Lors de la quatrième journée de travaux de la rencontre du Pape avec les chefs des Églises orientales et les présidents des Conférences épiscopales, dix ans après l’exhortation post-synodale, le cardinal José Cobo Cano, archevêque métropolitain de Madrid, a souhaité «une pastorale de la continuité». Pour la théologienne María Marcela Mazzini, «le sacrement ne doit pas seulement être célébré, mais aussi vécu».
«La conversion pastorale de l’Église nous appelle à être à l’écoute attentive de l’expérience des jeunes couples mariés: de la manière dont ils racontent ce qu’ils apprennent ensemble ou ce qui les empêche d’apprendre et de grandir; des ressources qu’ils découvrent dans le sacrement du mariage; de ce qu’ils attendent des communautés chrétiennes et de la manière dont ils comprennent leur propre responsabilité missionnaire». C’est ce qu’a souligné ce samedi 10 octobre, le cardinal Kevin Farrell, préfet du dicastère pour les Laïcs, la Famille et la Vie, en présentant, dans la salle Paul VI, la quatrième journée de la rencontre «Dix ans après Amoris laetitia: annoncer l’Évangile avec les familles aujourd’hui». Ce colloque, qui se déroule jusqu’au 14 octobre, réunit le Pape Léon XIV, les chefs des Églises orientales, les présidents des Conférences épiscopales, des couples mariés et divers experts.

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Une période décisive

En présentant les travaux consacrés au thème du jour, «La vie conjugale. Les premières années de mariage: une période décisive», le cardinal a souligné que «depuis le Concile Vatican II, des efforts pastoraux considérables ont été déployés pour enrichir la préparation au mariage, en valorisant l’expérience des couples mariés et en offrant aux fiancés des occasions de vivre des moments de fraternité et de prière au sein de la communauté chrétienne. Pourtant — a-t-il ajouté —, nous constatons que cela ne suffit pas toujours pour aider les jeunes mariés à comprendre et à approfondir l’amour conjugal qui prend forme en eux au cours des premières années de mariage, ni à faire face aux difficultés qui peuvent surgir avec la naissance des enfants ou à mesure qu’ils apprennent à se connaître plus profondément».

La nécessité d’un accompagnement constant

Le cardinal José Cobo Cano, archevêque métropolitain de Madrid, a proposé une réflexion sur la manière d’écouter et d’accompagner les époux au début de leur vie conjugale. Il a souligné à quel point Amoris laetitia a «aidé à porter un regard différent sur la réalité du mariage et a ouvert de nouveaux horizons pastoraux». Mais le premier défi ne consiste pas à élaborer de nouveaux programmes. La question est la suivante: «comprenons-nous vraiment la réalité des couples que nous voulons accompagner?». Selon l’archevêque de Madrid, l’exhortation apostolique post-synodale invite à redécouvrir le mariage non seulement comme un sacrement à célébrer, mais comme une vocation à vivre et à cultiver tout au long de la vie. Se marier, en effet, signifie choisir de se donner l’un à l’autre, de construire un projet commun et d’apprendre à s’aimer dans la réalité de la vie, avec ses joies et ses difficultés. C’est pourquoi la pastorale du mariage est appelée à opérer un changement fondamental: passer d’une préparation axée principalement sur le mariage à un accompagnement qui soutienne les époux avant, pendant et après le mariage.

Dialogue, patience et pardon

«Amoris laetitia a mis en lumière deux éléments fondamentaux auxquels il faut prêter attention dès le moment où un couple s’adresse à l’Église: l’accompagnement et le discernement. Une chose — a rappelé le cardinal — est de se demander: “Que doivent-ils savoir pour se marier?” Une autre, plus profonde, est: “Que doivent-ils découvrir pour savoir s’ils sont appelés à se donner définitivement l’un à l’autre?”» En effet, il ne suffit pas de transmettre aux fiancés les connaissances nécessaires pour célébrer le sacrement; il faut les aider à comprendre la signification du choix qu’ils font, en les accompagnant dans le discernement de leur vocation et dans la connaissance mutuelle. Le mariage, en effet, est un chemin en constante évolution. Les premières années, la naissance des enfants, les responsabilités professionnelles, les difficultés économiques, la maladie et les changements personnels exigent une capacité de dialogue, de la patience, du pardon et une volonté renouvelée de rester unis.

«L’horloge des fiancés»

L’archevêque métropolitain de Madrid a ensuite souligné que «comme dans de nombreux diocèses, à Madrid, nous expérimentons, parallèlement aux préparations au mariage, des initiatives telles que « l’horloge des fiancés », qui partent d’une intuition simple: un couple a besoin de s’accorder du temps de qualité pour dialoguer, retracer son histoire, reconnaître ses points forts et ses fragilités, prier et discerner. La question que ces expériences nous posent va au-delà d’une méthode concrète: elle nous amène à nous demander comment rendre possible un véritable processus de discernement». Et cela — a-t-il poursuivi — «concerne également la décision de se marier. Si un couple arrive après huit ou dix ans de relation, avec la décision de se marier déjà prise, y a-t-il vraiment de la place pour le discernement? Si nous affirmons que le mariage est une vocation, comment discerner une vocation au mariage au sein de l’Église? Un entretien pastoral bien mené à ces moments-là et la formation de ceux qui accompagnent peuvent ouvrir de nouvelles voies, mais la question reste ouverte».

