Derrière la course à l’intelligence artificielle se cache un enjeu méconnu mais crucial: la qualité et la fiabilité des données qui nourrissent ces algorithmes. La Suisse entend jouer un rôle de premier plan dans ce domaine stratégique.

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Genève accueille cette semaine la plus grande conférence européenne de biologie computationnelle, en présence du président de la Confédération Guy Parmelin. Un événement qui met en lumière un angle mort de la révolution de l’IA: la structuration des données du vivant.

« Une IA ne peut jamais être meilleure que les données sur lesquelles elle a été entraînée », rappelle Christophe Dessimoz, directeur exécutif de l’Institut suisse de bioinformatique (SIB), lundi dans La Matinale. Un constat qui prend tout son sens dans le domaine médical, où les conséquences d’un algorithme biaisé peuvent être dramatiques.

Des risques bien réels

L’exemple est parlant: des modèles d’IA développés en Suisse tentent de prédire les risques d’infection dans les hôpitaux ou d’AVC. « Si vous avez un modèle biaisé, il va peut-être prédire un risque à un patient qui n’en a pas, générant des traitements inutiles. À l’inverse, si un risque réel n’est pas détecté, les conséquences peuvent être désastreuses », explique Christophe Dessimoz.

« Les scientifiques et l’industrie doivent entraîner leurs modèles avec les données dont ils disposent. » Et pour que cela soit fait de manière efficace, « il faut qu’il y ait un travail d’organisation des données, qui reste encore largement invisible », souligne-t-il.

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Un savoir-faire historique

La Suisse dispose pourtant d’atouts majeurs. Depuis 1986, la base de données Swiss-Prot, hébergée à Genève, rassemble des connaissances sur les protéines du vivant. « C’était un travail d’orfèvre d’aller chercher les informations dans la littérature. C’est devenu une référence mondiale », rappelle le chercheur. Des milliers de brevets y font référence chaque année.

Cette expertise a conduit à la création du SIB en 1998, qui gère aujourd’hui des infrastructures critiques pour la recherche mondiale, financées par l’Europe et les États-Unis.

Des collaborations multilatérales

La Suisse mise sur une autre carte: devenir le tiers de confiance qui fédère les données mondiales. « Personne n’a toutes les données, aucun institut, aucun pays », illustre Christophe Dessimoz. « On va forcément devoir collaborer. »

Et la Suisse dispose d’un atout important dans ce domaine: « On a l’habitude de travailler avec tout le monde, on n’est pas menaçant. Ces collaborations multilatérales vont devenir encore plus importantes à l’âge de l’IA », estime-t-il.

L’enjeu dépasse la seule recherche: il s’agit d’éviter une « science à deux vitesses » où seuls les géants de la tech contrôleraient l’accès aux données essentielles.

Le président suisse Guy Parmelin s'exprime lors de l'ouverture de la Conférence européenne de biologie computationnelle à Genève, le 31 août 2026. [© KEYSTONE / SALVATORE DI NOLFI - SALVATORE DI NOLFI]
Le président suisse Guy Parmelin s’exprime lors de l’ouverture de la Conférence européenne de biologie computationnelle à Genève, le 31 août 2026. [© KEYSTONE / SALVATORE DI NOLFI – SALVATORE DI NOLFI]

Une importance stratégique que les autorités reconnaissent aujourd’hui, juge Christophe Dessimoz. « La Suisse a bien compris ces enjeux, elle est prête à collaborer avec le reste du monde pour s’assurer de la fiabilité des données. »

Propos recueillis par Pietro Bugnon Adaptation web: Eric Butticaz

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