Une étude du Syndicat national de l’édition phonographique (Snep) révèle que sur les 100 titres les plus écoutés en France en 2024, plus des trois quarts ont été interprétés par des hommes. Décryptage d’une inégalité systémique et récurrente dans l’industrie musicale française.
Dans les années 1970, le chanteur Patrick Juvet se demandait, dans une chanson restée célèbre, « Où sont les femmes ». Un demi-siècle plus tard, on peut toujours se poser la même question concernant l’industrie musicale. Sur les 100 titres les plus écoutés en 2024 en France, 77 ont été interprétés et composés par des hommes uniquement et seulement 17 par des femmes. Le reste ayant été interprété par des groupes mixtes ou des duos.
Dans ce classement du Syndicat national de l’édition phonographique, la première femme à apparaître est Sabrina Carpenter : elle est 19e. Le classement porte pourtant sur l’année 2024, année de révélation de la chanteuse française Zaho de Sagazan et sa « Symphonie des éclairs ». Si l’artiste a tout raflé aux Victoires de la musique cette année-là, elle n’est en revanche que 26e au classement des 100 titres les plus écoutés.
Les femmes sous-représentées dans toute la chaîne de production
Le classement est en effet ultra-dominé par les rappeurs. Le rap est le moteur de l’industrie musicale en France et le genre est outrageusement incarné par des hommes. Une exception dans le rap francophone : la Belgo-Congolaise Shay, qui n’arrive qu’en 98ᵉ position du classement.
Mais au-delà du tropisme masculin du rap, c’est toute l’industrie musicale qui fonctionne sur des schémas dominés par les hommes. Leur sur-représentation est flagrante dans tous les métiers de la chaîne. Plus de la moitié des 100 titres du classement ont été écrits, composés et chantés exclusivement par des hommes, contre seulement trois par des femmes. Cela veut dire que les plumes, les beatmakers ou encore les arrangeurs sont majoritairement des hommes et qu’ils composent aussi en grande partie les chansons des femmes. En France, 12% à peine des auteurs-compositeurs sont des autrices-compositrices.
Des stéréotypes qui ont la vie dure
Et révolutionner l’industrie n’est pas une mince affaire. Les habitudes, les réseaux industriels et les chaînes sont là encore largement dominés par le monde masculin. Les stéréotypes ont aussi la vie dure. Aux États-Unis, par exemple, la presse a évoqué à de nombreuses reprises l’influence du frère de la star californienne Billie Eillish dans ses compositions, et la place prépondérante qu’il jouerait dans son succès. Comme si l’on peinait toujours à imaginer que, dans l’industrie musicale, les femmes pouvaient se débrouiller seules.
La France est loin d’être un cas à part. En 2022, dans le classement des 100 meilleurs titres mondiaux de l’année, seuls 14% étaient crédités à des autrices-compositrices. Au Canada, les chercheurs estiment qu’il y a, dans l’industrie musicale, sept hommes pour deux femmes, toutes catégories confondues.
Par :Olivier Rogez







