L’ambassadeur de France a remis l’insigne de chevalier de l’ordre du mérite agricole à M. Kodjo AZIAGBA, responsable du département production de la BB Lomé, filiale du groupe français Castel.

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Allocution de Marc VIZY, ambassadeur de France au Togo.

Décoration dans l’ordre du mérite agricole (chevalier) de M. Kodjo AZIAGBA,  responsable du département production de BB Lomé

Cher Kodjo AZIAGBA,

Nous sommes ravis,  mon épouse Emelyne  et moi-même, d’accueillir,  ce  soir  à  la  résidence  de  France,  cette  cérémonie  de  remise  des  insignes  de  chevalier  de  l’ordre  du  mérite  agricole,  marque  de  la  reconnaissance,  par  la  République  française,  de  vos  nombreux  mérites.

Cher Kodjo AZIAGBA,

Vous  êtes  né  à  Lomé  en  décembre  1959,  c’est-à-dire  à  la  fin  d’une  année exceptionnelle pour un amateur de bouteille comme, j’imagine,  peut  l’être  un  ancien  embouteilleur.  Pour  les  vins  de  Bordeaux,  de  Bourgogne  et  pour  le  Cognac,  1959  est  qualifiée  de  millésime  du  https://fr.wikipedia.org/wiki/Mill%C3%A9sime (pour voir l’ensemble des millésimes)  siècle ;  pour le Beaujolais et les vins de Loire, on parle du millésime  du millénaire.

C’est donc  mon plaisir de croire, au vu de la distinction que nous vous  remettons ce soir, qu’en terre togolaise, l’année 1959, l’année de votre naissance,  fut  également  un  millésime  de  très  grande  qualité,  celle d’hommes de grands crus.

Vous avez poursuivi, et rattrapé,  vos études primaires et secondaires  au  Togo,  à  Lomé.  Et,  après  avoir  obtenu  votre  Brevet  d’Etudes  de  Premier Cycle (BEPC) au  lycée de  Zébévi-Aného en 1979, vous avez  rejoint les rangs de la brasserie  en qualité d’opérateur de machine.  La

brasserie  ne  s’appelait  pas  encore  BBlomé  à  l’époque  et  appartenait  alors à un groupe allemand.

Pourquoi ce choix ? Nous avons enquêté.

Sont-ce les célèbres embouteillages matinaux de la route côtière  et de  celle  qui  va  d’Agoué  au  centre  de  Lomé,  qui  vous  ont  motivé  à  devenir vous-même embouteilleur ?  Pour vous venger ! « Je subis les  embouteillages… je dois donc embouteiller moi-même ! »

Non, bien sûr… ce n’est pas cela ! Ce n’est pas votre état d’esprit.

Rechercher  la  raison  de  votre  arrivée  à  la  brasserie,  c’est  un  peu  la

bouteille  à  l’encre  me  disent  mes  services  de  renseignement  qui  ont  été guidé par un indicateur vers le mot verre/vert/vers…

Ils  se  sont  alors  demandé  si  c’était  l’amour des  verres  qu’un  de  vos  collègues  leur  avait  mentionné,  évoquant  le  verre  des  bouteilles  de  Castel, de Flag et d’Eku ?

Est-ce  le  vert  (la  couleur)  symbolisant  l’espoir,  la  fertilité  et  l’agriculture du drapeau togolais?

Ou  encore  sont-ce  les  vers  de  La  Fontaine,  poète  que  vous  affectionnez  particulièrement  tant  vous  plait  cette  sage  simplicité  si  proche  des  proverbes  africains,  qui  vous  ont  fait  penser  que  l’entreprise BBLomé qui fait couler du bonheur dans nos verres  était  la fontaine auprès de laquelle vous deviez vous reposer ?

Quiconque  a  visité  la  chaîne  d’embouteillage  de  BBLomé,  certes  ultramoderne et sûre,  comprendra rapidement que ce n’est pas un  lieu spécialement adapté à la villégiature ou au farniente.

