1,2 million de fidèles ont convergé ce dimanche vers la place de Cibeles à Madrid où le Pape a célébré la première messe de son voyage apostolique en Espagne. Des acclamations de joie au recueillement le plus silencieux. Dans son homélie, Léon XIV a rappelé le sens des processions qui ne sont pas une survivance folklorique mais la «présence du Seigneur qui est vivant et continue de passer au milieu de nous». Le Pape a invité chacun à se désaltérer à Sa source pour devenir des signes d’espérance.
Ce dimanche matin, sous un grand soleil, le Pape a rejoint en papamobile ouverte l’emblématique place de Cibeles où se rejoignent les quartiers madrilènes de Retiro, de Centro et de Salamanca. Tout le long du parcours, Léon XIV a pris le temps de bénir des enfants sous les acclamations d’une foule impressionnante de fidèles enthousiastes. Tous n’avaient pu rejoindre le site de la messe, occupé avant même le lever du soleil par des Madrilènes ou des Espagnols venus des alentours, de Tolède ou de Segovia. «C’est la première fois que je vois un Pape, et je me sens chanceux de rencontrer Léon XIV qui va être le Pape de ma vie, celui qui va m’accompagner», nous a confié Guillermo, 16 ans. Comme lui, de nombreux jeunes étaient présents ce dimanche matin pour la première messe de Léon XIV en Espagne.

La joie des fidèles espagnols. (@Vatican Media)
Avant la célébration, le Pape a brièvement salué la famille royale et reçu les clés d’or de la ville de Madrid, un honneur et une marque visible de confiance et d’amitié.
En échos à l’accueil fervent des Espagnols, le Pape a affirmé à son tour avoir «le cœur débordant de joie» en ce début de voyage. Un aveu formulé dès les premières secondes de son homélie, prononcée en la solennité du Corps et Sang du Christ. Le Corpus Christi donne lieu en Espagne à de très belles processions, tradition sur laquelle Léon XIV a souhaité revenir.
Un retour aux racines de la foi
Le Corpus Christi n’est pas «une fête de plus dans le calendrier liturgique» a d’emblée affirmé le Pape. Et si les processions solennelles de ce jour ont façonné pendant des siècles la piété, l’art, la musique, l’architecture et la vie du peuple espagnol, et qu’encore aujourd’hui, note-t-il, «elles expriment et manifestent le sentiment spirituel de ce pays à travers la beauté et l’élégance des tapis de fleurs, des autels dans les rues, du soin apporté aux ostensoirs et à leur exposition, ainsi que des chants et des ornements», il ne s’agit pas «d’une survivance folklorique ou d’une simple parure esthétique».
“Il s’agit ici de la foi en la présence du Seigneur ressuscité, qui est vivant et continue de passer au milieu de nous, qui se fait pain pour notre faim de vie et visite les recoins de notre cœur et de notre histoire, même les plus sombres.”
Le Corpus Christi est un «retour aux racines de la foi pour renouveler l’amour et la fidélité à Dieu» a souligné le Pape.
Dieu marche avec son peuple
Alors que le Christ se donne en nourriture lors de la célébration eucharistique, lors des processions, dit Léon XIV, «Il sort à notre rencontre». Il ne reste pas «enfermé dans le temple», mais marche dans les rues, traverse les places, habite les lieux de la vie quotidienne. «Il est le Dieu proche qui marche avec son peuple, le Seigneur de l’histoire, la consolation des faibles, la lumière pour les familles, l’espérance pour les malades, la paix pour ceux qui souffrent.» Il n’est d’ailleurs pas un hasard qu’en Espagne, note le Pape, l’Église a uni pendant des années la solennité du Corpus Christi à la Journée de la Charité.
“Il ne s’agit pas seulement de sortir l’ostensoir, mais de sortir nous-mêmes de l’égoïsme, de l’indifférence, d’une foi confortable et privée, pour répondre à son invitation à la conversion, changer notre regard, accueillir sa présence qui nous transforme et fait de nous des bâtisseurs d’un monde nouveau.”
Une école de foi où s’abreuver
Ainsi, la mémoire historique des processions de la Fête-Dieu ne peut se laisser emprisonner dans la nostalgie. Elle est, dit le Pape, une «invitation» faite à chacun de se souvenir comment «quand tu avais faim, il t’a nourri de la manne» (Dt 8, 2-3.14b-16a). Il s’agit de se souvenir pour ne pas oublier qui est le Seigneur et pour ne pas «succomber à la tentation de se fier à d’autres idoles et de se nourrir d’un pain qui ne rassasie pas», indique Léon XIV.
Le Pape exhorte l’Espagne d’aujourd’hui et de demain à ne pas faire de la religiosité «un musée du passé, mais une école de foi où l’on peut encore s’abreuver». Une école qui enseigne à s’agenouiller devant Dieu et devant son prochain, souligne Léon XIV, car «personne ne peut s’agenouiller devant le Seigneur et mépriser son prochain». Une école qui enseigne la gratuité de l’amour et brise les chaînes de tout égoïsme ; une école où l’on apprend que Dieu est une présence réelle et que chacun est appelé également à être présent, à ne pas fuir les défis du monde mais à s’engager personnellement dans la construction du bien commun.
Des acteurs de la transformation du monde, un signe d’espérance
Le Pape a alors évoqué deux figures de l’Eglise espagnole. Tout d’abord saint Manuel González, «l’évêque des tabernacles abandonnés» dont la vie rappelle que l’Eucharistie ne doit pas être honorée uniquement lors des grandes célébrations, mais aussi «dans la fidélité silencieuse de celui qui accompagne le Seigneur par une amitié humble et discrète qui se nourrit jour après jour». Léon XIV a ensuite fait mémoire des vers de saint Jean de la Croix qui, au XVIe siècle, depuis une cellule de prison perçoit «la présence cachée du Seigneur d’où jaillit une lumière qui ne connaît pas de crépuscule et d’où coule une vie qui ne s’épuise pas». Le Pape propose aux fidèles à leur tour de revenir à « cette source éternelle», «qui coule et étanche la soif sans éblouir, sans s’imposer par une puissance extérieure, sans se présenter de manière spectaculaire». Il les invite à laisser le Seigneur «désaltérer les aridités de (leur) cœur», pour ensuite porter parmi les gens «ce courant d’eau fraîche, d’amour, de paix, de justice et de joie» sur les chemins de la vie et de l’histoire, en prenant particulièrement soin de ceux qui souffrent et ont perdu espoir. Il les exhorte à devenir ainsi des acteurs de la transformation de l’histoire et un signe d’espérance.
Procession dans les rues de Madrid
De visu ou grâce à un des 42 écrans géants, plus d’un million deux cents mille fidèles ont pris part à la messe, animée ce matin par 400 choristes. Plus de 2 000 prêtres et diacres étaient chargés de la donner la communion. 22 000 bénévoles et 23 000 agents de police se sont occupés du service d’ordre place de Cibeles et sur le parcours de la procession solennelle de la Fête-Dieu qui a cheminé après la célébration dans les rues de Madrid.
Marie Duhamel – Cité du Vatican






