Vingt ans après sa première et unique participation à une phase finale, la République tchèque a décroché son billet pour la Coupe du monde 2026 en battant le Danemark en finale des barrages de qualification mardi soir à Prague (2-2, 3-1 aux tirs au but). Un grand moment de bonheur pour le football tchèque.
La République tchèque participera donc à la Coupe du monde en juin prochain, et si, vingt ans après sa dernière apparition dans une phase finale, il s’agit là indéniablement d’une bonne nouvelle pour son football, et pour le sport tchèque dans sa globalité, ça l’est peut-être en revanche un peu moins pour le football mondial.
Car même si les supporters tchèques n’en avaient tout à fait cure – et ils avaient bien raison ! – après que Michal Sadílek a transformé le quatrième tir au but qui a envoyé la Reprezentace en Amérique, ou plus précisément au Mexique où elle disputera deux de ses trois matchs de groupe, cela n’empêche pas de constater que ce n’est pas la meilleure équipe sur le terrain qui a arraché la qualification, mardi.
Il est d’ailleurs fort probable que le Danemark, techniquement nettement supérieur aux Tchèques, ressassera très longtemps encore cette soirée pragoise qui, comme cinq jours auparavant déjà lors de la réception de l’Irlande en demi-finales des barrages, s’est achevée au bout de la prolongation et d’une séance de tirs au but qui, une nouvelle fois, a souri aux hommes de Miroslav Koubek, le sélectionneur tchèque en poste depuis deux matchs.
Après que Pavel Šulc, d’une superbe reprise à la retombée d’un corner mal renvoyé par la défense danoise, a ouvert le score dès la 3e minute de jeu, puis que leur capitaine Ladislav Krejčí, cette fois à la réception d’une longue touche, leur a redonné l’avantage (2-1) en prolongation (100e minute), c’est essentiellement à l’énergie, au cœur et à la volonté que les Tchèques, contraints de courir après le ballon pendant la majeure partie du match, ont validé leur billet pour le Mondial.
Conscients de la qualité de leur adversaire, qui avait balayé la Macédoine du Nord jeudi dernier dans l’autre demi-finale (4-0), conscients aussi probablement de leurs limites tant individuelles que collectives, l’attaquant lyonnais et ses partenaires se sont en effet d’abord appliqués à rester bien groupés dans leur moitié de terrain.
Et même si le Danemark, dont le Marseillais Pierre-Emile Hojbjerg était le capitaine, est parvenu à égaliser à deux reprises, à chaque fois de la tête par l’ancien Lyonnais Joachim Andersen suite à un coup-franc (1-1, 72e) puis par Kasper Hogh suite à un corner (2-2, 111e), c’est précisément cette application mise à bien défendre, agrémentée du souci continu de tirer le maximum de la moindre possibilité de contre à chaque récupération du ballon, qui a contribué au bonheur final des Tchèques.
Peu soucieux dans l’euphorie de la qualification – et on le comprend bien – de cette impression d’ensemble laissée sur le terrain, Pavel Šulc, élu homme du match, était d’abord un joueur heureux au coup de sifflet final, qui ne voulait retenir que l’essentiel :
« C’est un scénario dont on rêvait et je dirais que je n’ai jamais marqué de but plus important dans ma carrière. Cette ouverture du score a vraiment boosté le match et a aussi changé la donne. Si ce but avait été inscrit plus tard dans la partie, les Danois ne seraient pas restés aussi confiants, alors que là, ils savaient qu’ils avaient encore tout le match devant eux pour égaliser et gagner. Comme nous avons mené deux fois au score, ce n’était pas simple d’aller encore aux tirs au but, car nous pensions pouvoir conclure le match dès la prolongation. D’un autre côté, cinq jours après l’Irlande, nous en avions un peu l’habitude, contrairement aux Danois. Au bout du compte, c’est un sentiment merveilleux. Je suis très heureux aussi pour l’entraîneur et je suis ravi que nous ayons réussi cela tous ensemble. »
Nommé en décembre dernier, juste avant Noël, après une première partie de campagne éliminatoire particulièrement laborieuse et souvent décevante, Miroslav Koubek, qui à 74 ans sera probablement le sélectionneur le plus âgé au Mondial, aura été un des grands artisans de cette qualification tchèque. Larme à l’œil mardi soir, l’ancien entraîneur du Viktoria Plzeň, où il avait Pavel Šulc sous ses ordres encore en début de saison, a su construire un groupe de joueurs qui, contre le Danemark comme contre l’Irlande précédemment, aura surtout brillé par sa solidarité et son abnégation. Sevré de ballons et souvent esseulé à la pointe de l’attaque tout au long de cette finale, l’attaquant Patrik Schick a d’ailleurs reconnu sans peine les limites de cette Reprezentace « mondialiste » à la sortie d’un vestiaire où, comme on l’imagine volontiers, la bière a très probablement coulé à flots :
« Il faut être honnête, nous n’avons pas vraiment brillé sur le plan footballistique lors de ces deux matchs (de barrages). Mais nous savions ce que les Danois n’apprécient pas et nous avons fait exactement ce que nous avions convenu de faire pour les gêner. Cela a parfaitement fonctionné et nous nous sommes toujours tenus au plan tactique que nous avions établi avant le match. Tout le monde s’est sacrifié pour le bien de l’équipe et c’est ce qui nous a permis de nous qualifier. »
Qualifiée de dernière minute, la République tchèque dispose désormais d’un peu plus de deux mois pour se préparer à son premier match de groupe à la Coupe du monde. Ce sera le 12 juin contre la Corée du Sud à Guadalajara, là même où la Tchécoslovaquie avait affronté le Brésil de Pelé en 1970, six jours avant de se mesurer à l’Afrique du Sud à Atlanta, puis au Mexique au légendaire stade Azteca, le 25 juin. Vu de Prague, vivement donc l’été quand même !
Guillaume Narguet/ radio.cz






