Au cœur des collines verdoyantes de la préfecture de Wawa, dans la région des Plateaux, le village d’Abréwankor est en train de changer de dimension. Longtemps connu pour ses plantations de cacao et le savoir-faire de ses producteurs, ce territoire agricole s’apprête désormais à accueillir l’un des projets les plus ambitieux de la filière cacao au Togo : un centre d’excellence ultramoderne consacré au traitement post-récolte des fèves.
Porté par le Comité de Coordination pour les Filières Café et Cacao (CCFCC), le projet symbolise la volonté des autorités et des acteurs de la filière de repositionner le cacao togolais sur le segment du haut de gamme. L’infrastructure, dont l’inauguration est annoncée pour le 23 mai 2026, marque une étape importante dans la stratégie nationale de valorisation des produits agricoles d’exportation.
Construit sur une superficie de 1,37 hectare, le futur centre a été conçu pour répondre aux standards internationaux de qualité. Le site comprend notamment un hall moderne de fermentation, plusieurs tunnels de séchage, un magasin de stockage d’une capacité de 25 tonnes, des équipements logistiques destinés à la collecte des récoltes dans les villages environnants ainsi qu’un système d’alimentation solaire et une adduction d’eau potable. Des dortoirs ont également été prévus afin de faciliter l’accueil des techniciens, formateurs et producteurs appelés à fréquenter régulièrement le centre.
Le chantier, entièrement financé par le CCFCC à hauteur de 160 millions de francs CFA, s’inspire d’expériences déjà développées dans certains pays africains producteurs de cacao, notamment au Cameroun. L’objectif est d’améliorer significativement la qualité des fèves togolaises grâce à une meilleure maîtrise des opérations post-récolte, en particulier la fermentation et le séchage, deux étapes essentielles dans le développement des arômes du cacao.
Pour le secrétaire général du CCFCC, Enselme Gouthon, cette orientation stratégique répond à une nécessité économique majeure. Selon lui, « la montée en gamme du cacao togolais constitue aujourd’hui une nécessité stratégique pour garantir de meilleurs revenus aux producteurs et renforcer la compétitivité du Togo sur le marché international ».
Au-delà de la modernisation des infrastructures, le centre d’Abréwankor ambitionne également de devenir un véritable espace de formation et de professionnalisation. Les coopératives, producteurs et transformateurs locaux pourront y apprendre des techniques modernes de fermentation, de séchage et de conservation des fèves afin de répondre aux exigences croissantes des acheteurs internationaux.
Le choix de la zone de Wawa n’a rien d’un hasard. Cette partie du pays est reconnue depuis plusieurs années pour la qualité de ses fèves de cacao et pour l’engagement croissant des coopératives locales dans les démarches de traçabilité et de production durable. Dans un contexte où les marchés européens et nord-américains accordent une importance grandissante aux critères environnementaux et sociaux, cette orientation apparaît comme un atout majeur pour la compétitivité du cacao togolais.
La dynamique actuelle de la filière est d’ailleurs renforcée par une reconnaissance internationale récente. En février 2026, le Togo a remporté les deux médailles d’or de la région Afrique et Océan Indien lors des Cacao of Excellence Awards 2026 organisés à Amsterdam. Deux producteurs togolais issus de la coopérative USCPCC IBA « COOP-CA » ont été distingués parmi les meilleurs producteurs de cacao au monde, une performance qui a attiré l’attention des professionnels du secteur sur la qualité croissante des fèves togolaises.
Pour les acteurs de la filière, cette distinction internationale confirme le potentiel du cacao togolais sur les marchés de niche les plus rémunérateurs. Elle renforce également la stratégie du CCFCC, qui mise désormais sur la qualité, la traçabilité et la transformation locale afin d’augmenter la valeur ajoutée des exportations agricoles.
Selon les données de l’institution, plus de 30 000 producteurs vivent directement de la culture du cacao au Togo, principalement dans les régions des Plateaux et du Centre. Pour ces milliers de familles, l’amélioration de la qualité pourrait se traduire par des revenus plus stables et une meilleure intégration aux circuits du commerce international.
À travers le centre d’excellence d’Abréwankor, le Togo affiche ainsi une ambition claire : dépasser progressivement son statut de simple exportateur de matières premières pour devenir un acteur reconnu du cacao premium africain. Dans un marché mondial de plus en plus orienté vers la qualité et l’origine des produits, le pari togolais pourrait bien ouvrir une nouvelle page pour l’économie cacaoyère nationale.






