De passage à Washington puis à New York pour deux concerts, l’artiste franco-ivoirien Vegedream a pu se produire pour la première fois en tête d’affiche devant ses fans installés aux États-Unis. Depuis New York, Satchela Evrard Djedje de son vrai nom, nous raconte son expérience américaine. Il revient sur ses inspirations venues du pays de l’Oncle Sam mais aussi sur la montée en puissance des musiques africaines de ce côté de l’Atlantique. Entretien.

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RFI Musique : Vous êtes de passage sur la côte Est des États-Unis sur deux dates, comment sentez-vous l’accueil du public, ici, de l’autre côté de l’Atlantique ?

Vegedream : C’est super ! Il y a une bonne « vibe », c’est différent de l’Europe en terme de fans. Et je pense que cela se rapproche de ce que je ressens quand je me produis en Afrique. Il y a des fans qui viennent te découvrir et qui veulent en savoir plus sur ce que tu fais, ce que tu chantes. Et il y aussi beaucoup de Français et d’Africains qui ont rarement l’occasion de voir des artistes de chez eux se produire ici. Ça leur fait chaud au cœur et ça me fait super plaisir. J’ai ressenti beaucoup d’amour et de soutien, et j’adore ce genre d’expérience, surtout aux États-Unis. C’est un pays particulier dans beaucoup de domaines, dont les musiques ont bercé ma jeunesse et m’inspirent beaucoup.

Vous étiez déjà venu en 2019, pour un concert où vous partagiez l’affiche avec Davido, entre autres. Comment se sent-on pour sa première en tant que tête d’affiche dans l’une des places incontournables de la musique mondiale ?

J’ai remarqué déjà une belle évolution en terme d’exposition des musiques africaines depuis mon premier passage en 2019. Il y avait déjà des sons qui tournaient et de plus en plus de gens qui écoutaient des sons africains. J’avais beaucoup appris en me produisant avec des poids lourds comme Davido. Mais en solo, c’est quand même autre chose (sourire). On est seul face à son public. On doit tout donner et montrer tout ce qu’on a. On est hors de sa zone de confort et c’est une expérience qui aide à grandir, c’est certain. Surtout dans un pays comme les États-Unis où il y a tellement de concurrence et de musiques qui viennent inonder les ondes. C’est le marché le plus dur au monde et venir se produire ici, c’est un truc génial quand même. Je sais que je suis un privilégié, car tout le monde n’a pas la chance de venir ici et de voyager pour se produire à l’étranger. C’est l’un des aspects de ma carrière que je préfère.

Vous êtes un enfant des années 90, quels artistes américains vous ont inspiré ou vous inspirent encore dans votre musique ou dans votre parcours musical en général ?

Un artiste qui m’a beaucoup inspiré, c’est André 3000, l’un des deux membres de Outkast. Il a une touche personnelle. Il a une certaine folie et quelque chose de différent des autres artistes de son genre. Il a sa personnalité et semble toujours faire comme bon lui semble. Il a une « vibe » différente et sa musique est influencée par cela. J’ai toujours bien aimé ce qu’il faisait. Je m’identifiais à lui quand ses sons sortaient. Il m’a marqué, c’est certain. Puis beaucoup de R’n’B, avec Justin Timberlake, tous ses albums mais aussi beaucoup de Mary J. Blige, qui est une légende. J’écoutais aussi beaucoup de NWA, des sons « old schools ». Ça a été super important pour moi car leur histoire et le fait d’apprendre de leur musique m’a permis de mieux me positionner dans ma musique, et de m’identifier à quelque chose qui me semblait proche de mes valeurs. Bien sûr, les rappeurs de Los Angeles, de New York, mais aussi un peu d’Eminem, de 50 Cent, de Dr. Dre. Je vivais un peu un rêve américain à distance car c’était trop loin de moi. Désormais, c’est un peu un rêve qui se réalise, et le pont qui est créé maintenant avec la montée en puissance des musiques africaines sur le marché américain, ça aide à se rapprocher d’ici. Les États-Unis se tournent vers l’Afrique, Ils sont curieux. Et c’est une super chose pour nous, les artistes africains ou d’origines africaines. Venir ici, c’est enrichissant. Venir aux États-Unis m’inspire.

Depuis trois ans, on constate l’influence grandissante des musiques africaines et des artistes du continent, comme Davido, Burna Boy, mais aussi Rema, qui arrivent à se faire une place au soleil aux États-Unis…

Oui, et ça me rend heureux, je suis fier de voir que l’Afrique de se battre pour se faire une place ici, continuer à pousser pour avoir enfin cette reconnaissance américaine mais aussi mondiale. Ce n’est que le début à mon avis. Le meilleur reste encore à venir et on est tous enthousiastes pour les années à venir. Se faire une place ici, ça aide aussi les gens à placer l’Afrique, les pays et les villes du continent sur la carte. Pour que le monde en sachent plus sur le continent. Pour que, par exemple, les gens sachent où est Gagnoa et la Côte d’Ivoire, dont je suis un ambassadeur. C’est très important pour moi.

