Point d’orgue de son 5e voyage apostolique en France, Léon XIV a célébré une messe pour la paix et la justice en Lorraine ce lundi 28 septembre. Dans la cathédrale Saint-Étienne de Metz, l’un des joyaux de l’art gothique français, le Saint-Père a lancé un appel au pardon, à la réconciliation et à la préservation des valeurs fondatrices de l’Europe. Metz est appelée «aujourd’hui plus que jamais à être un phare d’espérance pour ce pays, pour l’Europe et pour le monde», a-t-il affirmé.

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Classée monument historique depuis 1930, la cathédrale Saint-Étienne de Metz est le principal édifice catholique de la cité messine. Véritable chef-d’œuvre de l’architecture gothique française, elle impressionne par ses vitraux contemporains et ses voûtes culminant à 41,41 mètres, faisant d’elles les troisièmes hautes voûtes de France, derrière les cathédrales de Beauvais et d’Amiens. C’est donc dans ce lieu de beauté et de spiritualité, chargé d’histoire, que Léon XIV, sur les traces de son prédécesseur saint Jean-Paul II, a présidé ce lundi 28 septembre une messe pour la paix et la justice, ultime étape de son déplacement en France.

Le pardon comme réponse à la violence

S’appuyant sur les lectures du prophète Isaïe et de l’Évangile selon saint Matthieu, le Pape a développé une réflexion autour de trois images: le désert, le jardin et la maison. Pour le Pape, le désert «nous rappelle l’importance de l’essentiel et de la simplicité, qui nous permettent d’accorder la juste valeur aux choses, tout en nous formant au renoncement et au sacrifice». 

En revanche, le jardin, est le «lieu de la beauté» qui permet l’épanouissement en adhérant librement aux desseins du Seigneur, tandis que la maison symbolise la paix, fruit d’un «effort commun». Et le Pape d’ajouter que «la paix qui est un don de Dieu exige une réponse des hommes, dans un effort partagé». Dans un monde marqué par la «limite, la concorde ne se construit que dans la charité qui sait partager les joies et les peines, qui sait encourager et pardonner, sans calcul ni limite, comme dans une famille», a poursuivi le Saint-Père.

Le Successeur de Pierre a encore constaté que le monde fait face à «beaucoup de violences, de manipulations et d’arrogance». C’est pourquoi il a proposé de suivre les pas de Jésus qui «nous enseigne la manière de transformer le désert en oasis, de planter des jardins et de construire des maisons» mais aussi «le chemin qui passe par le pardon, la miséricorde et la magnanimité», tout en insistant sur la nécessité de dépasser les questions de vengeance. «Il n’est pas vrai que celui qui ne cède pas est plus fort que celui qui cherche la réconciliation. Il n’est pas vrai que celui qui part en claquant la porte est plus fort que celui qui affronte l’effort de marcher ensemble.»

Le Pape Léon XIV lors de la messe pour la paix et la justice, en terre de Lorraine, ce lundi 28 septembre.

Le Pape Léon XIV lors de la messe pour la paix et la justice, en terre de Lorraine, ce lundi 28 septembre.   (@Vatican Media)

Metz, témoin de la réconciliation

«Metz et la Moselle témoignent au monde entier que la réconciliation n’est possible que lorsque l’on a le courage de briser la chaîne du ressentiment», a fait savoir l’Évêque de Rome. Dans cette même perspective, le Souverain pontife a rappelé qu’il «faut de la force et beaucoup d’équilibre pour ne pas se laisser submerger par le mal, surtout lorsque les blessures subies sont profondes.»

Le Saint-Père a également rappelé les valeurs sur lesquelles s’est construite, au fil des siècles, l’Europe, avec son «patrimoine spirituel et moral, avant même son patrimoine économique et politique.» Il a notamment cité «la primauté de la personne», «le caractère sacré et inviolable de la vie humaine, à toutes ses étapes et dans toutes ses conditions», «l’importance première de la famille», «l’attention portée aux pauvres» ainsi que «l’accueil de l’étranger» et «le respect des personnes âgées». S’adressant à l’Église de Metz, il l’a invitée à demeurer «un laboratoire vivant» de ce dialogue entre la foi et la société civile.

La « Lanterne du Bon Dieu », symbole d’œcuménisme et de dialogue interreligieux

Dans son homélie, Léon XIV s’est également appuyé sur l’architecture même de la cathédrale pour évoquer l’identité européenne. Les bâtisseurs, a-t-il expliqué, ont voulu ouvrir largement les murs afin de laisser entrer la lumière.

Dans ce lieu de lumière, a continué le Saint-Père, la splendeur des vitraux historiques s’est récemment enrichie du génie de Marc Chagall. «Les œuvres de ce grand peintre juif, enchâssées dans les murs de la cathédrale, transforment “la Lanterne du Bon Dieu” en un symbole œcuménique et de dialogue interreligieux extraordinaire», a encore estimé Léon XIV. Les quelque 6 500 m² de vitraux contemporains, le plus vaste ensemble de vitraux gothiques d’Europe, ont valu à la cathédrale Saint-Étienne de Metz d’être surnommée la  »Lanterne du Bon Dieu ».

“Sans ces vitraux, les fenêtres de la cathédrale Saint-Étienne ne seraient que des espaces inondés de lumière aveuglante. Avec ces vitraux, elles deviennent des livres qui nous rassemblent pour faire mémoire d’histoires merveilleuses, pleines d’héroïsme, de bien, de miséricorde, d’amour et de beauté morale, dont nous devons à notre tour être des témoins généreux et courageux.”

«La lumière de Dieu n’efface pas les spécificités, mais unit des histoires et des cultures différentes en une seule et merveilleuse mosaïque de paix, nécessaire à notre époque meurtrie par de nouvelles divisions et de nouveaux conflits», a déclaré le Pape, qui a précisé par ailleurs que «l’avenir de l’Europe ne réside pas dans l’uniformisation, mais dans l’harmonie des différences où la blessure du passé devient une brèche laissant passer la lumière.» 

En fin d’homélie, l’évêque de Rome a exprimé le souhait que l’Église locale demeure «un phare d’espérance» pour la France, pour l’Europe et pour le monde. Au terme de la messe, dernière rencontre publique de sa visite en France, «célébrée avec un vif sentiment de gratitude envers le Seigneur», le Pape a exprimé sa «reconnaissance à tous ceux qui, par leur engagement, l’ont rendue possible». Léon XIV a ensuite remercié le président de la République, Emmanuel Macron, ainsi que les différentes autorités civiles qui ont assuré l’accueil à Paris, à Lourdes, et à Metz. «Je renouvelle avec affection mes remerciements à la présidence de la Conférence épiscopale et aux évêques les plus impliqués, ainsi qu’aux prêtres, aux diacres, aux personnes consacrées, aux fidèles laïcs et à tous les bénévoles qui ont collaboré. Merci à tous!», a ainsi conclu le Successeur de Pierre. 

Augustine Asta – Cité du Vatican

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