Alors, nous avons continué à chercher. https://fr.wikipedia.org/wiki/Drapeau_du_Togo

Certains  prétendent  que  vous  avez  glissé  votre  lettre  de  candidature dans une bouteille et que vous avez lancé cette bouteille à la  mer et  qu’elle s’est miraculeusement échouée  sur la plage où le directeur de  la brasserie d’alors venait bronzer le dimanche…

Mais ce n’était pas explication suffisante pour comprendre ce qui vous  poussait  obstinément  à  vouloir  intégrer  les  rangs  de  la  brasserie ?

Nous  nous  sommes  dit  que  vous  deviez  savoir  déjà  qu’elle  appartiendrait un jour au  groupe  Castel !  Et très naturellement,  j’aime  à croire que  ce  qui vous motivait,  c’était  le désir de travailler pour un  groupe  français  de  renommée  internationale  et  de  servir,  comme  le disait Baudelaire de certaines boissons,  « Sous [la] prison de verre et  [les] cires vermeilles, Un chant plein de lumière et de fraternité ! »?

Nous  étions,  je  crois,  sur  la  bonne  piste  car  je  sais  qu’aujourd’hui,  vous  partagez  l’amour  de  notre  patrie  tel  cet  érudit  du  XVIIIème siècle,  le  président  De  Brosses,  et  tel  aussi  le  premier  conseiller  à  l’ambassade  de  France  au  Togo,  Fabien  LALITTE  qui  pensent  tout  deux que « L’amour de la patrie, vertu dominante des grandes âmes, les saisit toujours plus à la vue d’une bouteille de vin de Bourgogne ». L’âme du vin, Charles Baudelaire

Mais d’où vous vient donc cet amour de la bouteille ?

Et si vous estimiez comme Edmond et Jules de Goncourt (pardonnez moi  cette  citation  un  peu  misogyne)  « Une  bouteille,  voilà  une  distraction  bien  supérieure  à  la  femme.  La  bouteille  vide,  c’est  fini.

Elle ne vous demande ni visite, ni souvenir la bouteille. Elle ne vous  demande ni reconnaissance, ni même de politesse ! ». Mais vous, vous  remplissez les bouteilles, vous ne les videz pas !

Et si  vous  considériez  plutôt  avec Louis  Pasteur qu’ « Il  y  a  plus  de  philosophie dans une bouteille de vin que dans tous les livres » ?

Et si encore vous pensiez comme le proclame ce proverbe juif «   Trois  choses font connaitre l’homme : la bourse, la colère et la bouteille » ?

Mais comme dit le proverbe français « Avec des si, on mettrait Paris  en bouteille » !

Alors, je vous laisserai nous donner la réponse dans votre discours !

Cher Kodjo AZIAGBA,

Vous  intégrez  donc  les  rangs  de  BB  Lomé  en  1979  et  n’avez  pas quitté  depuis  cette  entreprise  devenue  française,  comptabilisant  donc quarante années d’expérience et de fidélité dans cette unique structure. Votre  dévouement à la tâche, couplé  à un sens aigu de  la rigueur  au

travail,  vous  ont  permis  de  gravir  les  échelons  hiérarchiques  de  manière remarquable : d’opérateur de machine, vous  passez  opérateur  qualifié au conditionnement puis opérateur polyvalent qualifié au sein  du même service.

Puis,  en  prenant  de  la  bouteille…  Pardon,  je  veux  dire  avec  l’expérience,  et  grâce  aux  nombreuses  formations  que  vous  avez  suivies tout au long de votre parcours professionnel, dont celle relative  au métier de  chef d’équipe, vous atteignez ce statut de chef d’équipe  du conditionnement, poste que vous occupez de 1985 à 2001, avant de  devenir chef du  service production  jusqu’en  2014.  Enfin, récompense  ultime,  vous  êtes  promu,  en  2014,  responsable  de  production  sur  le  site  de  Lomé,  fonction  que  vous  occupez  jusqu’à  votre  départ amplement mérité pour la retraite en 2019.  Vous démontrez ainsi  la justesse de  cette maxime bien connue  tirée,  d’une des flags, pardon je veux dire, fables,  de  La Fontaine, « Rien ne  sert de courir, il faut partir à point ». En effet, sans bagage académique  à  votre  disposition  mais  au  moyen  d’une  motivation  poussée  à  son paroxysme,  et  de  qualités  humaines  exceptionnelles,  vous  vous  êtes mué  en  l’espace  de  trente  ans,  de  conducteur  de  machine  en responsable de production, ayant  eu  sous votre autorité directe  plus de 130 personnes.

