Malgré les négociations menées sous l’égide des États-Unis, du Qatar et de l’Union africaine, les combats se poursuivent dans l’est de la République démocratique du Congo. Devant le Conseil de sécurité, mardi 13 octobre, l’envoyé de l’ONU dans la région des Grands Lacs a dénoncé le fossé grandissant entre les avancées diplomatiques et la réalité d’un conflit qui continue de dévaster les populations civiles.

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Les diplomates négocient, les armes parlent. Dans l’est de la RDC, les accords de paix s’accumulent sans parvenir à faire taire les combats. Mardi, devant le Conseil de sécurité des Nations Unies, l’envoyé spécial pour la région des Grands Lacs, Huang Xia, a dressé le constat d’une diplomatie qui progresse sur le papier, tandis que la situation sécuritaire et humanitaire continue de se dégrader.

« Un véritable cessez-le-feu peine à se concrétiser », a-t-il déploré, malgré les appels répétés des membres du Conseil. Les affrontements se poursuivent dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, où la rébellion de l’Alliance Fleuve Congo/Mouvement du 23 mars (AFC/M23), soutenue par l’armée rwandaise selon l’ONU, a étendu et consolidé son emprise territoriale.

Le contraste est d’autant plus frappant que les initiatives diplomatiques n’ont jamais été aussi nombreuses. À Washington, les États-Unis parrainent un processus de paix entre Kinshasa et Kigali. À Doha, le Qatar facilite des négociations entre le gouvernement congolais et l’AFC/M23. L’Union africaine tente, de son côté, de coordonner ces efforts et de rétablir la confiance entre les capitales de la région.

Ces discussions ont produit quelques résultats. Un protocole de désarmement conclu entre les autorités congolaises et des représentants des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), groupe armé comprenant des éléments issus du génocide des Tutsi de 1994, ainsi que les premières missions d’un mécanisme conjoint chargé de vérifier les engagements des parties.

Mais ces avancées restent fragiles. Kigali conteste la conformité du protocole sur les FDLR aux accords de Washington, tandis que les retraits du M23 de certaines positions demeurent limités et semblent, selon le dernier rapport sur la situation que Huang Xia venait présenter au Conseil, relever davantage de calculs tactiques que d’un véritable désengagement.

Une guerre qui frappe d’abord les civils

Sur le terrain, la violence ne faiblit pas. Au Sud-Kivu, les combats se sont intensifiés dans les territoires de Mwenga et de Fizi, avec un recours croissant aux drones armés, à l’artillerie lourde et aux explosifs dans des zones habitées. Au Nord-Kivu, des affrontements ont été signalés à Masisi, Lubero et Walikale.

D’autres groupes armés profitent de cette instabilité. Selon le rapport, les Forces démocratiques alliées (ADF), affiliées à l’organisation Etat islamique, ont été impliquées dans 211 incidents ayant fait 468 victimes civiles pendant la période examinée. Les FDLR seraient, quant à elles, responsables de 94 incidents et de la mort de 40 civils.

Le bilan humain dépasse largement les zones de combat. Entre le 16 mars et le 15 septembre, l’ONU a recensé 2 186 violations et atteintes aux droits humains imputées aux groupes armés, soit 70 % du total documenté. L’AFC/M23 serait à lui seul responsable de la moitié de ces exactions. Les forces de sécurité congolaises sont également mises en cause, avec 891 violations attribuées à des acteurs étatiques.

À cette violence s’ajoute une crise humanitaire considérable. Fin juin, la RDC comptait plus de 6 millions de déplacés. Plus de 26 millions de personnes étaient confrontées à une insécurité alimentaire aiguë. La résurgence d’Ebola aggrave encore la situation : au 19 septembre, les autorités avaient signalé 7 672 cas confirmés et 3 699 décès.

Les minerais, carburant du conflit

Au-delà des combats, le rapport pointe les ressorts économiques d’une guerre que les accords diplomatiques ne suffisent pas à désamorcer. L’exploitation et le trafic illégaux de minerais continuent de financer les groupes armés et d’alimenter les rivalités régionales. Huang Xia a plaidé pour une meilleure traçabilité des chaînes d’approvisionnement, dont les défaillances permettent à l’économie de guerre de prospérer.

La méfiance entre Kinshasa et Kigali, mais aussi entre le Rwanda et le Burundi, fait peser une menace plus large. Selon le rapport, un simple incident frontalier pourrait provoquer une confrontation régionale.

Pour l’envoyé spécial, l’urgence est désormais de transformer les engagements diplomatiques en résultats vérifiables. « Pareille fenêtre ne reste pas ouverte indéfiniment », a-t-il averti, appelant les parties à privilégier « la confiance construite par les actes plutôt que par les déclarations ».

Mais au-delà des cessez-le-feu et des mécanismes de vérification, une paix durable exigera de s’attaquer aux intérêts économiques, aux rivalités régionales et aux tensions communautaires qui entretiennent le conflit depuis des décennies. Autant de questions que la multiplication des accords n’a, jusqu’ici, pas permis de résoudre.

Cette intervention de l’Envoyé spécial de l’ONU pour la région des Grands Lacs devant le Conseil de sécurité intervient au lendemain de l’annonce, par le mouvement rebelle AFC/M23, de la création d’un nouveau mouvement « politico-militaire » baptisé Front pour la refondation de la nation (FRN), en remplacement de l’AFC/M23. À la tête de cette nouvelle structure a été placé l’ancien président de la RDC, Joseph Kabila.

Avec ONU INFO

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