Dans son traditionnel discours de vœux au corps diplomatique, le Pape a réaffirmé un regard d’espérance face aux drames qui traversent le monde. Il a évoqué de nombreux conflits, les plus médiatisés comme les conflits gelés ou oubliés, auxquels le Saint-Siège persiste à accorder une forte attention.

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«Une nouvelle année s’ouvre devant nous et, comme les pleurs d’un enfant à peine né, elle nous invite à la joie et à assumer une attitude d’espérance», a expliqué François, donnant une amplitude spirituelle à ce discours qui, traditionnellement, fixe le cap géopolitique de l’année à venir pour le Saint-Siège et dresse le bilan de l’année précédente. «Je voudrais que ce mot – espérance –, qui pour les chrétiens est une vertu fondamentale, anime le regard avec lequel nous entrons dans la période qui nous attend.»

«Malheureusement, l’année nouvelle ne semble pas être semée de signes encourageants, mais plutôt s’envenimer par des tensions et des violences», a toutefois reconnu le Pape François. Cependant, «espérer exige la prise de conscience que le mal, la souffrance et la mort ne prévaudront pas et que même les questions les plus complexes peuvent et doivent être affrontées et résolues», a souligné le Souverain Pontife, en remarquant que «la paix et le développement humain intégral» sont les axes prioritaires de la diplomatie pontificale.

Passant en revue les évènements marquants de l’année 2019, le Pape a rythmé son discours en revenant sur ses nombreux voyages apostoliques, qui «en plus d’être une voie privilégiée à travers laquelle le Successeur de l’Apôtre Pierre confirme ses frères dans la foi, sont une occasion pour favoriser le dialogue au niveau politique et religieux».

Une attention particulière pour les jeunes

«Au début de l’année dernière, à l’occasion des 36ème Journées Mondiales de la Jeunesse, j’ai rencontré à Panama des jeunes provenant des cinq continents, pleins de rêves et d’espérances, réunis là, pour prier et raviver le désir et l’engagement de créer un monde plus humain. C’est toujours une joie et une grande chance de pouvoir rencontrer les jeunes. Ils sont l’avenir et l’espérance de nos sociétés», s’est réjoui François, qui présidait en janvier ses 3e JMJ, après celles de Rio en 2013 et de Cracovie en 2016.

«Cependant, c’est tristement reconnu, un certain nombre d’adultes, y compris certains membres du clergé, se sont rendus coupables de délits très graves contre la dignité des jeunes, des enfants et des adolescents, en en violant l’innocence et l’intimité. Il s’agit de crimes qui offensent Dieu, causent des dommages physiques, psychologiques et spirituels aux victimes et portent atteinte à la vie des communautés entières», a rappelé le Pape en citant les termes de son Motu proprio Vos estis lux mundi.

  

«Dans le prolongement de la rencontre avec les épiscopats du monde entier que j’ai convoqués au Vatican en février dernier, le Saint-Siège renouvelle son engagement pour que la lumière soit faite sur les abus commis et que la protection des mineurs soit assurée, à travers un large éventail de normes permettant de faire face à de tels cas dans le domaine du droit canonique et à travers la collaboration avec les autorités civiles, au niveau local et international», a souligné François, qui a récemment levé le secret pontifical sur ces dossiers d’abus sexuels sur mineurs, ouvrant donc la voie à des coopérations plus fluides entre justice civile et justice ecclésiastique.

Relever ensemble le défi de l’éducation

«Devant des blessures si graves, il apparaît toutefois encore plus urgent que les adultes ne renoncent pas au devoir d’éducation qui leur revient, mieux encore, qu’ils assument cet engagement avec un zèle plus grand afin de conduire les jeunes à la maturité spirituelle, humaine et sociale», a souligné François.

Il a donc expliqué pourquoi il organiser le 14 mai prochain une rencontre mondiale sur le thème “Reconstruire le pacte éducatif mondial”, avec l’objectif de créer une «alliance éducative» allant au-delà des différences d’âge, de croyance, de nationalité, de culture. «Il faut donc un concept d’éducation qui embrasse la vaste gamme d’expériences de vie et de processus d’apprentissage et permette aux jeunes, individuellement et collectivement, de développer leur personnalité. L’éducation ne s’arrête pas dans les salles de classe des écoles ou des Universités, mais elle est assurée principalement en respectant et en renforçant le droit primaire de la famille à éduquer, et le droit des Églises et des groupements sociaux à soutenir et à collaborer avec les familles dans l’éducation des enfants.»

François, qui fut lui-même professeur lorsqu’il était jésuite en Argentine, a aussi rappelé «l’urgence de la solidarité intergénérationnelle, qui a malheureusement échoué ces dernières années. En fait, il y a une tendance, dans de nombreuses régions du monde, à se renfermer sur soi, à protéger ses droits et les privilèges acquis; à concevoir le monde à l’intérieur d’un horizon limité qui traite avec indifférence les personnes âgées et surtout n’offre plus d’espace à la vie naissante», a-t-il constaté avec gravité.