Cher Kodjo AZIAGBA,

Votre modestie reconnue est  celle d’un homme qui préfère l’ombre à  la  lumière Comme  Anatole  France  vous  pensez  qu’ « Une  jolie  tête  c’est  comme  si  vous  décidiez  d’après  le  bouchon  de  la  bouteille ! »

Vous  vous  jugez  au  contenu  et  vous  choisissez  de  montrer  par  vos  actions menées sur le terrain  l’étendue de vos qualités plutôt que par  l’apparence !

Et vous pourriez  me répondre devant ces éloges mérités, par une autre  maxime  bien  connue :  « Tout  flatteur  vit  aux  dépens  de  celui  qui  l’écoute. »  et  ajouter  en l’adaptant un peu  que « Cette leçon vaut bien  une [bouteille], sans doute. »… Et vous auriez raison !

Mais les entreprises togolaises efficientes vivent grâce à l’engagement

de  personnalités  comme  vous,  de  personnes  à  l’écoute  de  leurs Le Corbeau et le Renard, La Fontaine – le second vers est adapté pour la circonstance.   Collaborateurs, prenant le meilleur de chacun pour les faire progresser  autour  d’un  objectif  commun,  d’agents  fidèles,  ayant  un  sens  prononcé du travail bien fait et une rigueur à toute épreuve… en un  mot, de managers exceptionnels, comme vous l’avez été.

Le  progrès  dans  nos  sociétés  n’est  pas  seulement  le  fait  des  partis  politiques  ou  des  organisations  internationales.  Les  entreprises  aussi  jouent leur rôle et des  hommes, qui comme vous,  donnent l’exemple, participent également à la création d’un monde meilleur.

Et le résultat est là, de vos longues années à BB Lomé, on se souvient d’un homme aux qualités rares, parfois mal comprises au début, mais  dont  les  résultats  portaient  immanquablement  leurs  fruits.  Vous  êtes par  exemple  connu  pour  placer  des  employés  à  des  postes  qu’ils  jugeaient  parfois non-adaptés. Les raisons qui vous poussaient à agir  ainsi  vous  étaient  à  vous  seul  connues,  comme  toujours  lorsque  nos  décisions sont la conséquence d’un sens de l’analyse qui dépasse  celui  de ceux qui nous entourent. Il n’est pas besoin de dire que sur le long terme,  les  résultats  étaient  toujours-là,  et  en  même  temps qu’apparaissait  la  pertinence de  vos choix, vos  collaborateurs, enfin,  vous comprenaient. 

On se souvient également de votre sens profond  de la rigueur. Comme dit  le  dicton,  «Une  fois,  c’est  une  erreur,  deux  fois,  c’est  une  habitude», et si vous acceptiez l’erreur, vous refusiez l’habitude.  Pour  vous, tout le monde pouvait se tromper, mais il était impensable  de ne  pas tirer enseignement de ses mésaventures.

Mais ce qui restera dans les mémoires en premier lieu, c’est votre soif  d’apprendre.  Autodidacte,  vous  vous  êtes  formé  à  la  maitrise  technique  et  aux  réglages  des  machines  de  l’ensemble  du  processus  d’embouteillage  ainsi  que  des  imprimantes,  puis  aux  normes  d’audit interne  et  enfin  au  management  de  la  qualité  et  de  la  sécurité  des  denrées alimentaires.