Construire le «nous» sans effacer le «je»

Et, en effet, l’un des défis les plus importants consiste à apprendre à construire un «nous» sans effacer l’identité du «je» et du «tu». Cela exige du temps de qualité, une écoute mutuelle, le partage de la foi et la capacité à affronter les conflits sans laisser ceux-ci affaiblir le lien. «Le mariage chrétien — a encore souligné l’archevêque de Madrid — n’est pas seulement l’histoire de deux personnes; c’est aussi une vocation ecclésiale, appelée à grandir et à s’épanouir au sein d’une communauté. Cela nous amène à une question pastorale fondamentale: de quelle communauté nos couples mariés ont-ils besoin aujourd’hui? Quelle contribution doivent apporter le diocèse, la paroisse, les mouvements et, surtout, les autres couples mariés pour créer des communautés capables d’accueillir et de soutenir la vie conjugale? Dans ce contexte — a-t-il expliqué —, une figure peut s’avérer fondamentale: ce sont les couples qui accompagnent d’autres couples, non pas en tant qu’experts, mais en partant d’une expérience vécue, comprise dans le discernement et partagée».

Pour une pastorale de la continuité

Le principal défi pour l’Église consiste donc à passer d’une pastorale des moments ponctuels à une pastorale de la continuité, capable d’accompagner tout le parcours de la vocation matrimoniale. Le mariage est un bien précieux à préserver, une vocation qui exige un engagement quotidien et un lien qui se construit au fil du temps. La préparation au mariage n’est qu’un début: le véritable défi consiste à aider les époux à vivre le sacrement qu’ils ont reçu, en transformant leur union en un témoignage concret d’amour, de fidélité, de pardon et d’espérance.

Passer du «sacrement célébré» au «sacrement vécu»

María Marcela Mazzini, professeure en théologie originaire d’Argentine, a ensuite abordé le thème de la mystagogie du lien sacramentel, invitant les personnes présentes à «considérer les premières années de mariage comme une véritable mystagogie du sacrement célébré». «L’Église ancienne — a-t-elle rappelé — appelait « mystagogie » l’initiation progressive à un mystère déjà reçu sacramentellement: ce qui avait été célébré était vrai et efficace, mais demandait à être compris de l’intérieur et intégré de manière vivante. Il en va de même dans le mariage: “Le consentement inaugure un lien réel, une communio personarum appelée à accueillir progressivement sa propre vérité: le passage du sacramentum celebratum au sacramentum vivendum, sans séparer le don de la tâche, ni la grâce de la liberté.” Amoris laetitia l’exprime clairement: le « oui » des époux « est le début d’un parcours » et le mariage ne peut être considéré comme « quelque chose d’achevé »», a poursuivi Marcela Mazzini, en soulignant que les premières années de mariage exigent de réorganiser l’argent, le travail, les tâches ménagères, les familles d’origine, la sexualité et, souvent, l’arrivée des enfants.

Après les premières sessions consacrées à «faire connaissance» et «s’écouter», un premier aperçu général a été présenté aujourd’hui en Salle de presse du Saint-Siège. Outre …

Les facteurs de crise

«Quatre axes de crise illustrent cette dimension pascale au quotidien: le premier est la communication et la gestion des conflits, le deuxième est l’organisation de la vie commune, le troisième est l’économie et le projet de vie» et enfin «la sexualité et l’intimité, où les différences de désir, la fatigue, la fertilité et les façons d’exprimer son affection s’entremêlent avec la qualité globale du lien». Selon la professeure, «le “nous” ne naît pas automatiquement du fait que deux personnes s’aiment; il n’est ni la somme de deux individus, ni une fusion, mais la rencontre de deux cultures familiales qui donnent naissance à une troisième, nouvelle et unique».

Le signe visible d’un Amour plus grand

«Accompagner les époux dans leurs premières années de mariage» signifie «reconnaître que nous n’accompagnons pas seulement deux individus, mais un lien naissant, un “nous” encore fragile et plein de possibilités. Au fond, le mariage sacramentel — a-t-elle conclu — peut être envisagé ainsi: deux libertés qui, soutenues par la fidélité de Jésus-Christ, font de leur accueil réciproque le signe visible d’un Amour plus grand. C’est aussi un message pour l’Église et pour le monde: l’unité n’exige pas la suppression de la différence; appartenir ne signifie pas posséder; prendre soin ne signifie pas dominer ; et la fidélité permet de traverser les transformations sans abandonner l’alliance».


Francesco Ricupero – Cité du Vatican

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