Après avoir renouvelé le genre du slasher (film d’horreur avec tueur psychopathe et arme blanche) avec « Happy Birthdead » et « Freaky », Christopher Landon orchestre un thriller technologique dans le huis clos d’un restaurant chic. Film très classique, « Drop Game » sorti le 16 avril est plus malin que la moyenne. 

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S’il est souvent vrai que la pomme ne tombe jamais bien loin du pommier, il est tout autant avéré que les chiens accouchent parfois de chats aux antipodes de leur nature. Fils de Michael Landon, auteur de la série familiale « La petite maison dans la prairie », Christopher Landon cultive depuis maintenant une dizaine d’années un cinéma on ne peut plus à l’opposé des valeurs traditionnelles de son père.

Ouvertement homosexuel, le cinéaste a affirmé son style, mélange acide d’horreur et de comédie, dans les jubilatoires « Manuel de survie à l’apocalypse zombie », « Happy Birthdead », histoire d’une étudiante prisonnière de la même journée et systématiquement assassinée par un tueur en série, « Happy Birthdead 2 » et « Freaky », récit loufoque d’une lycéenne et d’un serial killer qui se retrouvent par erreur dans le corps de l’autre.

Un thriller paranoïaque

Dans « Drop Game », son nouveau long métrage, Christopher Landon écarte momentanément son appétence pour l’horreur comique au profit d’un pur thriller paranoïaque en huis clos. Le récit s’attache à Violet (Meghann Fahy, de la série « White Lotus »), une veuve qui s’occupe seule de son jeune garçon, Toby. Alors que sa sœur garde ce dernier pour la soirée, Violet se rend à son premier rendez-vous galant depuis des lustres. Arrivée dans un restaurant chic de Chicago, elle est bientôt rejointe par son date, Henry (Brandon Sklenar), un séduisant photographe œuvrant pour la mairie de la ville.

Sous le charme, Violet est toutefois vite perturbée par des messages anonymes envoyés sur son portable. Elle apprend que son fils est menacé de mort si elle n’obtempère pas aux ordres de son mystérieux harceleur. Sous surveillance permanente, Violet cherche à découvrir qui, dans le restaurant, lui adresse ces messages tandis qu’Henry, ignorant tout de la situation, soupçonne sa partenaire de lui mentir.

Une héroïne oppressée

Concentré dans le huis clos de ce restaurant, « Drop Game » s’avère redoutablement efficace. Utilisant la technologie moderne dans le cadre d’un suspense qui puise dans son espace réduit une contrainte stimulante, le film joue constamment sur l’oppression que subit Violet. Par les messages qu’elle reçoit, qui s’inscrivent sur l’image et compriment visuellement l’héroïne. Par les multiples personnages présents dans le restaurant, tous et toutes suspects potentiels. Par le champ limité laissé à cette femme encore sous le choc d’un mari brutal qui l’a traumatisée, elle et son fils. Par les ordres de plus en plus extrêmes qui s’abattent sur Violet, dont l’enjeu, en plus de sauver son garçon, est de se libérer d’un système coercitif qui a déterminé son existence entière.

Une alchimie manifeste

Certes, les limites de l’exercice sont visibles. Les coups de théâtre et les révélations à répétition peuvent lasser. Le final aurait sans doute gagné à ne pas quitter le cadre du restaurant au lieu de rejouer, de façon un peu attendue, la scène traumatique de Violet. Et certains personnages, comme ce serveur collant et ce musicien de bar anecdotique, paraissent un peu trop artificiels.

Reste que l’alchimie manifeste entre Meghann Fahy et Brandon Sklenar maintient notre intérêt, décuplé par le souci permanent de Christopher Landon de souligner la complexité, les dilemmes et l’intelligence de son héroïne bien plus attachante que la moyenne.

Rafael Wolf/sc

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