L’évêque d’Ajaccio souligne l’impact de la visite du Pape dans une société sécularisée mais assoiffée de spiritualité. «C’est maintenant à nous d’incarner ce qu’il nous a dit», affirme-t-il. Pour l’Europe, le cardinal met en avant l’appel de Léon XIV à retrouver ses racines, son âme et la voie du dialogue face à la guerre.

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Le voyage apostolique du Pape Léon XIV en France et sa visite à l’UNESCO constituent, selon le cardinal François-Xavier Bustillo, un binôme qui résume une grande partie du message du Saint-Père: liberté et espérance. La liberté de s’adresser à l’être humain et à la société sans se laisser conditionner par les pressions du moment; l’espérance de regarder une réalité marquée par des difficultés sans s’y laisser piéger. L’évêque d’Ajaccio, qui a accompagné le Saint-Père à certains moments de ces journées et qui avait déjà accueilli François en Corse en décembre 2024, estime que Léon XIV a trouvé une société profondément sécularisée, mais pas indifférente aux questions ultimes. «Elle a soif de Dieu, de spiritualité», affirme-t-il.

Dans un entretien accordé à Vatican News ce lundi 28 septembre, le cardinal français, originaire de Pampelune en Espagne, souligne également la capacité du Souverain pontife à s’adresser non seulement aux catholiques, mais aussi à ceux qui se trouvent «en périphérie du catholicisme»: des personnes en quête d’un message porteur de sens et d’espérance.

La liberté de dire autre chose

Le cardinal Bustillo affirme avoir vu Léon XIV «solide», doté d’une force intérieure, de sérénité et de joie. Mais il met particulièrement l’accent sur un autre aspect de sa présence en France: la liberté. «Nous vivons dans une société française où règne une grande peur: peur de ce que l’on dit, peur de ce que l’on fait, peur de ce que les autres vont dire, peur de ce qu’ils vont penser», explique-t-il. Face à cela, le Pape, selon son interprétation, a offert un témoignage de liberté, sans se placer «dans la tactique», «dans la stratégie» ou «dans la politique», mais dans la recherche du bien de la personne.

Pour le cardinal, cette attitude contient également un message adressé à ceux qui exercent des responsabilités politiques, médiatiques, culturelles et économiques: la nécessité de parler et d’agir sans intérêt personnel, en ayant pour horizon le bien des personnes. C’est, selon son interprétation, l’une des raisons pour lesquelles ce voyage peut dépasser le cadre strictement ecclésial. Léon XIV s’est adressé aux catholiques, mais aussi à une société française qui continue de s’interroger sur son avenir.

S’adressant aux journalistes lors du vol reliant Metz à Rome, le Pape a évoqué les conflits ainsi que les intérêts économiques qui les alimentent. «L’Église continue de faire …

Une Église qui redevient visible

L’un des moments qui a le plus marqué personnellement le cardinal a été la messe célébrée à Paris. Depuis l’autel, il a pu contempler la foule qui s’étendait jusqu’aux Champs-Élysées et à l’Arc de Triomphe, composée de milliers de personnes, de jeunes, d’enthousiasme et de joie. Le cardinal Bustillo rappelle qu’il y avait des doutes quant à l’écho que susciterait cet appel. Cependant, cette célébration lui a permis de percevoir quelque chose qu’il considère comme particulièrement significatif pour la France, soit la capacité de l’Église à rassembler et à créer la communion dans un pays en proie à des divisions et à la confusion.

«Parler de communion est fort, c’est prophétique et cela tombe à point nommé dans une société comme la nôtre», déclare-t-il. Cette scène revêt une signification particulière dans un pays dont la relation avec l’Église a connu de profondes transformations. Le cardinal évoque une histoire marquée à la fois par une forte tradition spirituelle et par des moments de rupture et de sécularisation. Après mai 1968, souligne-t-il, il y a eu un éloignement progressif de l’Église, de Dieu et des prêtres.

Mais il observe aujourd’hui des signes qui invitent à une lecture différente. De nombreux jeunes, explique-t-il, sont en quête de spiritualité et se tournent vers des traditions religieuses hors d’Europe. Parallèlement, le nombre de personnes demandant le baptême et la confirmation est en augmentation. «Cela signifie qu’il y a un vide et une soif», affirme-t-il. Et il y ajoute deux autres mots: joie et responsabilité.