Il a toutefois invité à regarder la jeunesse avec confiance, de façon à redynamiser le lien intergénérationnel. «Même si d’une part, nous ne devons pas oublier que les jeunes attendent la parole et l’exemple des adultes, en même temps nous devons avoir bien présent à l’esprit qu’ils ont beaucoup à offrir avec leur enthousiasme, leur engagement et leur soif de vérité, à travers laquelle ils nous rappellent constamment le fait que l’espérance n’est pas une utopie et la paix un bien toujours possible», a rappelé le Pape, qui a donné l’exemple de l’engagement de nombreux jeunes sur la défense de l’écologie.

Mais malgré cette mobilisation des nouvelles générations, l’urgence d’une «conversion écologique» ne semble pas encore bien prise en compte par les dirigeants internationaux. Le résultat décevant de la COP25 de Madrid «représente une sérieuse sonnette d’alarme concernant la volonté de la Communauté internationale d’affronter avec sagesse et efficacité le phénomène du réchauffement global, qui demande une réponse collective capable de faire prévaloir le bien commun sur les intérêts particuliers», a insisté le Pape François.

Guérir les fractures du l’Amérique latine

Même si le Pape a tenu à rappeler que le Synode sur l’Amazonie avait d’abord un sens ecclésial, il a aussi souligné l’importance de «l’écologie intégrale, qui concerne la vie même de cette région, si vaste et importante pour le monde entier, puisque la forêt amazonienne est un “cœur biologique” pour cette terre de plus en plus menacée», a-t-il remarqué en citant le Document final du Synode.

Par ailleurs, «la multiplication des crises politiques dans un nombre croissant de pays du continent américain suscite la préoccupation, avec des tensions et des formes insolites de violences qui aggravent les conflits sociaux et génèrent de graves conséquences socio-économiques et humanitaires. Les polarisations toujours plus fortes n’aident pas à résoudre les problèmes vrais et urgents des citoyens, surtout des plus pauvres et des plus vulnérables, et encore moins la violence qui ne peut en aucun cas être adoptée pour affronter les questions politiques et sociales». François a notamment cité le besoin d’une recherche de solutions à la crise au Venezuela.

«Les conflits dans la région américaine, bien qu’ayant des racines diverses, ont en commun les profondes inégalités, les injustices et la corruption endémique, ainsi que les diverses formes de pauvreté, qui sont une offense à la dignité des personnes. Il faut donc que les leaders politiques s’efforcent de rétablir urgemment une culture du dialogue pour le bien commun et pour renforcer les institutions démocratiques et promouvoir le respect de l’état de droit, afin de prévenir des dérives anti-démocratiques, populistes et extrémistes», a-t-il averti.

Le dialogue interreligieux, outil essentiel pour la construction de la paix

François est ensuite revenu sur son voyage aux Émirats Arabes Unis, la première visite d’un Pape dans un pays du Golfe arabo-persique, qui a donné lieu à la signature du Document sur la Fraternité humaine, avec le Grand-Imam d’Al-Azhar.

«Il s’agit d’un texte important visant à favoriser la compréhension mutuelle entre chrétiens et musulmans et la coexistence dans des sociétés toujours plus multi-ethniques et multi-culturelles», avec une insistance sur le «principe de citoyenneté», qui suppose que les non-musulmans aient les mêmes droits et les mêmes devoirs que les musulmans. «Cela exige le respect de la liberté religieuse et l’engagement à renoncer à l’usage discriminatoire du terme “minorités”, qui porte avec lui les germes du sentiment d’isolement et d’infériorité et prépare le terrain aux hostilités et à la discorde, discriminant les citoyens à partir de l’appartenance religieuse». Afin de transformer les nouvelles générations qui doivent donc être formées au dialogue interreligieux.

C’est dans le même état d’esprit que le Pape s’est rendu au Maroc, où il a signé avec le Roi Mohammed VI un appel conjoint sur Jérusalem, reconnaissant «la sacralité et l’unicité» de la Ville sainte. Il rappelle la communauté internationale à confirmer son soutien au processus de paix israélo-palestinien.

Ne pas oublier la souffrance des populations au Moyen-Orient

«Un engagement plus assidu et efficace de la part de la Communauté internationale est plus que jamais urgent aussi dans d’autres régions méditerranéennes et du Moyen Orient. Je me réfère surtout à la chape de silence qui risque de recouvrir la guerre qui a dévasté la Syrie au cours de cette décennie. Il est particulièrement urgent de trouver des solutions adéquates et clairvoyantes qui permettent au cher peuple syrien, épuisé par la guerre, de retrouver la paix et d’entamer la reconstruction du pays», a par ailleurs souligné le Pape François.

