Les paroles du Pape Léon XIV sur le drame des migrants sont dans la lignée de ses prédécesseurs.
«Arrêtez-vous! Convertissez-vous!». Le cri du Pape Léon XIV depuis la Plaza del Cristo de La Laguna à Ténérife rappelle le vigoureux appel de saint Jean-Paul II à la conversion des mafieux, prononcé à l’improviste à la fin de la messe dans la Vallée des Temples d’Agrigente, le 9 mai 1993. Le Pape polonais s’adressait aux membres de Cosa Nostra, son troisième successeur aux trafiquants d’êtres humains qui trompent, réduisent en esclavage et soumettent à toutes sortes de violences les migrants en quête d’un avenir meilleur.
Léon XIV, après avoir écouté certains témoignages de migrants, a ancré les passages les plus forts de son appel dans des passages des Écritures: «Arrêtez-vous! Convertissez-vous !» fait écho à l’appel à la conversion prononcé par Jésus dans l’Évangile selon Marc. Quant aux mots «Les larmes et le sang de ces frères crient vers Dieu et leurs souffrances parviennent jusqu’à Lui», ils rappellent la réaction de Dieu face au meurtre d’Abel par Caïn, que nous lisons dans la Genèse, et l’écoute par Dieu de la douleur de son peuple, selon les paroles du Livre de l’Exode.
Au cours des deux derniers jours de son voyage en Espagne, le Successeur de Pierre, qui a tenu à concrétiser le souhait d’un voyage exprimé par le Pape François, avec des étapes à Grande Canarie et à Ténérife, a lancé cet avertissement: l’argent arraché à ces frères pauvres n’apportera ni paix, ni honneur, ni avenir. Il a mis en garde les trafiquants d’êtres humains, reprenant saint Paul dans la deuxième Lettre aux Corinthiens, en leur disant que pour chaque vie perdue, chaque famille trompée, chaque corps asservi, chaque femme menacée, chaque travailleur exploité, «vous devrez comparaître devant la justice divine». Et il les a invités à libérer ceux qui sont réduits en esclavage, rappelant que la miséricorde de Dieu est offerte même au pécheur le plus endurci qui exploite la faiblesse des femmes, des enfants et des hommes, mais «par la porte étroite de la vérité, de la justice et de la conversion», comme on le lit dans le Livre du prophète Ézéchiel.
Même si l’appel le plus fort et le plus prophétique est celui à la conversion des trafiquants d’êtres humains, il ne faut pas oublier les autres paroles que Léon XIV a prononcées au cours de ces deux jours aux Canaries. Au port d’Arguineguín, à Las Palmas de Gran Canaria, le Pape s’était incliné devant la dignité des migrants, rappelant qu’ils ne sont pas «des chiffres ni des dossiers», mais «des personnes avec une famille et une maison que vous avez laissées derrière vous, avec des rêves que personne n’a le droit de mépriser». Et affirmant clairement que leur vie «doit être protégée».
Léon XIV a ensuite appelé à un examen de conscience «pour les pays d’origine, qui doivent créer les conditions de la paix, de la justice et du développement; pour les pays de transit, appelés à protéger et à ne pas laisser les plus faibles aux mains de réseaux criminels; pour l’Europe, qui ne peut proclamer la dignité humaine et s’habituer à ce que la Méditerranée et l’Atlantique soient des cimetières sans pierres tombales; pour la communauté internationale, appelée à une coopération efficace et persévérante». Il n’a pas manqué d’adresser des paroles à l’Église, qui «doit se laisser interpeller» car «l’accueil du migrant ne peut être quelque chose de secondaire, ni être délégué uniquement à quelques bénévoles» et on ne peut s’agenouiller devant l’autel pour adorer le Christ dans l’Eucharistie et ensuite passer outre face aux souffrances de ces frères qui sont les nôtres.
Au port d’Arguineguín, l’évêque de Rome, réclamant «des voies légales et sûres, des secours et une assistance, une coopération réelle contre les trafiquants, une protection effective des victimes, des processus sérieux d’accueil et d’intégration, et des politiques permettant à chaque personne de vivre dignement sur sa propre terre», il a également invité tout le monde – autorités civiles, parlements, gouvernements et organisations internationales, ainsi que les communautés chrétiennes – à se poser une question profonde, que l’on pourrait qualifier de «structurelle»: «Quel monde avons-nous construit, si tant de frères doivent risquer la mort pour chercher la vie?».
L’étape aux Canaries marque un tournant décisif du pontificat. Comme François l’avait déjà fait à Lesbos, Léon XIV a lui aussi tenu à évoquer la famille de Nazareth, l’Enfant Jésus, Marie et Joseph, contraints de fuir en Égypte pour sauver la vie du Fils de Dieu, sur lequel s’abattait la colère d’Hérode. Cette famille, la Sainte Famille, «reste pour tous les temps un modèle et un refuge pour toute famille réfugiée, pour tout migrant et pour toute personne contrainte de quitter sa terre par crainte, persécution ou nécessité», a rappelé le Pape, citant la Constitution apostolique Exsul Familia de Pie XII. Les chrétiens ne peuvent oublier que leur Dieu fait homme a été migrant et réfugié. C’est pourquoi ils sont appelés à reconnaître Son visage dans ceux de leurs sœurs et frères qui frappent aux portes de nos pays en quête d’un avenir.
* Directeur éditorial des médias du Saint-Siège






