Cette nouvelle revue de presse s’intéresse aux réactions des pays européens aux violations commises par la Russie dont ils ont été victimes ces derniers temps, ainsi qu’à l’impact de la victoire de l’AfD aux élections régionales en Saxe-Anhalt. Deux autres sujets traités : le refus par une grande partie de la population du déficit budgétaire envisagé et l’approche de la politique tchèque à l’égard du changement climatique.
« Réveillez-vous ! La Russie ne mène pas une guerre hybride contre l’UE et l’OTAN. Cette guerre est bien réelle ». Voilà le titre percutant d’un texte publié dans le journal en ligne Forum24.cz qui constate que les violations de l’espace aérien des pays de l’OTAN par des avions militaires russes sont devenues monnaie courante. « La Pologne et la Roumanie ne sont pas les seules à en avoir fait les frais. Ces violations s’intensifient. En Italie et en Bulgarie, des enquêtes sont en cours suite à des explosions dans des dépôts de munitions. L’Estonie enquête pour déterminer si la Russie a participé à un incendie criminel visant un fournisseur de l’industrie de la défense. Tout dernièrement, un drone explosif a pris pour cible l’Allemagne ». Autant d’exemples présentés par le texte et qui amène son auteur à déplorer que « l’Occident reste d’une prudence presque incompréhensible, par crainte d’aggraver le conflit. Ou encore de provoquer la Russie par imprudence » :
« L’Occident continue de se comporter presque comme en temps normal. Avant de désigner la Russie comme coupable, il a besoin de preuves irréfutables. La réaction est faible. Les ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne vont discuter de nouveaux paquets de sanctions contre la Russie. Ceux-ci viseraient apparemment à élargir les listes de personnes et d’entreprises soumises à des sanctions. La guerre dure depuis quatre ans et demi, la Russie ravage désormais l’Ukraine avec des missiles balistiques et l’Ukraine n’a pratiquement aucun moyen de se défendre. Et l’Europe débat de paquets de sanctions. Pourquoi n’a-t-elle pas imposé et n’impose-t-elle pas d’emblée les sanctions économiques les plus sévères ? »
Pour l’éditorialiste du journal Forum24.cz, la tentative d’attentat à Leipzig de relève pas d’une guerre hybride. Il s’agit d’un acte de guerre manifeste de la part de la Russie, du terrorisme d’État russe. « Il est important de nommer les choses par leur nom. Pour les citoyens, une guerre hybride n’est pas une guerre. Seule une véritable guerre est à même de mobiliser les citoyens. Apprenons à comprendre que la Russie ne mène plus une guerre hybride contre l’UE et l’OTAN, mais une véritable guerre. Elle commet des actes de guerre et de terrorisme. Plus tôt nous le comprendrons, mieux nous pourrons nous défendre », souligne-t-il.
Victoire de l’extrême droite dans un pays voisin de la Tchéquie
L’hebdomadaire Respekt indique que la large victoire de l’AfD, parti d’extrême-droite, aux élections régionales en Saxe-Anhalt, est révolutionnaire en ce qu’elle a montré le glissement vers le courant dominant des positions nationalistes qui étaient jusqu’à récemment encore marginales dans la politique allemande. Il s’agit donc, selon lui, d’un tournant décisif – que ce parti forme ou non un gouvernement.
Ulrich Siegmund, tête de liste du parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne (AfD), et son épouse Julia Siegmund prennent la parole sur scène lors d’une soirée électorale de l’AfD à Magdebourg|Photo: Fabrizio Bensch, Reuters
« Pourquoi le résultat d’une élection régionale est-il si crucial ? » Voilà la question soulevée également par le site Info.cz :
« L’Allemagne est le deuxième plus grand donateur, juste après les États-Unis, d’aide militaire et financière à l’Ukraine qui se défend contre la Russie. Si les forces politiques qui rejettent cette aide absolument essentielle parviennent à obtenir, au niveau régional, ce qu’on appelle des ‘minorités de blocage’, voire à s’imposer à l’avenir au niveau fédéral, le soutien européen à Kyiv sera inévitablement entravé. Le résultat des élections en Saxe-Anhalt constitue donc pour le Kremlin une victoire stratégiquement bien plus précieuse que la prise de n’importe quelle autre ville dans le Donbass bombardé. »
« Le séisme politique en Allemagne pourrait ébranler toute l’Europe ». Voilà le titre d’un texte publié dans le journal en ligne Lidovky.cz. Selon de nombreux analystes, auxquelles il se réfère, « le succès de l’AfD pourrait être le signe avant-coureur d’autres victoires de partis d’extrême droite dans toute l’Europe, en France, en Grande-Bretagne, en Italie et en Espagne, car leurs populations sont tout aussi mécontentes que les Allemands. »
Le site SeznamZprávy remarque pour sa part qu’en ces temps d’incertitude, la Tchéquie aurait tout intérêt à ce que son pays voisin le plus important soit dirigé par un gouvernement stable et déterminé. « Elle devra toutefois se préparer à l’inverse », avertit-il.
