Billal Hassani est suivi par des millions de personnes sur les réseaux sociaux. Cet auteur, compositeur et interprète audacieux, dont on connaît au moins autant le flamboyant physique que la musique, signe Bonsoir Paris. Une ode à la fête, la nuit et la liberté sexuelle, empreinte de pop, de house et de sa French touch. Portrait d’un artiste sensible et attachant.

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Par :Marjorie Bertin

Il est à peine onze heures du matin lorsqu’on démarre notre entretien avec Bilal Hassani. L’artiste aux longues perruques blondes est tout sourire, bien qu’il se soit couché tard. Bonsoir Paris, son quatrième album, a été révélé la veille, à minuit. La fête était au rendez-vous au Yoyo, le club du Palais de Tokyo, où il s’est produit. Un événement « merveilleux, ma sortie d’album la plus fluide et fun. Je me sens sur un nuage quand je défends ces chansons sur scène, c’est une vraie récréation », nous raconte un Bilal Hassani enthousiaste.

À 26 ans, le jeune homme connaît déjà plusieurs vies. Révélé à 17 ans par The Voice Kidspropulsé à 19 sur la scène internationale pour représenter la France à l’Eurovision, il s’est imposé dans la pop francophone en brouillant les frontières entre musique, mode et identité. Après trois albums, les blessures d’un cyberharcèlement raciste et homophobe et quelques incursions au cinéma, il revient sur les pistes. Les douze chansons de Bonsoir Paris résonnent comme une déclaration de liberté : danser et faire danser sur la musique qu’il aime.

Danser la vie

Bonsoir Paris est donc un disque joyeux, conçu pour danser. Cet art est son premier moyen d’expression : « tout petit, je mettais des draps ou des nappes sur ma tête et je dansais. La danse me permettait de me guérir, de me sauver, de trouver des réponses à des questions que je n’arrivais pas à exprimer avec des mots ». Pour autant, Bilal Hassani n’a pas conçu ce disque uniquement pour lui. « Je cherchais un épanouissement, comment trouver de la joie dans le morose. Sortir du cynisme qui nous habite un peu tous. Je ne suis pas cynique mais j’avais l’impression de le devenir un peu, triste, agacé et tendu par ce qui nous entoure », nous confie-t-il.

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« Bonsoir Paris » était la formule de ses débuts, sur YouTube, lorsqu’il s’est fait connaître. « Pour en arriver là », comme le chanterait Dalida, son idole, à laquelle il dédie cet album, ado, Bilal a beaucoup travaillé. Puis, à la vingtaine, il s’est parfois abîmé dans des « fêtes de défaites » dispensables. Un morceau comme « Striptease » les évoque. Bilal Hassani nous le confie, il a connu tous les excès, a su s’en éloigner et se regarde sans narcissisme.

Il partage ses peurs sur « Je ne danse pas », unique morceau mélancolique du disque. « J’avais envie de raconter l’angoisse de ma génération qui panique beaucoup. Nous sommes les bébés d’internet, de la fin du monde. La fête permet d’échapper à un horizon parfois terrifiant. Mais il y a ces petits moments, parfois quelques minutes, au cours d’une fête, où l’on déréalise et où l’angoisse revient ».

La fête comme manifeste

Son image transgressive de jeune homme qui s’habille avec des attributs féminins sexy, se maquille et porte de longues perruques, Bilal Hassani en a fait les frais. Là encore, la fête est un exutoire à ne pas prendre à la légère. « Mon regard sur la fête s’est transformé quand j’ai vu à Paris des clubs queer commencer à fermer, d’autres qui s’ouvraient aux hétéros, où l’on se protégeait moins des violences, devenir le théâtre d’agressions. Et, parallèlement, me rendre dans des boîtes très hétéronormées et ne pas y avoir peur… ».

https://youtube.com/watch?v=pZYcmSq62mM%3Fsi%3De-caKwhR9VHFfV1a

Bilal nous parle de l’urgence de la fête. La différence doit exister, partout, sans se reposer sur ses acquis, comme il le chante dans « Striptease ». « Chaque kick est important sur ce morceau. On ne fait pas la fête pour faire joli ». Bilal nous raconte une enfance où la différence n’était pas synonyme d’exclusion. Le magasin de prêt-à-porter féminin de sa tante à Casablanca, où il regardait, subjugué, derrière la caisse, un best of de Dalida, lorsqu’il ne contemplait pas les clientes. Il a conscience d’avoir grandi dans un cadre privilégié. Ses parents l’ont laissé se chercher : « On ne m’interdisait rien, j’avais le droit de rêver, de tester. À mes débuts, un peu gauche, je portais des perruques bleues, vertes. On me laissait faire ».

Une fête sous pression politique

Alors, à l’heure où l’homosexualité est de plus en plus réprimée et criminalisée dans le monde, Bilal Hassani est inquiet.

J’ai une pensée très forte pour tous les amis du Sénégal, pour tous ceux dans le monde qui perdent en liberté, gagnent en criminalisation. De plus en plus de queer ont de moins en moins le droit d’exister. Mais on est là et on ne changera pas d’identité.

– Bilal Hassani

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« En 2019, quand des gens comme moi ont commencé à passer à la télé, que Drag Race [émission de télé-réalité centrée sur l’art du drag, NDLR] se franchisait, on se disait qu’une fenêtre s’était ouverte. Elle se referme. Y compris en Occident » ajoute l’artiste.

D’où aussi cette musique joyeuse, qui invite à s’accepter en dansant. Musicalement, pour Bonsoir Paris, Bilal Hassani s’est d’abord penché sur la French Touch, la pop et la house des années 1990. Il flotte ainsi sur l’album un parfum de Bob Sinclar, des Daft Punk ou encore de David Guetta. De pop roumaine aussi. L’eurodance d’Inna et d’Alexandra Stan l’a influencé. « Une musique un peu trop drôle pour atteindre les Américains mais assez bien faite pour être disque de diamant en France », nous décrypte Bilal Hassani, passionné par une pop pas si populaire qu’on l’imagine. « Je fais une pop de niche, une musique où j’essaie d’écrire sans me regarder dans la glace ou alors pour répondre à une idée de moi que peuvent avoir les gens avec dérision ».

Mais son image l’emprisonne-t-elle ? Bilal Hassani affirme n’éprouver aucune frustration à être davantage exposé pour sa personne que son œuvre, « ​​​​​​​la fulgurance avec laquelle j’ai été amené dans le monde médiatique est tellement absurde et grossière que je ne me prends pas au sérieux ». Toutefois, il sera ravi lorsqu’on parlera de sa musique avant de parler de lui. En attendant, « remplir une Cigale [salle de concert parisienne, NDLR] et faire danser des gens, une session d’écoute avec des abonnés qui prennent un calepin et un stylo pour écrire leur revue sur mon disque, c’est déjà un immense cadeau ».

Bilal Hassani Bonsoir Paris (House Of Hassani) 2026

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