La 4e édition du Tî-Ï Festival en langue locale sango ou encore « Notre Festival », a tenu toutes ses promesses. Créé par l’artiste musicienne Idylle Mamba, il s’est déroulé du 19 au 25 avril 2025 autour du thème : « Éducation par les arts ». Cette année, le Ti-i-Festival vise à promouvoir l’éducation par les arts en mettant en avant la culture centrafricaine et en valorisant le patrimoine national
Samedi 19 avril. Il est 15h. Malgré le ciel menaçant et quelques éclairs, plusieurs milliers de personnes assistent à l’ouverture du Tî-Ï Festival, qui ne déroge pas à ses habitudes : mettre l’ambiance et promouvoir l’originalité. Le village du festival est implanté à l’angle ouest, dans la concession du complexe sportif Barthélémy-Boganda. Pour ne rien rater de cet événement, la foule forme un demi-cercle devant le podium. Si les uns applaudissent incessamment, les autres prennent des photos avec leurs smartphones. Les plus chanceux et les invités d’honneur sont aux premières loges, assis sur des chaises en plastique.
Toutes les grosses têtes du milieu artistique centrafricain sont à l’affiche. Le festival est gratuit selon les organisateurs qui souhaitent donner la chance à tous les Centrafricains de vivre ce moment hors du commun. Parce que de nombreux élèves et étudiants sont en vacances de Pâques, le nombre du public a doublé : environ 10 000 au lieu de 5 000 attendus.
À 16 heures, le maître de cérémonie, invite la chanteuse Idylle Mamba, l’initiatrice du Tî-Ï Festival à ouvrir le bal. Vêtue de robe rouge incrustée de diamants, celle qui se fait appeler « guerrière rouge », avance majestueusement au milieu d’un groupe de filles d’honneur, vers l’estrade où il est écrit en lettre séparée : « Tî-Ï Festival ».
Culture et tradition
« Bangui, est-ce que ça va ? », dit-elle sous des tonnerres d’applaudissements. « Le Tî-Ï Festival, poursuit-elle, est le premier festival de cette taille dans le pays. Au départ, j’avais voulu mettre en place un grand événement pour pouvoir rassembler le Centrafricain autour de sa culture et de sa tradition. Et c’est ce qu’on continue de faire. Cette année, nous avons invité une quarantaine d’artistes centrafricains et étrangers pour partager un bon moment avec les Centrafricains », a-t-elle expliqué.
À l’appel d’Idylle Mamba à la rejoindre, les artistes centrafricains Chégué Central, Le Dogo et Ley Kartel respectivement venus du Gabon, du Sénégal et du Togo pour la circonstance, montent sur scène, devant des milliers de personnes en liesse. Ils interprètent quelques chansons de leur répertoire très en vogue dans le pays. Le tout dans une ambiance de fou, au grand bonheur du public.
Drapé dans un t-shirt rouge du festival, Romuald Mbito, l’un des spectateurs, ne cache pas ses émotions. « Je sens que le Tî-Ï Festival, c’est vraiment notre festival. C’est un évènement ouvert à tout le monde, sans distinction de classe sociale. Bravo et félicitations à l’équipe du festival pour cette originalité. Voilà une opportunité pour notre génération de surmonter les obstacles quotidiens de division. J’ai compris aujourd’hui que l’unité nationale se trouve dans les manifestations culturelles », a reconnu Romuald.
Avant de poursuivre avec la musique, place à la danse traditionnelle. Surgissant d’une trappe de la scène, le groupe de danse traditionnelle Kundè venu du Cameroun, déclenche une véritable onde de choc. Déguisés dans des culottes et gilets en pagne de couleur rouge et noir, ornés de perles et d’amulettes, les danseurs roulent frénétiquement les hanches, suivant la cadence soutenue des tam-tams, grelots et balafons.
