L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a publié un plan d’intervention d’urgence pour le Yémen, alors que l’escalade du conflit provoque des déplacements massifs de population, submerge les infrastructures sanitaires et menace l’accès aux soins vitaux.

image

Le plan prévoit un besoin de financement de 31 millions de dollars américains pour intensifier la réponse d’urgence sur une période de 3 à 6 mois, en donnant la priorité aux soins d’urgence et aux traumatismes, aux services hospitaliers essentiels, à la prévention et au contrôle des épidémies et à un leadership, une coordination et une responsabilisation accrus du secteur de la santé.

Au 25 octobre, 1677 décès et 7395 blessés avaient été signalés depuis le début de l’escalade des hostilités le 6 août, bien que le bilan soit probablement plus élevé étant donné que les chiffres du ministère de la Santé publique et de la Population excluent les victimes dans les zones inaccessibles à l’OMS et à ses partenaires.

Au 24 octobre, 276 301 personnes étaient déplacées à l’intérieur du pays, ce qui accentue la pression sur des services de santé déjà saturés. Les hôpitaux font face à des pénuries critiques de médicaments, de carburant, d’oxygène et d’autres fournitures médicales. Des établissements de santé et des ambulances ont également été la cible de tirs, l’OMS ayant confirmé des informations faisant état d’attaques contre les soins de santé depuis le début de l’escalade du conflit.

Les données actualisées publiées en septembre 2026 soulignent la gravité de la malnutrition suite à l’intensification des mesures. Plus d’un enfant sur quatre parmi les quelque 2 900 examinés par les équipes mobiles de nutrition des partenaires de santé dans les zones accessibles souffrait de malnutrition aiguë, dont plus de 200 de malnutrition aiguë sévère. Avant même cette intensification, les projections publiées en février 2026 estimaient que plus de 2,2 millions d’enfants de moins de cinq ans souffriraient de malnutrition aiguë, dont plus d’un demi-million de malnutrition aiguë sévère.

Au 4 octobre 2026, plus de 8 600 cas suspects de choléra et 22 800 cas de rougeole, dont 128 décès liés à la rougeole, avaient été signalés au Yémen. Bien que le nombre de cas de choléra signalés ait diminué depuis début octobre, l’accès limité aux soins et la sous-déclaration potentielle rendent difficile l’évaluation de la tendance réelle. Le risque de transmission du choléra demeure élevé en raison des déplacements de population en cours et de la détérioration des conditions d’accès à l’eau, à l’assainissement et à l’hygiène.

Dans les gouvernorats touchés, environ 508 établissements de santé sont privés de soutien de partenaires. À Marib, où le taux de mortalité est le plus élevé parmi les victimes recensées, seules six des 31 équipes médicales mobiles opérationnelles en 2025 sont encore présentes. Sur les 70 établissements de santé évalués dans le gouvernorat, 15 sont désormais totalement hors service, contre 11 en septembre.

Le plan d’intervention de l’OMS priorise les zones les plus touchées par le nombre de victimes, les déplacements de population, la perturbation des services de santé et les épidémies. Il définit quatre objectifs stratégiques, ainsi que des activités clés prévues.

  • Soins d’urgence et traumatologiques

Rendre opérationnels six points de stabilisation des traumatismes dans un délai de deux semaines, s’assurer que plus de 90 % des transferts critiques soient effectués avec une confirmation de prise en charge du patient et créer 68 lits de soins intensifs supplémentaires dotés de personnel dans un délai de deux mois.

  • Services essentiels de santé et de nutrition

Maintenir les services dans neuf hôpitaux de référence, soutenir 25 établissements de santé afin de garantir un niveau de fonctionnement d’au moins 90 %, et assurer un service de dialyse continu dans six unités. Les activités comprennent également la fourniture de soins de santé et de services d’orientation aux populations déplacées, ainsi que le dépistage de la malnutrition chez les enfants nouvellement déplacés.

  • Prévention et contrôle des épidémies

Vérifier plus de 95 % des alertes sanitaires dans les 24 heures, enquêter sur toutes les alertes dans les 48 heures et fournir une vaccination contre la rubéole et une supplémentation en vitamine A aux enfants déplacés.

  • Leadership, coordination et responsabilisation du secteur de la santé

Renforcer la coordination avec les autorités sanitaires et les partenaires, identifier et combler les lacunes en matière de services, surveiller les attaques contre les soins de santé et renforcer les mécanismes de protection et de responsabilisation.

L’OMS et ses partenaires interviennent depuis le début de l’escalade de la crise en août. Par l’intermédiaire du Groupe sectoriel Santé piloté par l’OMS, 23 partenaires ont porté assistance à plus de 78 300 personnes déplacées dans 39 districts répartis dans neuf gouvernorats, en déployant 40 équipes médicales mobiles et des points de santé temporaires et en soutenant 51 structures de santé fixes.

Le 24 octobre, malgré les restrictions d’accès persistantes, l’OMS a acheminé environ 30 tonnes de fournitures médicales d’urgence à trois hôpitaux et un centre de santé à Taïz. L’OMS soutient huit centres de traitement prioritaires du choléra et collabore avec ses partenaires pour renforcer trois d’entre eux. Elle prépare également une campagne de vaccination orale contre le choléra dans 29 districts prioritaires. Enfin, l’OMS continue d’apporter son soutien aux centres de nutrition thérapeutique pour patients hospitalisés, qui assurent des soins médicaux et nutritionnels continus aux enfants souffrant de malnutrition aiguë sévère et de complications médicales.

S’appuyant sur ces efforts, l’OMS et ses partenaires visent à étendre les soins vitaux, à maintenir les services de santé essentiels et à renforcer la prévention et le contrôle des épidémies dans les zones les plus touchées par le conflit. L’intensification de la riposte exige un financement urgent et flexible ainsi qu’un accès humanitaire durable pour atteindre les populations qui en ont besoin.

Téléchargez le Plan d’intervention d’urgence sanitaire de l’OMS :

https://www.emro.who.int/images/stories/yemen/Emergency_response_plan_Yemen_conflict_escalation.pdf

Related Posts