Et la grande réforme des médias publics tchèques fit pschitt : annoncé au printemps par le ministre de la Culture Oto Klempíř (Automobilistes), le projet de loi sur l’audiovisuel public vient d’être abandonné par le gouvernement. Le Premier ministre Andrej Babiš (ANO) a confirmé ce week-end qu’il préférait se concentrer sur un objectif plus limité, mais non moins critiqué : la suppression de la redevance et le financement des médias publics directement par le budget de l’Etat.

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Cette décision s’apparente à un revers pour Oto Klempíř qui avait présenté en avril une réforme qu’il voulait ambitieuse, visant à redéfinir le cadre juridique des médias publics tchèques dans son ensemble. Le projet ne se limitait donc pas à la simple question du financement : il entendait également introduire une nouvelle définition de l’audiovisuel public et modifier plusieurs aspects du fonctionnement de la Télévision et de la Radio tchèques.

Mais le texte a rapidement suscité une vague de critiques, entre autres pour son caractère bâclé. Près de 400 à 450 objections auraient été formulées lors de la procédure interministérielle de consultation. Une trentaine d’institutions ont adressé des observations représentant au total plus de 170 pages de commentaires. Plusieurs ministères et organismes publics ont même demandé une réécriture complète du projet. Autant de réactions qui ont tôt fait de noyer le projet dans un océan de rejet.

« Pour transférer le financement des médias du service public vers le budget de l’Etat, nous allons amender la loi existante. Il n’y aura qu’une seule loi modifiée, celle relative au budget. Si tout le reste inchangé, il n’y aura plus rien à critiquer. Tout demeurera en l’état ; seule la source du financement changera. Au lieu d’être payés par les citoyens et les entreprises, les fonds proviendront du budget de l’Etat, » a finalement tranché le week-end dernier le Premier ministre Andrej Babiš, visiblement excédé par la levée de boucliers contre cette loi, par son ministre de la Culture et par les manifestations régulières à Prague et en régions. Selon lui, la réforme voulue a été rendue politiquement impossible par le nombre de critiques formulées à son encontre. Le gouvernement de coalition préfère donc désormais se concentrer exclusivement sur la question du financement de l’audiovisuel public qui reste toutefois la pierre d’achoppement majeure entre partisans et opposants d’un changement de la législation en vigueur.

Concrètement, les ménages et les entreprises cesseraient de payer la redevance actuellement perçue pour financer les médias du service public. Les ressources de la Télévision et Radio tchèques proviendraient ainsi directement du budget de l’Etat, via le ministère de la Culture, comme le défendent depuis leurs campagnes électorales respectives les trois partis au pouvoir. Le gouvernement espère faire adopter cet amendement suffisamment rapidement pour qu’il puisse entrer en vigueur dès le début de l’année prochaine.

Depuis qu’il avait été présenté, le projet d’Oto Klempíř faisait l’objet de vives critiques, tant dans le microcosme médiatique – et même hors service public – que parmi les experts des médias. Les dirigeants de la Télévision et de la Radio tchèques avaient adressé une lettre ouverte au Premier ministre pour demander l’arrêt de l’examen du texte. Ils estimaient que l’avenir des médias du service public ne pouvait être décidé sans une large concertation et redoutaient une décision arbitraire sans consultations avec les institutions concernées. L’opposition parlementaire était également vent debout contre un projet dénoncé comme susceptible d’affaiblir l’indépendance des médias publics.

Toutefois, la décision d’abandonner une réforme complète des médias publics ne signifie pas pour autant la fin de la contestation. Les partis d’opposition continuent bel et bien de rejeter le transfert du financement des médias publics vers le budget de l’Etat, estimant, à l’instar de nombreuses organisations de défense des journalistes, qu’il risque de renforcer leur dépendance vis-à-vis du pouvoir politique.

Au final, le débat de fond reste entier : si le financement direct par le budget de l’Etat est présenté par la majorité au pouvoir comme une simplification administrative et un allègement de la charge financière pesant sur les citoyens et les entreprises, en omettant le fait que l’argent proviendrait indirectement de leurs impôts, ses adversaires y voient au contraire une menace potentielle pour l’autonomie financière des médias publics, et donc une perte de leur indépendance.

A noter enfin que cette question des médias publics et de la redevance n’agite de loin pas seulement la Tchéquie : en Slovénie, le nouveau gouvernement de Janez Janša n’a certes pas encore annoncé la suppression de la redevance audiovisuelle, mais son accord de coalition prévoit une réforme du diffuseur public RTV Slovenija. Les débats ouverts depuis son retour tout récent au pouvoir incluent la question de son financement, ce qui alimente là aussi les craintes d’une remise en cause de son indépendance.

Anna Kubišta

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