Le Pape a envoyé un message sur Whatsapp au curé de la paroisse de la Sainte-Famille à Gaza, à la suite du raid israélien du 3 octobre qui a fait plusieurs morts, dont deux femmes de la communauté chrétienne. À l’approche de la commémoration de l’attaque du 7 octobre 2023, le père Gabriel Romanelli dresse un bilan de la situation humanitaire: «C’est un désastre, les gens sont à bout de forces, mais nous ne nous arrêtons pas, nous devons aller de l’avant.»
Le lien qui unit le Saint-Siège à Gaza est fait de solidarité, de prière, de proximité concrète et, souvent, d’une vive inquiétude et d’une grande douleur. Un lien spirituel et humain qui se renforce dans les moments les plus sombres, comme celui qui a suivi le raid aérien sanglant mené le 3 octobre par Israël et qui a frappé un immeuble résidentiel dans le quartier de Rimal, à l’ouest de la ville de Gaza. Cette attaque, survenue aux premières heures, a causé la mort de cinq civils et blessé de nombreuses personnes, braquant à nouveau les projecteurs sur la situation dramatique de la population et de la petite communauté chrétienne locale, épuisée, qui, malgré tout, continue de rester unie et d’œuvrer pour la paix.

Le père Gabriel Romanelli, curé de la Sainte-Famille, unique église catholique de la Bande de Gaza.
Parmi les victimes de ce énième bombardement figurent Maysa Khader Ibrahim Abu Daoud et sa fille Mary Hafez Michel Najjar. Ces deux femmes, d’origine grecque orthodoxe et membres de la communauté chrétienne de Gaza, venaient tout juste de trouver un nouveau refuge et tentaient de recommencer leur vie dans une terre où il est difficile, ne serait-ce que d’envisager l’espérance au milieu des tas de décombres, des déchets et des enfants mutilés qui errent dans les rues.
Jusqu’à quand, Seigneur ?
Les paroles du Pape Léon XIV, adressées directement au père Gabriel Romanelli, curé de la paroisse de la Sainte-Famille de Gaza, ont été un baume. «Le Saint-Père m’a envoyé un bref message sur WhatsApp dans lequel il dit: “Bonjour, père Gabriel. Depuis que j’ai appris la douloureuse nouvelle du décès de Maysa et Mary, je prie Dieu pour elles, pour leurs familles et pour toute la communauté de Gaza. Jusqu’à quand, Seigneur? Merci pour votre soutien à la paroisse et à toutes ces personnes qui souhaitent vivre en paix. Que Dieu vous bénisse, je vous embrasse affectueusement »».
«C’est vraiment un réconfort que le Pape ait pensé à nous, qu’il prie pour nous et pour tous ceux qui œuvrent pour la paix», confie le missionnaire argentin aux médias du Vatican. «Nous avons été touchés, comme toujours, par la proximité du Saint-Père, mais aussi par sa sensibilité pastorale: prier pour eux, pour les victimes, les nommer, prier pour les familles, pour toute la communauté. Nous sommes sous le choc de ce qui s’est passé avec la mort de Maysa, de Mary, puis des autres personnes; c’étaient tous des civils qui dormaient chez eux», poursuit le père Gabriel.
“N’oublions pas que la communauté chrétienne a elle aussi perdu énormément de personnes. Cette attaque nous rappelle donc les pires moments de la guerre, elle nous brise le cœur, alors même que le cessez-le-feu est en vigueur depuis un an. Les gens sont épuisés – et le Pape le dit lui-même dans son message: « Jusqu’à quand, Seigneur! ».”
«Cela a également été un coup dur pour toute la communauté chrétienne, ainsi que pour la société civile de Gaza, car n’oublions pas que la communauté chrétienne a elle aussi perdu énormément de personnes. 62 chrétiens sont morts pendant la guerre, dont 25 ont été tués par les bombardements; cette attaque nous rappelle donc les pires moments de la guerre, elle nous brise le cœur, alors même que le cessez-le-feu est en vigueur depuis un an. Les gens sont épuisés – et le Pape le dit lui-même dans son message: « Jusqu’à quand, Seigneur! »».
Gaza est «mise à mal», la situation empire
LIRE AUSSI
Un cri, un appel universel pour mettre fin à la vague de destruction qui ravage la Bande de Gaza depuis des années. Aux paroles du Saint-Père se sont jointes celles du cardinal Pierbattista Pizzaballa, patriarche latin de Jérusalem. Au nom du clergé et de tout le diocèse, le cardinal a exprimé ses condoléances les plus sincères, condamnant la perte tragique de vies innocentes.
Le métropolite Alexios, vicaire patriarcal grec orthodoxe, a lui aussi tenu à rendre hommage à Maysa et Mary lors des funérailles solennelles célébrées samedi même, quelques heures après le massacre, dans l’église Saint-Porphyre à Gaza, avant-poste d’une communauté millénaire désormais réduite à l’extrême. La situation sur le terrain reste entre-temps dramatique. Les dernières informations font état d’une ville de Gaza à bout de forces, où les raids aériens continuent de frapper des zones densément peuplées. Selon des sources médicales de l’hôpital Al Shifa, les blessés du bombardement du 3 octobre dernier sont dans un état critique.
