À l’occasion de la présentation en France de la saison 2026-2027 de l’Orchestre national de Lyon, son délégué artistique Laurent Joyeux dévoile une programmation largement consacrée aux compositeurs tchèques. De Leoš Janáček à Antonín Dvořák, en passant par des figures plus méconnues en France comme Pavel Haas ou Erwin Schulhoff, cette « saison tchèque » entend faire découvrir toute la richesse musicale de la Bohême et de la Moravie.
Laurent Joyeux, bonjour. Pourquoi avoir choisi de mettre la musique tchèque à l’honneur la saison prochaine ?
« Nous avons commencé un voyage européen avec l’Auditorium-Orchestre national de Lyon il y a quelques saisons, et il était normal de s’arrêter en pays tchèques pour faire découvrir ou redécouvrir à notre public cette région du monde qui est si riche musicalement et dont beaucoup de compositeurs sont issus.
Il y a eu cette idée de défendre ce répertoire et puis, à titre personnel, c’est un pays auquel je suis particulièrement attaché, puisque j’y ai commencé à travailler en 1993 pour deux ans. Cela commence à dater maintenant. Et lorsque j’étais directeur de l’Opéra de Dijon, nous avions déjà fait une saison tchèque.
C’est donc pour moi un moment important et essentiel que de faire redécouvrir au public français la musique tchèque. »
“En pays tchèques”, parce que beaucoup de ces compositeurs sont nés bien avant la création de la Tchéquie ou même de la Tchécoslovaquie. Je crois qu’il y en a plus d’une vingtaine au programme ?
« Oui, il y en a plus d’une vingtaine. Des compositeurs célèbres comme Gustav Mahler, qui est né en Moravie. On l’oublie trop souvent et on en fait uniquement un compositeur viennois, alors qu’il a passé toute son enfance en Moravie et étudié au Conservatoire de Prague. Il faut quand même le rappeler.
Il y a aussi Erich Wolfgang Korngold, né en 1897 à Brno, que l’on considère souvent comme un compositeur américain. Pas du tout !
Évidemment, il y aura Dvořák, Janáček, Novák, mais aussi des compositeurs moins connus en France comme Pavel Haas ou Erwin Schulhoff. Il était important pour moi de faire découvrir également ces compositeurs du XXe siècle qui sont passés, hélas, par le camp de Terezín, comme Viktor Ullmann aussi. »
Et je crois avoir également vu Hans Krása sur la liste ?
« Oui, absolument. »
Des invités venus de Tchéquie
Des musiciens tchèques seront aussi invités, ainsi que des ensembles venus de Tchéquie ?
« Oui. L’idée est que l’Orchestre national de Lyon puisse présenter ce répertoire avec son directeur musical Nikolaj Szeps-Znaider, mais aussi avec des artistes tchèques invités.
Nous accueillerons Lukáš Vondráček, Josef Špaček, qui interprétera le célèbre concerto de Korngold, avec Tomáš Netopil à la direction.
Il y aura aussi deux quatuors : le quatuor Bennewitz et le quatuor Pavel Haas.
Nous avons également souhaité présenter de la musique baroque tchèque, notamment avec Václav Luks et son ensemble Collegium 1704, qui interpréteront une messe de Jan Dismas Zelenka.
Nous essayons ainsi de présenter un large panorama, à travers les compositeurs comme les interprètes, depuis la musique baroque tchèque jusqu’à Petr Eben et la musique presque contemporaine. »
Une question plus personnelle pour finir : si vous deviez choisir une seule œuvre tchèque ?
« Je choisirais la suite de La Petite Renarde rusée de Janáček pour cette nouvelle saison.
Je trouve que cette musique concentre énormément d’influences. Elle est profondément tchèque, très marquée par le monde slave, mais lorsqu’on l’écoute attentivement, on entend toute la diction de la langue tchèque dans la musique de Leoš Janáček, toute cette utilisation des timbres pour mettre la langue en valeur.
Cela me touche profondément. On sent aussi cet attachement très fort à la nature que l’on retrouve chez beaucoup de compositeurs tchèques, mais qui est ici magnifié de manière assez incroyable, avec beaucoup d’humour aussi. »






