En République tchèque aussi, où le Premier ministre Andrej Babiš avait exprimé son soutien à son homologue sortant Viktor Orbán à la veille de l’ouverture des bureaux de vote, la large victoire de Péter Magyar, conservateur pro-européen, aux élections législatives en Hongrie, dimanche 12 avril, a suscité de nombreuses réactions. Si le chef de la diplomatie, Petr Macinka, a regretté que la République tchèque ait « perdu un allié », le président Petr Pavel considère, lui, le succès du parti d’opposition Tisza comme « un triomphe de la démocratie » et « une bonne nouvelle pour l’Europe ».

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« Orbán a perdu. Et avec lui, Babiš et ses partenaires de coalition »pouvait-on lire sur le site de Respekt ce lundi matin, au lendemain du triomphe dans les urnes de Péter Magyar. Le rédacteur en chef de l’hebdomadaire libéral estime que « le résultat des élections hongroises est la bonne nouvelle tant attendue pour la Tchéquie et l’Europe ».

En remportant un peu plus de 53 % des suffrages et, surtout, 138 des 199 sièges que compte l’Assemblée nationale hongroise (en attendant les résultats définitifs), un triomphe renforcé par un niveau de participation record à près de 78 %, le parti d’opposition Tizsa a non seulement mis fin à seize années de règne de Viktor Orbán, qui était au pouvoir depuis 2010, mais aussi obtenu une majorité constitutionnelle qui devrait lui permettre de lancer les réformes nécessaires pour démanteler l’héritage laissé par le futur ex-Premier ministre et réorienter la Hongrie vers le camp des démocraties libérales.

Comme le chef de l’État, qui s’est félicité du « triomphe de la démocratie en Hongrie », pays dont les habitants, toujours selon Petr Pavel, ont montré qu’ils « aspiraient à un changement et à une orientation européenne », Respekt voit lui aussi dans ces résultats « une excellente nouvelle pour l’Europe » mais également « une mauvaise nouvelle pour tous les dirigeants autoritaires ». Et ce, donc, y compris en République tchèque, et plus concrètement pour Andrej Babiš, Tomio Okamura, chef du parti d’extrême droite SPD et président de la Chambre des députés, et Petr Macinka, chef de la diplomatie et leader du Parti des Automobilistes, troisième formation de l’actuelle coalition gouvernementale, qui  « se réclament d’un autoritarisme hongrois […] devenu une source d’inspiration ».

Ce lundi, cependant, les réactions des principaux dirigeants tchèques n’ont pas toutes été identiques. Après avoir soutenu publiquement Viktor Orbán samedi sur le réseau X, Andrej Babiš n’a ainsi pas manqué de féliciter Péter Magyar pour sa victoire. Estimant que celui-ci avait su « gagner la confiance des Hongrois » et qu’il « porte de grands espoirs et attentes », le Premier ministre tchèque a déclaré qu’il attendait « avec impatience [leur] coopération, car les relations entre la Hongrie et la République tchèque sont étroites ». Et, a-t-il ajouté, « je travaillerai toujours de manière constructive avec quiconque les électeurs choisiront ».

Inversement, le ministre des Affaires étrangères a, lui, ouvertement exprimé sa déception. « Avec Viktor Orbán, notre gouvernement perd indéniablement un allié au sein de l’Union européenne », a réagi Petr Macinka tout en n’omettant néanmoins pas de faire remarquer que « le mouvement de Péter Magyar (Tizsa) et le parti de Viktor Orbán (Fidesz) [partageaient] une base commune ». Formulant par conséquent l’hypothèse que « le nouveau gouvernement (hongrois) ne répondra peut-être pas aux attentes de l’UE », le chef de la diplomatie tchèque espère que l’issue du scrutin « n’est peut-être pas une si mauvaise nouvelle pour les conservateurs ».

Quid du groupe de Visegrád ?

De manière plus générale, comme en Slovaquie voisine où le Premier ministre Robert Fico, contraint de prendre acte « de la décision des citoyens de la Hongrie », s’est dit « prêt à une coopération intensive » avec son prochain nouvel homologue à Budapest, en République tchèque aussi, la presse se demande si l’arrivée aux affaires de Péter Magyar pourrait permettre de relancer le format du groupe de Visegrád (V4), cette alliance politique qui, ces dernières années, en raison notamment de la guerre en Ukraine et des positions des uns et des autres vis-à-vis de la Russie, a davantage divisé que rassemblé ces quatre pays membres que sont la République tchèque, la Hongrie, la Pologne et la Slovaquie.

L’annonce faite par Péter Magyar que son premier déplacement à l’étranger le mènerait en Pologne laisse à envisager un embellissement des relations entre Budapest et Varsovie, mais aussi une possible renaissance de la coopération en Europe centrale, comme l’analyse le site Seznam Zprávy : « Dans sa déclaration de politique générale, le gouvernement tchèque a mis l’accent sur la coopération au sein du V4, et le gouvernement slovaque y aspire également. Prague et Bratislava pourraient donc finalement adopter une attitude pragmatique. Après les élections, Fico et Babiš ont tous deux félicité Magyar et ont fait part de leur volonté de coopérer. »

Du coup, même pour Info.cz, portail d’opinion conservateur dont le chroniqueur exprime son « soulagement » bien que Péter Magyar ne soit « pas [son] favori », pas de doute : c’est assurément à « une victoire qui va changer la donne politique en République tchèque aussi » à laquelle, vu de Prague, nous avons assisté en Hongrie.

Guillaume Narguet

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