l’occasion de la 70e Conférence générale de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), qui se tient à Vienne en Autriche, le Saint-Siège a réaffirmé son soutien aux usages pacifiques de la technologie nucléaire tout en appelant à renforcer les garanties, la sûreté et la coopération internationale. Face à l’essor de l’intelligence artificielle dans le secteur nucléaire, Mgr Gallagher, a plaidé également pour une innovation placée sous le signe de la responsabilité et du bien commun.
Il y a soixante-dix ans, a rappelé d’emblée Mgr Gallagher, le Saint-Siège, en devenant l’un des signataires fondateurs de l’AIEA, a affirmé «sa conviction qu’une technologie au potentiel aussi vaste doit être guidée par des principes éthiques solides, être mise au service de la paix et du développement humain intégral, et être protégée contre toute utilisation destructrice.» C’est la raison pour laquelle même si les «réalités géopolitiques ont évolué» et que «la technologie nucléaire a connu depuis lors des progrès exponentiels», «la vision du Saint-Siège reste inchangée: l’utilisation pacifique de l’énergie atomique doit continuer à être guidée par ces mêmes principes éthiques immuables,» a encore précisé le Secrétaire pour les Relations avec les États et les Organisations Internationales, lors de son intervention à l’occasion de la 70e session ordinaire de la Conférence générale de l’AIEA, qui se tient actuellement à Vienne (du 13 au 18 septembre).
Le représentant du Saint-Siège a auparavant transmis aux participants les salutations et les vœux du Pape Léon XIV. Mais aussi félicité le président et les membres du Bureau nouvellement élus, tout en saluant le travail du directeur général de l’Agence, Rafael Mariano Grossi, et de son Secrétariat.
Le nucléaire au service du bien commun
Pour le Saint-Siège, l’utilisation pacifique de la technologie nucléaire est un «excellent exemple de la manière dont les progrès et le développement scientifiques et technologiques peuvent être mis au service de l’humanité et contribuer au bien commun.» D’où la nécessité de «veiller à ce que tous les pays puissent bénéficier de l’application pacifique des technologies nucléaires, conformément à leurs obligations internationales», afin de favoriser la coopération, le développement intégral et la confiance mutuelle entre les États.
Mgr Gallagher a souligné aussi dans son discours que l’AIEA, joue un «rôle important», dans la «promotion d’une utilisation sûre, sécurisée et pacifique des technologies nucléaires». Notamment «grâce à son programme de coopération technique, à ses initiatives de renforcement des capacités et à son soutien aux institutions nationales», a-t-il expliqué. L’Agence, a-t-il ajouté, joue également «un rôle unique dans le renforcement de la capacité des États à appliquer les technologies nucléaires dans des domaines tels que la santé humaine, la production alimentaire et l’énergie.»
Réduire les disparités entre les nations
Le représentant du Saint-Siège a souligné particulièrement l’enjeu pour les pays en développement. Car l’accès aux applications nucléaires reste en effet «inégal». Pour Mgr Gallagher, «le renforcement des capacités des pays à utiliser la science et la technologie nucléaires constitue une étape essentielle vers le développement durable et la réduction des disparités entre les nations.»
Parallèlement, a-t-il noté, «l’exercice responsable du droit à l’utilisation pacifique de la technologie nucléaire est indissociable des engagements et des responsabilités qui l’accompagnent – au premier rang desquels figure l’engagement des États non dotés d’armes nucléaires à ne pas se doter d’armes nucléaires.»
“Des garanties solides de l’AIEA sont indispensables pour instaurer la confiance et garantir que les programmes nucléaires restent exclusivement consacrés à des fins pacifiques. La mise en œuvre cohérente et équilibrée de garanties efficaces est essentielle au maintien de la confiance, de la transparence et de la coopération internationale dans le domaine nucléaire.”
Tchernobyl, quarante ans après
Le représentant du Saint-Siège est également revenu sur les 40 ans cette année de la catastrophe de Tchernobyl. «Un événement tragique qui a profondément marqué la prise de conscience de la communauté internationale quant à l’importance de la sûreté nucléaire et aux conséquences des accidents nucléaires», a-t-il encore affirmé.
Quatre décennies plus tard, cet héritage demeure, selon le Saint-Siège, un avertissement sur la nécessité de mettre constamment en balance les bénéfices des technologies nucléaires et les exigences de sûreté, de sécurité et de responsabilité. «Assurer la sûreté et la protection physique des installations nucléaires est une préoccupation urgente et commune, en particulier dans les situations de conflit armé», a-t-il encore prévenu.
“Le Saint-Siège réitère sa conviction de longue date, largement partagée par la communauté internationale, selon laquelle les attaques contre des installations nucléaires ne doivent jamais avoir lieu. De telles attaques pourraient entraîner des rejets radioactifs aux graves conséquences humanitaires et environnementales, tant à l’intérieur qu’au-delà des frontières nationales.”
Des événements récents et préoccupants ont encore mis en évidence la gravité de ces risques et la nécessité d’adopter des approches responsables et durables pour toutes les activités nucléaires, y compris l’extraction de l’uranium et la gestion des déchets radioactifs, tout en tenant compte de la protection de l’environnement, de la santé publique et du bien-être des générations actuelles et futures.
L’innovation doit rester sous contrôle humain
Autre enjeu mis en avant lors de cette conférence par le Secrétaire pour les Relations avec les États et les Organisations Internationales: la convergence entre intelligence artificielle et énergie nucléaire. Le Saint-Siège salue les initiatives de l’AIEA visant à promouvoir une réflexion commune sur les nouveaux défis posés par les évolutions technologiques rapides, telles que l’intelligence artificielle.
Mgr Gallagher a rappelé notamment que l’Agence a organisé, en décembre dernier, un premier symposium international consacré à l’intelligence artificielle et à l’énergie nucléaire. Contribuant ainsi à mettre en lumière les nouvelles perspectives offertes par le potentiel transformateur de l’IA, ainsi que le défi encore plus stratégique que représente l’énergie nucléaire. «Si cette convergence offre des possibilités prometteuses pour améliorer la sûreté, l’efficacité et l’innovation dans le secteur nucléaire, elle exige également une réflexion éthique approfondie, de la prudence et une gouvernance responsable», a-t-il mis en garde.
Une technologie au service de la personne
Le représentant du Saint-Siège a cité ensuite le Pape Léon XIV et sa première encyclique Magnifica Humanitas: «Si nous nous concentrons uniquement sur les contingences, nous risquons de laisser la succession des urgences dicter la direction de notre chemin.»
“Le Saint-Siège préconise donc une vision de l’innovation technologique fondée sur le respect de la dignité, donnée par Dieu, de chaque personne humaine, sur la protection de la santé de tous ainsi que de la création, et orientée vers le bien commun.”
L’application de l’IA dans le domaine nucléaire, a encore détaillé Mgr Gallagher, devrait donc s’appuyer sur une «prise de conscience des risques encourus, un contrôle humain efficace, des normes de sûreté et de sécurité rigoureuses, ainsi qu’une coopération internationale renforcée», afin que «ces technologies puissent véritablement faire progresser la paix, la sécurité, la santé humaine et la prospérité pour les générations présentes et futures», a-t-il conclu.
Augustine Asta – Cité du Vatican






