Comme sa compatriote Helena, Mentissa appartient à cette génération d’artistes belges passées par les télé-crochets français pour se faire une place dans l’industrie musicale. Avec son deuxième album, Mentissa, native de Denderleeuw, aujourd’hui âgée de 27 ans, entend se recentrer et dévoiler une image plus nuancée d’elle-même. Celle d’une femme façonnée par plusieurs cultures et autant de questionnements.

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Issue d’une famille d’origine congolaise installée en Belgique dans les années 1990, Mentissa grandit dans un environnement bilingue : le néerlandais à l’école, le français à la maison. Principalement élevée par sa mère, qu’elle décrit comme « le pilier de ma famille, une femme forte capable de garder le sourire malgré les épreuves », elle traverse une enfance marquée par des tensions familiales et scolaires. Le chant devient alors un refuge. À 11 ans, elle y découvre une manière d’exister autrement : « Les gens me regardaient enfin pour quelque chose de positif. »

Premiers pas sur scène

Passionnée de danse, Mentissa se prend à rêver de la scène grâce à la série à succès Glee et aux chanteuses de Disney Channel. Les premiers succès arrivent vite. À seulement 15 ans, elle remporte The Voice Kids Belgique, premier jalon de son aventure musicale comme télévisuelle. Si cette victoire lui offre une première exposition médiatique, elle ne débouche pas immédiatement sur une carrière professionnelle.

Habituée des castings, la jeune artiste retente sa chance en 2018 dans The Voice of Holland. Mais c’est finalement en France qu’elle se révèle au grand public. En 2021, lors de la dixième saison de The Voice, elle atteint la finale, notamment grâce à « Et Bam », chanson écrite par son coach Vianney. Un titre au refrain entêtant rappelant Edith Piaf, à la croisée de la pop et de la chanson française, qui propulse sa carrière. Vianney l’invite à assurer ses premières parties à l’Olympia puis lui ouvre les portes du label Tôt ou Tard, sur lequel elle publie son premier album, La Vingtaine, en 2022. Ce premier album autobiographique explore les doutes, les aspirations et les contradictions du passage à l’âge adulte. Depuis certifié Disque de platine, il vaut à Mentissa une nomination aux Victoires de la musique et aux NRJ Music Awards.

En parallèle, la chanteuse poursuit son parcours sur le petit écran. Coach dans The Voice Belgique, puis co-coach aux côtés de Vianney dans The Voice France, elle rejoint également la troupe des Enfoirés. Plus récemment, elle participe à la sélection belge pour l’Eurovision avec « Désolée ».

Troisième des huit finalistes, derrière Essyla et son titre « Dancing on the Ice », elle tire de nombreux enseignements de l’expérience : « Je sous-estimais la charge de travail. Le fait de combiner le show à une musique uptempo… Je n’ai pas profité autant de l’expérience que je l’aurais voulu. L’aspect concours, les comparaisons entre artistes, ne me convenaient pas forcément non plus. » Une parenthèse formatrice, alors que son deuxième album était déjà dans les tuyaux.

Traumatismes et main tendue

Quatre ans après le succès du titre « Et Bam » et la sortie de La Vingtaine, l’heure était venue pour Mentissa d’écrire un nouveau chapitre. Avec Enfants difficiles, la continuité est évidente, mais l’approche a changé. Entre-temps, la chanteuse a appris à composer avec ses propres expériences, ses contradictions : « J’étais prête à me dévoiler, à montrer une image plus nuancée, moins parfaite que sur mon premier album. » Nourri par le recul pris sur son parcours, Enfants difficiles apparaît ainsi comme son disque le plus personnel à ce jour.

Sous ses airs de formule toute faite, le titre de l’album dit déjà beaucoup du projet. Plus qu’il ne reprend l’expression, Mentissa la questionne, soulignant tout ce qu’elle peut masquer derrière une apparente évidence. Au fil des morceaux, la chanteuse laisse place à l’intime, à son histoire : celle d’une femme en manque de confiance, d’une fille élevée par sa mère, d’une jeune femme noire ayant eu du mal à s’intégrer en Belgique flamande : « J’ai un rapport compliqué à mon identité. Petite, j’avais l’impression de n’être à ma place nulle part. Je serai toujours cette petite fille qui cherche sa place. Mais j’ai passé un cap dans le fait d’assumer cette pluralité dans mon identité. Ce sont les gens qui me font me sentir chez moi. » Mentissa aborde ces sujets peu évidents, qu’elle traite avec une simplicité salvatrice.

Les injonctions pesant sur les femmes traversent également l’album. Sur son unique duo, partagé avec la chanteuse belge Alice on the Roof, Mentissa signe un titre d’empouvoirement qui questionne les attentes projetées sur elles. Sur « Comme un loup », elle revient sur les violences intrafamiliales vécues durant son enfance, chantant « le désespoir d’une enfant qui se sent démunie face à ces violences et cette injustice. Ce sont ces épreuves qui m’ont poussées à grandir vite ». Depuis lors, Mentissa s’est endurcie, et s’imagine elle-même devenir mère un jour, tout en continuant à interroger les traces laissées par le passé : « Est-ce qu’on peut aimer quand même, quand on n’a pas le cœur en place ? »

https://youtube.com/watch?v=FnsyxU2CO3c%3Fsi%3D0lxplX1LWEjZbGQh

Musicalement, Enfants difficiles reste fidèle à la pop-chanson qui a fait connaître Mentissa, tout en s’autorisant des accents rock et électroniques. « J’avais envie de plus de guitare, d’un son plus pop. » Une direction nourrie par ses propres références, de Sabrina Carpenter à Olivia Rodrigo en passant par Miley Cyrus.

Si l’ensemble demeure parfois lisse, la chanteuse ambitionne déjà d’explorer des territoires plus aventureux. « Quand j’ai réalisé des titres ovniesques comme « Fais gaffe à toi », cela m’a prouvé que je pouvais aller encore plus loin dans mes envies et mes inspirations. »

La réalisation de l’album aura finalement eu pour elle quelque chose de thérapeutique. Alors qu’une tournée des festivals, une date à l’Olympia et un nouveau passage à l’écran dans la série Ici tout commence l’attendent, Mentissa espère surtout que ses chansons pourront résonner auprès de celles et ceux qui ont traversé des épreuves similaires. « J’avais la volonté de vaincre ma peur de parler de mon passé pour tendre la main à d’autres. J’ai du mal à faire confiance, à ne pas être en hypervigilance, à ne pas être trop dure envers moi-même ou avec les autres. J’y travaille. Je peux être solaire comme très sombre. Être une enfant traumatisée n’est pas facile tous les jours. Mais avoir le bon entourage aide. »

Mentissa Enfants difficiles (Tôt ou tard) 2026

Site officiel de Mentissa / Facebook / Instagram / YouTube

Par :Pablo Patarin/ go.rfi.fr/KJR

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