Grâce à ces formations,  vous avez  notamment  mis en œuvre la norme

internationale  ISO  9001  pour  certifier  l’ensemble  des  produits  de  la  brasserie, assurant ainsi  que la qualité de vos boissons correspondait à  celle des marques que vous embouteilliez.  Et grâce à vous,  des noms  comme  Coca-cola,  Guinness  ou  Schweppes,  font  confiance  chaque jour à BB Lomé.

Cher Kodjo AZIAGBA,

Après  cette  longue  énumération  de  vos  connaissances  liées  à  l’embouteillage, il est légitime de se demander s’il  manque encore une  corde  à  votre  arc…  Question  difficile,  car  vous  savez  faire  marcher l’ensemble  des  machines  de  votre  unité  de  production,  vous  savez

diriger  et  encadrer  les  hommes  qui  les  font  fonctionner  et  vous  êtes  capable d’en faire l’audit selon les normes ISO pertinentes.

Il  reste  toutefois  quelque  chose  …  Dans  un  monde  où  malheureusement,  la  concurrence  n’est  pas  toujours  très  loyale ,  il  nous faut des managers qui soient également capable de protéger leur

entreprise, ce que vous fûtes également, puisque vous vous  êtes formé  aux  méthodes  de  lutte  contre  les  actes  de  sabotage  et  la  fraude  des  denrées alimentaires, développant  ainsi  des compétences,  que  j’espère  vous n’avez jamais eu à utiliser.

Alors, je vais vous donner un truc cher Kodjo  et je vous demande de  le garder  pour vous. Je demande aussi à l’assistance de se boucher les  oreilles. Si,  un  jour,  l’envie  prenait  votre directeur général  –  mais  je  sais  que  cela  n’arrivera  jamais  –  d’utiliser  les  mêmes  méthodes  que Ici, il peut être fait mention des campagnes de diffamation qui eurent lieu contre BB Lomé au dernier trimestre 2019.  celles de ses concurrents déloyaux, voilà comment introduire dans une  bouteille  de  bière…  un  crapaud.  Pour  placer  toujours  plus  haut  le  niveau littéraire de ce discours, ce sont les Bronzés font du ski que je  citerai : « Et bien on fait sécher le crapaud… comme ça il devient tout  fin.  On  le  rentre  dans  la  bouteille,  et  après  avec  l’humidité,  il  gonfle ! » C’est tout simple. Car  il  est  vrai, et  ce sera la  dernière  fois  que  je  citerai  La Fontaine, « Deux  suretés  valent  mieux  qu’une,  Et  le  trop  en  cela  n’est  jamais perdu ».

Mon  cher  Kodjo  AZIAGBA,  je  terminerai  cette  brève  synthèse  d’un  long parcours en soulignant deux aspects de votre personnalité.

Premièrement,  vous  êtes  un  homme  de  territoire,  je  dirais  même  de  terroir. Et vous y êtes fidèle. Tout comme vous êtes fidèle à vos amis  et que vous avez été fidèle, durant les  quarante années de votre longue  carrière, à BB Lomé et au groupe Castel.

Ensuite, tout ce que vous avez fait, vous l’avez toujours accompli dans  la discrétion, avec cette humilité propre aux gens de la terre, du monde.

Le loup, la chèvre et le chevreau, La Fontaine  rural,  sans  rechercher  d’autre  forme  de  reconnaissance  que  celle  du  travail bien fait.

Alors,  cette  reconnaissance,  cher  Kodjo  AZIAGBA,  mon  pays  a  estimé qu’elle devait vous la témoigner ici et maintenant.

C’est donc à la fois pour votre dévouement, votre persévérance, votre  engagement et votre fidélité, qui forment  un exemple pour nous tous,  et  en  tant  qu’acteur  incontournable  de  l’histoire  du  développement  agro-alimentaire  au  Togo,  qu’au  nom  du  ministre  français  de l’agriculture, nous vous remettons les insignes de chevalier de l’ordre du mérite agricole.   

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