L’évêque de Rome a répété que «le Saint-Siège accueille favorablement toute initiative visant à poser les bases en vue de la résolution du conflit et exprime, une fois encore, sa gratitude à la Jordanie et au Liban pour avoir accueilli et pris en charge, avec de nombreux sacrifices, des milliers de réfugiés syriens. Malheureusement, en plus des fatigues causées par l’accueil, d’autres facteurs d’incertitude économique et politique, au Liban et dans d’autres États, sont en train de provoquer des tensions au sein de la population, mettant ultérieurement à risque, la fragile stabilité du Moyen Orient», s’est-il inquiété.

L’appel pour un apaisement entre l’Iran et les États-Unis

Le Pape s’est aussi exprimé au sujet de la crise autour de l’Iran, qui a concentré l’attention internationale en ces premiers jours de l’année 2020. «Les signes qui parviennent de toute la région sont particulièrement préoccupants, suite à l’élévation de la tension entre l’Iran et les États-Unis, et qui risquent surtout de mettre à dure épreuve le lent processus de reconstruction de l’Irak, et aussi de créer les bases d’un conflit à plus grande échelle que nous voudrions tous pouvoir empêcher.» En reprenant les termes qu’il avait utilisés après la prière de l’Angélus du 5 janvier 2020, François a renouvelé son appel «pour que les parties intéressées évitent un durcissement de la confrontation et maintiennent allumée la flamme du dialogue et de l’autocontrôle dans le plein respect de la légalité internationale».

Ne pas rester indifférent face au drame des migrants et réfugiés

«Ma pensée va aussi au Yémen, qui vit une des plus graves crises humanitaires de l’histoire récente, dans un climat d’indifférence générale de la part de la Communauté internationale, et à la Libye qui, depuis plusieurs années, vit une situation conflictuelle aggravée par des attaques de groupes extrémistes et par une augmentation des violences ces derniers jours», a souligné François en remarquant une nouvelle fois que la situation des migrants demeure très grave.

«Parmi eux, nombreux sont la proie de vraies mafias qui les détiennent dans des conditions inhumaines et dégradantes et en font des objets de tortures, de violences sexuelles, d’extorsions.» Toujours très attentif à l’humiliation vécue par ceux qui ne parviennent pas à faire valoir leur statut de réfugié, le Pape a précisé que «dans le monde, il existe plusieurs milliers de personnes – avec de légitimes demandes d’asile, de besoins humanitaires et de protection vérifiables -, qui ne sont pas adéquatement identifiées. Un grand nombre d’entre eux risquent leur vie dans des voyages périlleux par voie de terre et surtout par voie de mer. Avec douleur, on continue de constater combien la Mer Méditerranée reste un grand cimetière», s’est attristé François en utilisant la même expression que lors de son discours au Parlement européen, en novembre 2014.

L’attention à l’unité de l’Europe

Le Pape s’est aussi appuyé sur ses voyages en Bulgarie, en Macédoine du Nord et en Roumanie pour parler de la situation en Europe. «Il s’agit de trois pays différents, réunis cependant pour avoir été, durant des siècles, des ponts entre l’Orient et l’Occident, et un carrefour de cultures, d’ethnies et de civilisations diverses. En les visitant, j’ai pu expérimenter, une fois encore, combien le dialogue et la culture de la rencontre sont importants pour construire des sociétés pacifiques, dans lesquelles chacun puisse exprimer librement sa propre appartenance ethnique et religieuse.»

Il a salué les efforts du droit international pour tenter de trouver des portes de sortie face aux “conflits gelés” qui persistent parmi les États européens, notamment dans les Balkans, dans le Caucase et à Chypre, le pays du Doyen du corps diplomatique qui avait pris la parole au nom de ses homologues pour accueillir le Pape avant son intervention.

François a également exprimé sa «reconnaissance pour les tentatives visant à résoudre le conflit dans la partie orientale de l’Ukraine et mettre fin à la souffrance de la population», soulignant notamment le rôle important jouée par l’OSCE sur ce dossier. Il a d’ailleurs remarqué que cette année 2020 marquera le 45e anniversaire de l’Acte final de Helsinki, un outil diplomatique qui avait alors permis de créer des canaux de communication entre l’Ouest et l’Est du continent, et le 70e anniversaire de la déclaration de Robert Schuman du 9 mai 1950 qui avait posé les bases de la construction européenne.

«Le projet européen continue d’être une garantie fondamentale de développement pour celui qui en fait partie depuis longtemps et une opportunité de paix, après de turbulents conflits et déchirures, pour ces pays qui souhaitent y participer», a souligné François en redisant le soutien du Saint-Siège à la construction européenne, tout en rappelant que rien n’est définitivement acquis.

«Que l’Europe ne perde donc pas le sens de la solidarité qui, des siècles durant, l’a caractérisée, même dans les moments plus difficiles de son histoire. Qu’elle ne perde pas cet esprit qui s’enracine, entre autre, dans la “pietas” romaine et dans la “caritas” chrétienne, qui décrivent bien l’âme des peuples européens», a souligné le Saint-Père.


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