Trio jurassien installé à Berne, Arbre se déploie sans frontières entre jazz, rock et musique électronique. Après avoir remporté le prestigieux ZKB Jazzpreis en 2023, le collectif a publié le 17 avril un troisième album au souffle impressionnant intitulé ‘Wrap a Tear in a Cellophane’.
‘Wrap a Tear in a Cellophane’ (‘Emballer une larme dans du cellophane’), troisième album du trio jurassien installé à Berne Arbre, contient sept morceaux aussi denses que plein de souffle et d’espace. Ils sont nés de plusieurs sessions d’improvisations et d’une résidence avant d’être retravaillés et peaufinés tant en termes d’écriture que d’arrangement. « L’impulsion, c’était de se retrouver, de redécouvrir où on en était après une tournée, de voir comment chacun et chacune avait évolué dans son jeu comme en tant que collectif », explique Paul Butscher qui est au bugle et aux synthétiseurs au sein d’Arbre.
Une démarche artistique collective très importante aux yeux d’Arbre qui fonctionne sans leader, contrairement à beaucoup de formations dans le jazz. « C’est vraiment ce qui fait la nature d’Arbre depuis le début. Il était clair qu’on réaliserait ensemble tant les compositions que les textes ou le travail administratif. Le collectif, c’est notre particularité, notre ADN, surtout dans ce milieu du jazz », précise la claviériste et chanteuse Mélusine Chappuis.
Paysages sonores mouvants
L’instrumentation de ‘Wrap a Tear in a Cellophane’, qui mêle claviers, synthétiseurs, la batterie de Xavier Almeida, machines électroniques et bugle, compose des paysages sonores saisissants et toujours en mouvement. Ce qui débouche sur un jazz profondément libre et plein de groove qui s’autorise aussi le chant, en anglais ou français, pour évoquer l’insomnie et les cauchemars (‘The Clock Won’t Stop’), la sororité (‘Je suis la nuit’) ou la détresse intérieure (‘The Shore’).
Si bien qu’entre jazz, rock et électronique, Arbre refuse absolument de choisir. « Le risque de cette démarche est que parfois on agit avec des compromis, mais c’est aussi extrêmement beau. Ne pas se restreindre à un style de musique provient du plaisir à aller dans tous ces espaces. Et je crois que c’est vraiment très sensoriel d’avoir de la puissance, mais aussi de l’espace, de pouvoir improviser et mettre des mots ou pouvoir chanter », estime Paul Butscher.
Au sein de ce répertoire musicalement hybride, n’y aurait-il tout de même pas un genre prédominant au moment d’une ou l’autre composition? « Oui, le genre d’Arbre justement. Et ce qui est génial avec ce nouvel album, c’est qu’on a poussé encore un peu plus loin le curseur. Paul [Butscher] s’est mis à faire de plus en plus de synthétiseur et ça a donné vraiment d’autres choses que si c’était que moi qui en jouais. Pour ma part, je me suis mise davantage à chanter, donc avec d’autres lignes de chant que Paul. C’est comme si cette fois on s’était donné encore plus de liberté pour expérimenter, mais sur la base d’un son très familier qu’on possède depuis quatre à cinq ans », détaille Mélusine Chappuis.
Difficile en revanche de trouver des points communs ou une thématique directrice aux titres constituant ‘Wrap a Tear in a Cellophane’, si ce n’est ce vivre et créer ensemble ou cette manière de communiquer musicalement frontalement ou introspectivement au sein du trio: « Je pense que le titre de l’album aide à saisir cette tentative-là. Emballer une larme dans du cellophane, c’est une action qui est potentiellement maladroite, mais hypersensible. C’est une action qui est presque aussi vouée à l’échec, mais pour laquelle on se donne énormément de peine ». Une métaphore quelque peu conceptuelle, mais qui convient à merveille au répertoire à la fois puissant, précis, fragile et introspectif d’Arbre.
Olivier Horner
Arbre, ‘Wrap a Tear in a Cellophane’ (Ronin Rhythm Records). Paru le 17 avril 2026.
En concert notamment au festival Jazz au peuple, Nyon, le 5 septembre 2026.






