L’association togolaise Peace Forever, pionnière dans la promotion du reggae depuis plus de vingt ans, a lancé officiellement ce 30 avril 2025, le projet « TOGO – FRANCE – JAMAÏQUE : Harmonie Reggae aux Racines Africaines » lors d’une conférence de presse tenue à Lomé.
Ce projet inédit de résidence artistique vise à explorer les origines africaines du reggae et à renforcer les liens culturels entre le Togo, la France et la Jamaïque.
Pensé comme une plateforme de recherche et de création, le projet entend faire émerger une identité propre au reggae togolais en l’enracinant dans les rythmes traditionnels du pays. Il ambitionne également de valoriser le patrimoine culturel africain, en reliant tradition et modernité, spiritualité rasta et sonorités ancestrales, tout en favorisant la professionnalisation des artistes locaux sur la scène internationale
« C’est une résidence fermée, orientée vers la recherche et la création. Elle mobilise des professionnels maîtrisant à la fois l’univers du reggae et celui des musiques traditionnelles togolaises », a expliqué Yves Awougno, membre de Peace Forever. « Au terme de ce travail, une restitution publique sera organisée et une masterclass permettra de partager les acquis avec la communauté reggae du Togo. »
Financé par Togo Créatif, partenaire technique et financier, le projet se déroulera du 9 mai au 9 juin 2025, au studio mythique OTODI à Lomé. Il prévoit également des sorties de terrain dans les localités de Vo-Koutimé, Agbodrafo et Kpalimé, à la recherche de rythmes et d’harmonies traditionnelles ayant des résonances communes avec le reggae.

« Togo Créatif s’est engagé aux côtés de ce projet pour sa portée artistique, sociologique et économique », a souligné Hodin Senyo, chargé de production. « Il ne s’agit pas simplement de créer de la musique, mais de repenser l’image du reggae et de ses artistes, souvent réduits à des stéréotypes. Nous voulons leur redonner leur place de créateurs enracinés dans une histoire culturelle africaine. »
Le projet se conclura le 21 juin 2025 par une table ronde et un concert de restitution à l’Institut Français du Togo. Les localités sélectionnées pour cette résidence n’ont pas été choisies au hasard : Vogan, Kpalimé et Agbodrafo possèdent toutes une tradition musicale dont les rythmiques évoquent celles du reggae. À Agbodrafo, en particulier, la dimension historique liée à la traite négrière permet une lecture profonde du reggae comme musique de mémoire.

Inscrit depuis 2018 au patrimoine culturel immatériel de l’humanité par l’UNESCO, le reggae est bien plus qu’un style musical : c’est un vecteur de messages sociaux, identitaires et spirituels. Pourtant, au Togo, malgré sa popularité, ce genre souffre d’un manque de reconnaissance artistique. Les artistes reggae togolais sont souvent perçus comme des imitateurs de leurs homologues jamaïcains, sans prise en compte de leurs apports originaux.
Or, rappelle Peace Forever, les racines du reggae plongent profondément dans les traditions africaines. Les rythmes syncopés, les percussions nyabinghi, la basse lourde trouvent leur source dans les musiques ouest-africaines, transportées vers les Caraïbes par les esclaves. En Jamaïque, ces éléments se sont mêlés aux influences locales pour donner naissance au ska, au rocksteady, puis au reggae.

« Le projet Harmonie Reggae aux Racines Africaines vise à réaffirmer cette filiation, à montrer que le reggae ne vient pas de nulle part, mais qu’il est un retour musical vers l’Afrique. Et nous pensons, à Peace Forever, que le Togo a une part importante dans cette origine », a insisté Ariel Dassanou, président de l’association.
Au-delà de l’aspect artistique, le projet entend aussi jouer un rôle socio-économique. En structurant une filière reggae professionnelle au Togo, en développant la diffusion et la reconnaissance du genre, il pourrait générer de nouvelles opportunités pour les jeunes artistes, attirer l’attention des médias et des festivals internationaux, et inscrire Lomé comme un nouveau pôle créatif du reggae mondial.
Le projet s’articule autour de quatre volets : la recherche des rythmes traditionnels à la source du reggae, la création d’un métissage entre reggae jamaïcain et musiques togolaises, l’étude sociologique des perceptions autour de ce genre, et enfin la sensibilisation du public à travers concerts, débats et ateliers. Il s’agit aussi de casser les préjugés souvent associés aux artistes reggae notamment ceux liés à leur apparence ou à la consommation de cannabis et de faire comprendre que cette musique est un héritage africain transformé par l’histoire, mais profondément ancré sur le continent.






