pour la rédaction ». « Nous continuerons à la défendre, peu importe qui s’attaque à nous et quelle que soit sa fonction. Nous ne nous laisserons ni intimider ni manipuler pour endosser le rôle d’adversaire politique », a encore déclaré Robert Čásenský.

L’ONG Reporters sans frontières a également réagi en condamnant « les attaques infondées » du chef du gouvernement Andrej Babiš. « Il s’agit là de pratiques diffamatoires inacceptables », a-t-elle écrit sur le réseau X.

Auteur:Magdalena Hrozínková

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