Pour revenir sur vos influences musicales africaines, quelle a été l’importance de vos années passées en Côte d’Ivoire durant votre enfance ?

Ça a été très important et j’ai beaucoup appris sur moi et sur mes origines. J’ai écouté beaucoup de musique zouglou, comme Les Garagistes, mais aussi Les PatronsSoum Bill, et surtout, les grands Magic System, qui ont quand même bien changé le « game » (sourire). J’ai pratiquement écouté tout ce qui se faisait en Côte d’Ivoire et dans la zone entre 1998 et 2000, 2002. Et ça m’a marqué profondément. Ce sont mes racines, une partie de mon cœur est là-bas. Les musiques du pays m’ont beaucoup influencé et continuent de m’influencer encore aujourd’hui.

En parlant de Côte d’Ivoire, vous serez de passage au mois de janvier pour vous produire sur la terre de vos parents. Que ressentez-vous ?

Je suis heureux de voyager pour mon travail, venir aux États-Unis, mais aussi et surtout d’aller au pays. C’est un véritable bol d’air frais. C’est un plaisir immense de retourner là-bas à chaque fois. C’est chez moi. C’est un endroit qui a une place particulière dans mon cœur. Je dois y aller tous les ans. Je m’y rends à chaque fois avec le même enthousiasme et l’envie de faire plaisir à mes fans. Je me souviens qu’au début de ma carrière, j’avais la pression quand je me produisais en Côte d’Ivoire, car je me disais « il ne faut pas que je me loupe, je veux que les gens kiffent et me soutiennent en permanence« . C’était pas toujours facile car j’avais cette pression de venir me produire au pays. Je voulais leur donner le meilleur spectacle possible. Aujourd’hui, c’est moins de pression, car j’ai appris de mes concerts précédents. C’est un passage obligé d’aller chaque année en Côte d’Ivoire, c’est un gros « kiff » personnel (sourire).

On arrive en fin d’année 2023. Quel bilan faites-vous de celle-ci ?

L’année 2023 me laisse un peu sur ma faim. Mais je sais que 2024 sera une année de feu, j’en ai aucun doute. J’ai eu quelques petits soucis personnels qui m’ont poussé à prendre un peu de recul avec la musique à certains moments. Mais je sais que 2024, ça va être top. Je suis impatient d’être en 2024. Beaucoup de choses se mettent en place et je sens que je vais prendre beaucoup de plaisir en terme musical.

Vous parliez de l’importance de voyager et de se produire à l’étranger lorsque l’on est un artiste. Quelle est l’importance dans votre créativité et dans votre carrière de pouvoir faire cela ?

C’est une chance énorme et j’en suis toujours très reconnaissant. Je peux voyager, rencontrer des gens, des fans au-delà des frontières de la France et ce n’est pas tout le monde qui a la chance de se produire à l’étranger. Personnellement, c’est l’une des choses que j’apprécie le plus dans ma carrière d’artiste, en tant qu’être humain. Les voyages aident à s’ouvrir, mais aussi à apprendre et à transmettre aux autres. Moi par exemple, j’essaye d’être un bon ambassadeur de la France et de la Côte d’Ivoire à chaque fois que je vais à l’étranger. J’ai eu la chance d’avoir fait le tube Ramenez la coupe à la maison qui a cartonné à l’international. Ça m’a ouvert des portes, ça m’a fait voyager. C’est un gros plus, c’est une belle chose à vivre pour un artiste de pouvoir voyager et cela nous permet aussi de rencontrer les Français, et les gens de la diaspora africaine qui n’ont pas la chance de nous voir souvent. C’est important d’aller se produire devant ceux qui sont loin de chez eux.

L’année 2024 sera marquée par deux grands événements sportifs : la Coupe d’Afrique des Nations en Côte d’Ivoire, puis le championnat d’Europe de football durant l’été dont la France est favorite. Si les Ivoiriens remportent la CAN, y aura-t-il un titre de Vegedream pour l’occasion ? Un nouveau titre – dans la lignée de Ramenez la coupe à la maison et de Merci les Bleus – pour la campagne des Bleus de Kylian Mbappé en Allemagne ?

(Sourire). On verra bien, même si je me dis à chaque fois « Cette fois-ci, c’est bon, ça suffit je ne vais pas faire de nouveau titre » (rires). Mais à chaque fois, je ne peux pas rester insensible ! On me le demande à chaque fois, c’est marrant (rires). On me dit « il faut faire quelque chose pour les bleus ! » comme pour la dernière Coupe du monde au Qatar. Beaucoup de personnes veulent que je sorte un nouveau titre pour les bleus, on verra bien, ça dépendra du moment (sourire). Ce sont des grands moments pour moi, et le titre de 2018 a changé ma carrière à jamais. Donc à chaque fois que les bleus jouent, c’est une saveur spéciale pour moi. On verra bien, j’entretiens un peu le mystère…

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Par : Michaël Oliveira Da Costa

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