Le Conseil fédéral veut que les antibiotiques soient vendus à l’unité dans les pharmacies. La mesure, qui vise à lutter contre l’antibiorésistance et les pénuries, soulève des réactions contrastées chez les acteurs du secteur.
La Suisse s’apprête à transformer la distribution des antibiotiques. Un projet de loi soumis à consultation doit être présenté fin 2026 par le Conseil fédéral.
Le gouvernement poursuit deux objectifs majeurs avec cette mesure. D’une part, il cherche à lutter contre l’antibiorésistance, un problème de santé publique croissant. D’autre part, il vise à mieux gérer les pénuries de médicaments, un défi récurrent pour le système de santé suisse.
En vendant les antibiotiques à l’unité, les autorités espèrent que les patients ne recevront que la quantité exacte dont ils ont besoin pour leur traitement. Cette approche pourrait réduire la surconsommation ou le gaspillage.
Les pharmaciens ouverts à l’expérience
Les pharmaciens suisses se montrent favorables à cette proposition. Martine Ruggli, présidente de Pharma Suisse, l’association faîtière des pharmaciens, juge l’idée « prometteuse et réaliste ». Elle s’appuie sur des expériences déjà menées dans les cantons du Tessin et de Neuchâtel.
« C’est une décision tout à fait faisable. On a déjà dû la mettre en œuvre dans deux cantons pour essayer. On a fait une étude de praticabilité », a-t-elle expliqué vendredi dans La Matinale de la RTS.
Un défi logistique à relever
La mise en place de ce système nécessitera cependant des ajustements. Martine Ruggli souligne une augmentation de la charge de travail: « On a vu une augmentation du temps de travail pour les antibiotiques, parce qu’il faut être sûr d’avoir les mêmes charges, et les mêmes lots dans le cas où un médicament devait être rappelé. C’est un travail qui demande à peu près cinq minutes supplémentaires pour remettre le médicament », estime-t-elle.
La faîtière Pharma Suisse, de son côté, reste prudente. Elle demande des preuves concrètes de l’efficacité de cette mesure sur la réduction de l’antibiorésistance.
L’industrie pharmaceutique sceptique
Du côté des entreprises pharmaceutiques, l’accueil est plus mitigé. Interpharma, leur association faîtière, qualifie cette initiative de « fausse bonne idée ». Selon elle, déconditionner les médicaments crée des risques de contamination, de confusion et complique les rappels de produits.
Pour Interpharma, le véritable enjeu réside dans le manque de nouveaux antibiotiques sur le marché. L’association plaide pour la mise en place d’incitations financières afin d’encourager la recherche et le développement de nouveaux traitements.
Cynthia Racine/asch






