Amener une offre culturelle là où elle manque, c’est le but du ‘Literaturschiff’ (Le bateau de la lecture). Tout au long de l’année, l’association organise lectures et rencontres avec des auteurs et autrices dans la région de Haute-Autriche. Elle a reçu récemment l’auteur français Edouard Louis.
En Autriche, le ‘Literaturschiff’ exploite le pouvoir des mots pour créer des liens et rapprocher les gens. Cette association a été fondée fin 2020 en pleine pandémie de coronavirus, alors que le besoin de liens et d’échanges était plus vivace que jamais. Depuis bientôt six ans, elle organise des lectures et des rencontres avec des écrivains et écrivaines pour insuffler une nouvelle vie au paysage culturel de la Haute-Autriche.
Les rencontres se déroulent dans des fermes, des librairies, des cafés, des lieux patrimoniaux ou même en plein air dans des villages ou des petites villes. Elle amène une offre culturelle là où elle manque et permet d’élargir l’horizon.
« Il y a d’une part un grand vide culturel dans de nombreuses localités de Haute-Autriche, et d’autre part, il y a des communes où il se passe certes quelque chose, mais où l’on se contente, année après année, de proposer toujours le même programme. Il n’y a pas de nouvelles opportunités, pas d’espaces où les gens pourraient, par exemple, rencontrer une autrice féministe importante. Nous pensons que les discussions autour des livres peuvent donner à nouveau envie aux gens de s’écouter, et il est aussi très important que les gens entrent en contact avec la langue et constatent qu’il y a un pouvoir inhérent à la langue », explique Christian Gsöllradl-Samhaber, l’enthousiaste fondateur et directeur artistique du ‘Literaturschiff’. Autre point important pour lui et l’association: ne pas laisser l’extrême droite s’approprier ces espaces.
Des auteurs débutants comme confirmés
Aujourd’hui, la demande est bel et bien là et le ‘Literaturschiff’ s’est imposé sur la scène culturelle. Côté financement, l’association reçoit des subventions publiques, et a obtenu également le soutien de partenaires privés. Les rencontres sont la plupart du temps payantes. Des auteurs qui débutent, mais aussi des écrivains confirmés sont invités, autrichiens comme internationaux. L’association a par exemple reçu les prix Nobel de littérature Herta Müller et Olga Tokarczuk, ainsi que, le 7 juin dernier, l’écrivain français Edouard Louis en dialogue avec sa traductrice en allemand Sonia Finck.
Durant une heure et demi, devant la centaine de personnes rassemblées dans la librairie pleine à craquer de la petite ville de Bad Ischl, Edouard Louis a répondu à des questions variées, parlé de déterminisme social, de violence, de complexité humaine et de son dernier roman, ‘L’effondrement’.
Délivrer une parole littéraire, artistique ou politiquement progressiste dans des espaces ruraux, c’est aussi donner d’autres clés pour se penser, pour se voir, pour s’interpréter soi-même.Edouard Louis, écrivain
Pour l’auteur aussi, il est important d’aller partout et de s’adresser à tout le monde. « Comme écrivain ou écrivaine, on ne peut pas se poser abstraitement la question de savoir si la littérature peut changer les gens ou le monde sans se demander: ‘où est-ce que je vais faire entendre la littérature? Où est-ce que je vais parler de la littérature? Quels sont les espaces qui n’y ont pas accès?’ Je pense qu’il y a 50 ou 60 ans, cette question était plus souvent posée par les artistes, au théâtre par exemple. (…) Depuis un certain nombre d’années, ce questionnement a un peu disparu. Délivrer une parole littéraire, artistique, politiquement progressiste dans des espaces ruraux, c’est aussi donner d’autres clés pour se penser, pour se voir, pour s’interpréter soi-même », conclut Edouard Louis.
Sujet radio: Isaure Hiace
Adaptation web: mh