“si nous, en tant que paroisse, en tant qu’oasis spirituelle et humaine pour ceux qui souffrent, nous nous arrêtons et ne contribuons pas à la paix et à la justice, c’est vraiment fini! Il faut donc aller de l’avant avec la prière, avec l’activité spirituelle, mais aussi avec l’apostolat, avec les autres activités de la paroisse, pas seulement celles d’assistance, malgré des journées pleines de douleur comme celle de samedi (3 octobre).”
Alors que la diplomatie internationale peine à trouver un accord, l’Église locale, guidée sur le terrain par le père Romanelli et les Missionnaires de la Charité, continue de représenter le dernier rempart d’espérance et d’aide humanitaire pour des centaines de personnes déplacées qui n’ont plus d’endroit sûr où aller: «Nous ne nous arrêtons pas. Cette terrible guerre a emporté tant de personnes, tant de vies. Gaza est en lambeaux, “déchiquetée”, comme si un immense tsunami avait tout balayé.»
«Mais, affirme le prêtre, si nous, en tant que paroisse, en tant qu’oasis spirituelle et humaine pour ceux qui souffrent, nous nous arrêtons et ne contribuons pas à la paix et à la justice, c’est vraiment fini! Il faut donc aller de l’avant avec la prière, avec l’activité spirituelle, mais aussi avec l’apostolat, avec les autres activités de la paroisse, pas seulement celles d’assistance, malgré des journées pleines de douleur comme celle de samedi (3 octobre).»
Le 7 octobre, la prière du Rosaire
Entre-temps, la date fatidique et dramatique du 7 octobre 2023 approche à grands pas et le père Gabriel Romanelli confirme que les deux populations, israélienne et palestinienne, sont toujours en proie à ce traumatisme: «Chaque jour de guerre supplémentaire est un jour sombre qui aggrave la situation. Il est vrai que depuis octobre 2025, les bombardements intensifs ont cessé, mais cela ne signifie pas pour autant que la situation soit bonne. La situation est extrêmement grave; même les ONG qui distribuent de la nourriture disent qu’elles doivent s’arrêter car elles n’en ont pas assez; l’aide humanitaire arrive désormais, mais elle est absolument insuffisante. Et puis, les gens n’ont pas seulement besoin d’eau, de nourriture et de médicaments, ce qui est bien sûr le strict nécessaire. Elles ont besoin de liberté, de paix, que les bombardements cessent, qu’elles puissent entrevoir un horizon».
«Nous espérons que ce terrible souvenir sera au contraire un nouveau départ pour nous qui célébrerons la fête de la Bienheureuse Vierge Marie du Rosaire, la Dame de la Paix. Nous organiserons une journée de prière du Rosaire, qui se terminera par la messe, ainsi qu’une procession symbolique pour demander la fin de cette guerre, la justice, la paix entre Palestine et Israël».
Inquiétudes pour l’hiver
Avec l’arrivée imminente de la saison froide, les inquiétudes portent principalement sur la survie logistique des civils: «Les pluies vont poser un énorme problème à tous ceux qui vivent sous des tentes», poursuit le curé de Gaza. La majeure partie de la population, soit 2,3 millions de personnes, vit dans des conditions inférieures à zéro; même le mot ‘tente’ est inapproprié, il fait plutôt penser à un camp scolaire, alors qu’ici, il s’agit de bâches de fortune posées sur un sol sablonneux, mélangé à l’eau des égouts. C’est un désastre! Il faut bien sûr de la nourriture, mais aussi des matériaux pour la reconstruction et les réparations. Cet hiver sera pire que les autres, car en cas d’urgence, si l’on ne réagit pas immédiatement, chaque jour sera pire que le précédent. Nous espérons donc que la communauté internationale et tous les chefs d’État pourront convaincre les responsables de prendre des mesures concrètes pour mettre fin à cette guerre».
“Cet hiver sera pire que les autres, car en cas d’urgence, si l’on ne réagit pas immédiatement, chaque jour sera pire que le précédent. Nous espérons donc que la communauté internationale et tous les chefs d’État pourront convaincre les responsables de prendre des mesures concrètes pour mettre fin à cette guerre.”
Les élections législatives
Un tournant ou un test décisif pour l’avenir politique de toute la région pourrait se produire prochainement, puisque tant les Israéliens que les Palestiniens sont appelés aux urnes d’ici à la fin novembre. Interrogé sur ce tournant politique crucial, le cardinal Pierbattista Pizzaballa, patriarche latin de Jérusalem, a fait preuve de prudence tout en soulignant la valeur symbolique de cet événement: «Je ne sais pas si ces élections nous permettront vraiment de comprendre où nous allons. Mais elles constitueront certainement un moment important pour évaluer où les dirigeants actuels ont mené leurs peuples.»
Cecilia Seppia – Cité du Vatican






