Le 22e congrès de l’Association panafricaine des exégètes catholiques s’est achevé dimanche 6 septembre à Bonoua, dans le diocèse de Grand-Bassam, en Côte d’Ivoire. Pendant plusieurs jours, des biblistes africains ont réfléchi au thème de «la Bible et la dignité humaine: violence, esclavage et traite des êtres humains». Pour Mgr Jacques Assanvo Ahiwa, président de l’APECA, cette réflexion entend mettre la Parole de Dieu en dialogue avec les défis auxquels l’Afrique est aujourd’hui confrontée.
Moriba Camara, S.J. – Cité du Vatican et Marcel Ariston BLÉ, Côte d’Ivoire
Interrogé au terme du congrès, Mgr Jacques Assanvo Ahiwa explique que «les thèmes choisis par l’APECA tous les deux ans sont étroitement liés aux défis du continent». La question de la dignité humaine a ainsi été abordée à partir des situations de violence, d’esclavage et de traite des personnes qui caractérise l’humanité en générale et l’Afrique en particulier. Pour l’archevêque de Bouaké, ce choix est aussi directement lié à l’actualité. Il évoque notamment «les nombreux jeunes Africains qui quittent leur continent dans l’espoir de trouver une vie meilleure en Europe ou ailleurs». Certains meurent en mer ou arrivent au terme de leur parcours dans des conditions qui portent atteinte à leur dignité. «Ceux qui arrivent, arrivent vraiment pratiquement en lambeaux avec la perte totale de leur humanité et de leur dignité», déplore-t-il.
L’esclavage moderne et la traite des personnes
Mgr Ahiwa alerte également sur les formes contemporaines de traite de l’humain. Des réseaux de trafic organisent le déplacement de jeunes en leur promettant un avenir meilleur, avant de les exploiter et de les humilier. Il cite aussi le cas de jeunes filles et d’enfants envoyés dans d’autres pays pour effectuer des travaux qui ne sont pas de leur âge. «Tout ça, je pense que c’est très grave pour nos sociétés», souligne-t-il, constatant que la société peine encore à trouver les moyens de faire barrage à ces pratiques.

Les membres de l’Association panafricaine des exégètes catholiques (APECA) lors de leur 22e congrès en Côte d’Ivoire
Au cœur du travail des exégètes se trouve donc une question: «que peut dire aujourd’hui la Bible face aux atteintes à la dignité humaine?» De l’esclavage des Israélites en Égypte à leur déportation à Babylone, en passant par les guerres racontées dans les livres historiques, Mgr Ahiwa rappelle que les Écritures sont traversées par des situations de violence, de traite et d’esclavage. Mais leur étude ne s’arrête pas à l’analyse historique des textes. Il s’agit aussi d’en faire ressortir le message pour l’Afrique contemporaine. Durant ces journées de session, «nous avons surtout appris à écouter la Parole de Dieu dans ces situations de violence qui nous invite à l’espérance», affirme le président de l’APECA. «Dieu veut le bonheur de l’homme et non pas la souffrance» et il est donc opposé à toutes les formes de souffrance qui blessent la dignité humaine.
Mettre l’humanité au cœur de l’action pastorale
Le président de l’APECA dénonce également des formes plus subtiles de déni de la dignité qui caractérise la société contemporaine. Il évoque le regard porté encore, dans certaines sociétés, sur les Africains en raison de leur couleur de peau. «Nous devons lutter pour qu’on regarde l’Africain, pas comme un sous-homme, mais comme un homme égal en dignité avec tous les autres hommes», insiste-t-il. Pour Mgr Ahiwa, la mission des exégètes consiste précisément à faire dialoguer l’étude scientifique de la Bible avec les réalités du continent. Après avoir étudié le sens originel des textes, il faut les «contextualiser, les confronter à notre réalité et en tirer des leçons pour l’Afrique».
Au terme des 26 communications (sur l’Ancien et le Nouveau Testament) qui ont meublé le congrès de l’association des exégètes, le président de l’APECA retient une conviction: «le déni de la dignité humaine n’est pas nouveau, mais notre histoire rejoint l’histoire de l’humanité». Il souligne surtout que la Bible offre une parole d’espérance aux peuples africains. Les travaux du congrès devraient désormais être partagés dans le monde scientifique, mais aussi dans les diocèses et les paroisses. L’objectif est de favoriser une prise de conscience et de poursuivre le travail en faveur de la dignité de toute personne.
La dignité humaine, un principe sacré
La messe de clôture, célébrée à la paroisse Sainte-Anne de Port-Bouët, a été présidée par Mgr Jacques Assanvo Ahiwa, archevêque de Bouaké et président de l’APECA.
Dans le communiqué sanctionnant leurs travaux, les participants indiquent avoir «examiné les fondements bibliques de la dignité humaine et réfléchi aux réalités persistantes de la violence, de l’asservissement et de la traite des êtres humains qui ont fait des millions de personnes victimes à travers le monde en général et sur notre continent africain bien-aimé en particulier».
Leurs réflexions ont également porté sur les conflits armés, la discrimination, l’exclusion sociale, l’oppression économique et les différentes formes de violence qui continuent de sévir dans les sociétés africaines. À partir de l’Ancien et du Nouveau Testament, les exégètes ont réaffirmé «la conviction biblique selon laquelle tout être humain est créé à l’image et à la ressemblance de Dieu et possède une dignité inaliénable». Une attention particulière a été accordée aux femmes, aux enfants, aux migrants, aux réfugiés et aux personnes économiquement vulnérables, «trop souvent exposés à l’exploitation, aux abus, à l’exclusion et à la violence», déplorent-ils.