Le journal Deník N cite le politologue allemand Kai-Olaf Lang pour lequel le succès de l’AfD va encourager en Tchéquie le parti SPD de Tomio Okamura et une partie des Automobilistes. Il estime toutefois que c’est la politique intérieure qui sera déterminante.
Les Tchèques refusent le déficit budgétaire envisagé
Selon l’agence Median, 62 % des Tchèques rejettent le projet de budget, qui prévoit un nouvel endettement colossal de 389 milliards de couronnes. Ceci au moment où le pays ne traverse aucune crise. Ainsi, comme l’observe le quotidien Hospodářské noviny, le gouvernement d’Andrej Babiš se heurte pour la première fois à une véritable opposition de la part de l’opinion publique tchèque. Même une partie des électeurs des partis au pouvoir refuse un tel endettement. L’explication consiste, selon lui, dans la mentalité tchèque :
« Les Tchèques font traditionnellement partie des peuples très responsables et prudents sur le plan financier. A l’échelle européenne, nous avons l’un des goûts les plus prononcés d’épargne et, en même temps, l’une des plus grandes aversions pour l’endettement. À titre d’illustration, l’endettement moyen des ménages tchèques s’élève à 57 % du revenu disponible annuel. En Allemagne, par exemple, il est supérieur de vingt points. Cette mentalité profonde, que les économistes qualifient de partie intégrante de l’ADN national tchèque, se reflète également dans la gestion des finances publiques. La République tchèque a toujours fait partie, et fait encore partie, des pays les moins endettés d’Europe. »
Mais la situation évolue progressivement. Le journal économique indique que depuis 2019, notre endettement par rapport au PIB augmente trois fois plus vite que celui de l’Allemagne. Et aujourd’hui, le gouvernement Babiš souhaite encore accélérer ce rythme déjà effréné. Les Tchèques prudents commencent à s’inquiéter du fait que cela pourrait bien mal finir et commencent à le faire savoir. Andrej Babiš se trouve donc dans une situation délicate, car la majorité désapprouve l’endettement envisagé :
« En tant que populiste, il devrait se fier aux sondages et commencer à faire des économies, mais cela n’est pas vraiment possible, car cela le mettrait en contradiction avec d’autres sondages et, surtout, avec ses propres promesses. Il semble que même le populisme ait ses limites, car il peut finir par se contredire lui-même. »
Minimiser ou nier le changement climatique
« Au cours de la principale vague de chaleur tropicale à la fin juin et au début du mois de juillet, une surmortalité comprise entre 500 et 600 cas a été enregistrée en Tchéquie. » Un constat fait par le site Seznam Zprávy qui admet qu’il s’agit d’une estimation approximative. Elle est pourtant significative et correspond aux conclusions d’autres pays avec lesquels nous partageons des similitudes, comme la France et l’Allemagne. La question se pose naturellement de savoir s’il est possible de prévenir une telle évolution ou de réduire ce chiffre à l’avenir. « La réponse est sans aucun doute affirmative. Mais pas pour la Tchéquie », écrit-il avant d’expliquer pourquoi :
« Notre approche ne tient pas suffisamment compte de l’évolution des connaissances scientifiques, tant en matière d’adaptation aux effets du changement climatique qu’en matière d’atténuation de ses causes et de sa dynamique. La position du gouvernement tchèque se caractérise par une minimisation, voire un déni, du changement climatique et de son lien avec le modèle de développement de nos sociétés, notamment leur dépendance aux combustibles fossiles. La remise en cause de longue date du Green Deal conduit ainsi à sous-estimer fortement les investissements nécessaires, aussi bien pour nous adapter aux conséquences du changement climatique que pour réduire de manière ciblée les émissions de CO₂, notamment dans le cadre des programmes européens financés par les quotas d’émission. En résumé, nous ne nous opposons pas au changement climatique, mais nous ne prenons pas non plus les mesures nécessaires pour nous y adapter. »
Auteur:Alena Gebertová