Le groupe Kundè a livré une prestation artistique spectaculaire qui a déclenché hurlements de joie et ovation spontanée. Alex Ballu, membre du comité d’organisation, est fier de vivre ce moment hors du commun. « Presque tous les grands pays ont leur grand rendez-vous. Au Congo-Brazzaville, il y a le Festival Panafricain de Musique (FESPAM), en Côte d’Ivoire, le Festival des musiques urbaines d’Anoumabo (FEMUA), au Burkina Faso, le Fespaco, le Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou, etc. Le Tî-Ï Festival est donc le plus grand festival en Centrafrique qui réunit la famille artistique et le peuple dans la convivialité. Nous sommes fiers de recevoir nos frères camerounais qui ont fait une belle prestation ce soir. Vous savez, la Centrafrique a perdu un peu son identité à cause des différentes crises. Donc c’est important de ressusciter nos traditions. »
« Un festival de chez nous »
Le Tî-Ï Festival, une fois de plus, a su rassembler, émouvoir et faire vibrer une nation entière. Debout en face du podium, Marius Gamando un promoteur culturel centrafricain, secoue la tête, son regard brillant d’émerveillement. « C’est un festival de chez nous et pour nous. Nous avons fait le triste constat comme quoi nos cultures sont en train de s’effacer. Les enfants nés dans les années 2000 ne maîtrisent pas l’ensemble de nos cultures. Ils sont influencés par la mondialisation. Donc, le Tî-Ï Festival est une brillante occasion pour les acteurs culturels de sensibiliser les jeunes en leur transmettant nos valeurs oubliées. »
Le Tî-Ï Festival s’est également déroulé en dehors du village de l’événement. Pendant une semaine, l’équipe a sillonné les endroits stratégiques de la capitale suivant un programme détaillé : caravanes, mini-concerts, spectacles, danses ou encore interprétation des chansons.
Les jours passent, mais les prestations scéniques ne se ressemblent pas. Cette manifestation n’est pas que musique et danse. Ce festival regorge plusieurs activités socioculturelles et sportives à l’exemple des jeux traditionnels centrafricains et autres jeux de société, notamment africains. Ceux-ci sont non seulement divertissants, mais ils servent aussi d’outils éducatifs et culturels, transmettant aux enfants et aux adultes les valeurs de patience, de stratégie et de respect mutuel. Les jeux traditionnels de la Centrafrique permettent de mieux comprendre la richesse culturelle et les valeurs communautaires de ce pays.
Arts et formations
En marge du festival, se tiennent également des ateliers de dessin, de peinture, d’écriture, des master class et des formations. Les séances se déroulent dans une salle de conférence du complexe sportif Barthélémy-Boganda et au centre culturel Linga Tere, situé dans le huitième arrondissement de la capitale.
L’un des modules importants est axé sur le thème : « Mise en marché d’un spectacle, promouvoir et vendre son spectacle. » Une formation dispensée par Guy Marc Tony Mefé, promoteur culturel et formateur camerounais. « C’est un très grand plaisir pour moi de prendre part à ce festival. J’ai eu la rare opportunité de partager mon expérience avec mes jeunes frères centrafricains sur la valorisation et la mise au marché de leurs arts. À l’heure actuelle, il est très important que les jeunes talents sachent comment vendre leurs créations sur les réseaux sociaux et à l’international », se réjouit-il.
Manuela Sombo est très satisfaite de cette formation. « Aujourd’hui, les réseaux sociaux sont incontournables pour se faire connaître et faire découvrir son travail. Monsieur Tony Mefé nous a montré comment créer un profil attrayant, comment créer un contenu captivant et surtout les bonnes manières d’interagir avec le public. Maintenant que je suis bien outillée, je peux me lancer dans une carrière professionnelle durable. »
La 4e édition du Tî-Ï Festival aura réussi son coup, en donnant une image positive de la République centrafricaine. Une Centrafrique unie, joyeuse, fière et confiante dans l’avenir. Cependant, les évènements sont uniquement concentrés à Bangui et les Centrafricains vivant dans les villes de province n’ont pas eu l’opportunité de vivre ces moments. Et certains souhaitent que la cinquième édition, qui aura lieu en avril 2025, soit décentralisée dans tout le pays. À suivre.
Site du Tî-Ï Festival







