République du Kwondoga. Aloville. Quartier-sans-loi. 66, rue 999.

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Samedi 14 août 1999

Le stagiaire Isaac JiodoKobla et son instructeur, le sergent Koffi Tsè, ont le souffle coupé quand le portail s’entrebâille sur la plus affriolante suspecte que la Police d’Aloville n’ait jamais appréhendée de toute son existence. Belle à détourner Narcisse de son reflet et sensuelle à geler les déhanchements suggestifs de Beyoncé, elle a les traits plus divins que ceux de Vénus et des formes d’une opulence qui frise l’indécence, juste moulées qu’elles sont dans un string rouge et une robe courte de mousseline noire à fleurs blanches.

Désorienté, le stagiaire balbutie :

— Je, euh, mademoiselle…

— Madame, le coupe la suspecte.  Madame Jacquie KponnorMaliagba. Ou tout simplement JKM.

— Moi, se vante le stagiaire en bombant le torse, c’est Monsieur l’inspecteur Isaac JiodoKobla. IJK tout court.

— Eh bien, Monsieur l’inspecteur IJK, que puis-je pour vous ?

— Eh bien, Madame JKM, vous êtes en état d’arrestation.

Le sourire des plus radieux qu’arbore Jacquie désarçonne IJK. Il tâtonne avant de poursuivre :

— Vous êtes accusée du meurtre de six étudiants, six honnêtes citoyens, dans la nuit d’hier vendredi 13 août 1999 à aujourd’hui samedi 14 février, euh, 14 août 1999.

— Vous avez dit six honnêtes citoyens ? ironise Kponvi Maliagba en se matérialisant derrière Jacquie. Comme vous avez tout faux ! Je pourrais vous comprendre si vous étiez en train de lire leur oraison funèbre. Mais là, il s’agit d’une enquête policière qui ne saurait souffrir d’aucune entorse aux faits par de fausses idées sur des prétendus honnêtes citoyens qui passent pour des victimes alors qu’ils sont en réalité des criminels exécutés suivant la volonté des divinités.

— Vous n’allez pas m’apprendre mon métier, monsieur…

— Kponvi Maliagba.

— Je sais, se montre arrogant IJK. Je vous connais de pseudo-réputation. Sachez, vous aussi, que je ne suis aucunement impressionné par votre supposée puissance qui n’est en réalité que pure illusion.

— Là, vous avez tout vrai, le prend de court Kponvi. Tout n’est effectivement que de l’illusion. Chérie, veux-tu bien lui tendre les poignets pour qu’il te passe les menottes ?

Un sourire en coin, Jacquie présente ses poignets joints à IJK en le regardant droit dans les yeux :

— “Attrape-moi si tu peux”.

Le stagiaire, pas du tout droit dans ses bottes, fait signe à son instructeur de lui passer les menottes. Celui-ci a l’impressionde tenter de menotter l’air.

Que du vent !

IJK s’y frotte. Il s’y pique.

— Tout n’est vraiment que de l’illusion, le nargue Kponvi. Il n’y a donc pas de quoi être impressionné par quoi que ce soit. Passez mon bonjour à monsieur le commissaire. Dites-lui que s’il me fait l’honneur de me rendre visite, je lui montrerai la réalité des choses. Les faits.

— Les faits, ne démord pas IJK, les voici : dans la nuit d’hier vendredi 13 à aujourd’hui 14 août, des témoins ont vu la suspecte sortir de cette maison…

— Ce centre !

— …aux alentours de vingt heures, dans cette même tenue, et y entrer près de deux heures plus tard. Dans cette intervalle de temps, d’autres témoins l’ont vue harceler et menacer de mort un pauvre étudiant sur la véranda du… (Il consulta les notes dans son calepin qu’il dégaina de la poche arrière de son pantalon 🙂 … 13, rue 666 avant de le traîner jusque dans sa chambre pour le tuer froidement et avec une telle barbarie. Elle a ensuite fait subir le même sort à cinq autres pauvres étudiants. Le septième pensionnaire de cette villa d’étudiants n’a eu la vie sauve que parce qu’il a réussi à s’échapper pour aller donner l’alerte et…

— Vous dénaturez les faits, inspecteur IJK, le coupe Jacquie, un sourire narquois aux lèvres.

— Tout ce que vous avez maintenant à faire dans cette affaire, reprend Kponvi, c’est d’aller porter mon message à monsieur le commissaire. Dites-lui sur tout que je me suis senti insulté qu’il m’ait envoyé un simple stagiaire qui se prétend inspecteur et à qui il a commis la plus grosse erreur de sa carrière de confier cette affaire qui le dépasse lui-même…

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