Près de deux mois après la tenue des élections législatives, la Tchéquie reste toujours sans nouveau gouvernement. Tandis que le président de la République, Petr Pavel, poursuit ses consultations informelles avec les candidats aux fonctions ministérielles des trois partis de la probable future coalition, Andrej Babiš n’a, lui, toujours pas expliqué comment il entend résoudre son conflit d’intérêts s’il est bien nommé Premier ministre. Par ailleurs, le chef de l’État reste opposé à la nomination de Filip Turek pour les fonctions de ministre de l’Environnement en raison des diverses controverses liées au passé du candidat du parti des Automobilistes.
Comme il l’a déclaré au micro de la Télévision tchèque dimanche dernier, Andrej Babiš, chargé de former une nouvelle coalition après la nette victoire de son parti aux élections législatives, début octobre, espère être nommé Premier ministre d’ici au 10 décembre et que le gouvernement le sera, lui aussi, dans les jours suivants, soit pour la mi-décembre au plus tard. Mais comme le leader du mouvement ANO l’a également souligné, le respect de ce calendrier dépendra aussi du bon vouloir du président de la République.
Or, Petr Pavel a déjà fait savoir à plusieurs reprises qu’il ne nommera pas Andrej Babiš tant que celui-ci, en sa qualité également de propriétaire d’Agrofert – une immense holding qui bénéficie de très nombeuses subventions européennes -, n’aura pas expliqué publiquement aux Tchèques comment il entend résoudre son potentiel conflit d’intérêts s’il se retrouve à la tête du nouveau gouvernement.
Une demande sur laquelle le chef de l’État n’entend pas transiger, comme il l’avait d’ailleurs clairement fait comprendre au principal intéressé lors de leur dernière rencontre en face à face, le 26 novembre. Et dimanche encore, le service de communication du Château de Prague a rappelé que le président était prêt à confier les fonctions de Premier ministre à Andrej Babiš dès lors que celui-ci se sera exprimé de façon suffisamment claire sur la manière dont il entend abandonner ses activités d’homme d’affaires pour pouvoir se consacrer à son rôle de chef du gouvernement.
Pour l’heure, toutefois, Andrej Babiš reste très vague sur le moment où il entend satisfaire aux exigences de Petr Pavel. Malgré le temps qui passe, et qui commence à presser, il se contente d’affirmer que cela sera fait en temps et en heure de manière à ce qu’il puisse être nommé pour le 10 décembre.
D’ici-là, le président de la République devrait en avoir fini avec les consultations avec les différents candidats aux fonctions ministérielles présentés par ANO, le SPD et les Automobilistes, les trois partis qui se sont entendus pour former une nouvelle coalition gouvernementale. Entamée vendredi dernier, cette série d’entretiens devrait s’achever le lundi 8 décembre, et tout laisse à penser que c’est le moment que choisira Andrej Babiš pour enfin s’exprimer.
Filip Turek, l’autre obstacle à la nomination du gouvernement
Parmi les noms de ces quinze candidats figure notamment celui de Filip Turek. D’abord envisagé par son parti, les Automobilistes, comme nouveau chef de la diplomatie, le désormais ex-député européen est finalement pressenti à la direction du ministre de l’Environnement.
Rattrapé par son passé sulfureux, avec diverses controverses qui sont la conséquence – entre autres – de propos racistes et homophobes qu’il aurait tenus sur les réseaux sociaux, et même de plusieurs saluts nazis, Filip Turek présente un profil qui déplaît fortement à Petr Pavel.
Dans ce cas aussi, le président tchèque a déclaré à plusieurs reprises que bien que Filip Turek ne fasse l’objet d’aucune accusation et bénéficie de la présomption d’innocence, il ne voyait pas en lui un candidat digne de l’exercice de fonctions ministérielles, estimant que des standards de confiance et de crédibilité plus élevés s’appliquaient aux responsables politiques.
Une position et une vision des choses que réfute toutefois le parti des Automobilistes, qui rappelle que son président d’honneur est légalement irréprochable et reste, donc, un de ses trois candidats à un fauteuil gouvernemental.
Auteur:Guillaume Narguet