Ne pas s’arrêter aux images

Que reste-t-il après le voyage? Pour Mgr Bustillo, la réponse ne peut se limiter aux images de grandes foules ni à l’impact immédiat des célébrations. Le cardinal parle d’une «onction», d’une empreinte laissée par le passage de l’évêque de Rome en France, et propose de conserver la mémoire de ce qui a été vécu et, surtout, de la rendre féconde.

«Un peuple sans mémoire disparaît», rappelle-t-il, en précisant qu’il ne s’agit ni de nostalgie ni de triomphalisme. L’Église française est désormais appelée à prendre les discours, les gestes et les paroles de Léon XIV, à les analyser et à les «incarner» dans la vie spirituelle et pastorale. Le Successeur de Pierre, résume-t-il, est venu pendant quelques jours pour dire «courage et en avant». La responsabilité revient désormais aux pasteurs et aux chrétiens, celle d’avancer «avec enthousiasme, avec joie et sans se décourager».

Metz, un mot pour l’Europe

Le choix de Metz pour conclure le voyage apostolique revêt, dans cette perspective, une dimension qui dépasse les frontières de la France. Pour le cardinal Bustillo, le discours de Léon XIV sur l’Europe a soulevé une question fondamentale: que fait l’Europe de ses racines et de sa mémoire? Le continent, soutient-il, ne peut être compris uniquement comme une réalité géographique ou institutionnelle. C’est aussi une culture et une histoire partagées, dans lesquelles le christianisme a joué un rôle significatif.

Le cardinal souligne tout particulièrement la référence du Pape à saint Benoît et aux moines qui ont contribué à la construction d’une Europe civilisée, et relie ce regard vers les racines à un autre des grands axes du discours: la paix. Léon XIV, explique-t-il, a ravivé la mémoire des pères fondateurs de l’Europe et de personnalités telles que Robert Schuman et Alcide De Gasperi pour rappeler qu’après deux guerres mondiales, l’Europe est également née d’une intuition. Celle de rendre possible le dialogue entre les peuples et empêcher que les conflits ne débouchent à nouveau sur la guerre.

D’où l’importance que le cardinal Bustillo accorde à l’appel de Léon XIV en faveur de «davantage de débats, davantage de dialogue» et du recours à la diplomatie et aux relations civilisées pour éviter des guerres «inutiles» et douloureuses. Face à une Europe que le cardinal décrit comme «fatiguée», la parole du Successeur de Pierre lui apparaît comme une invitation à retrouver confiance. L’Europe «peut encore faire quelque chose pour l’humanité» car «elle a une âme» qu’elle doit préserver.

Une nouvelle étape: revenir à Jésus-Christ

Mais c’est peut-être dans la mission de l’Église que le cardinal Bustillo découvre la dimension la plus profonde de ce voyage. La France, reconnaît-il, est tentée de se concentrer sur tout ce qui ne fonctionne pas: la politique, l’économie, la vie sociale, la violence. Léon XIV a proposé un autre regard, celui de reconnaître les difficultés sans en faire la seule interprétation possible de la réalité. «Il y a des choses qui sont bonnes, il faut célébrer ce qui est bon», affirme le cardinal en résumant le message reçu. 

La France a besoin d’espoir, soutient le cardinal Bustillo, mais d’un espoir qui ne soit pas naïf. Il s’agit de traverser les difficultés sans oublier que les chrétiens sont «enfants de la résurrection», et qu’après la mort vient la vie. La mission de l’Église entre ainsi dans une nouvelle phase. Le cardinal met en avant l’un des messages clés que, selon lui, Léon XIV a laissé aux catholiques français: revenir à Jésus-Christ et à l’Évangile.

Car, explique-t-il, on en sait aujourd’hui beaucoup sur l’Église, y compris sur certaines de ses pages sombres, mais on connaît peu Jésus et l’Évangile. «L’âme du chrétien réside dans l’Évangile», affirme-t-il. Le défi ne consiste donc pas seulement à retrouver une présence sociale, mais à revenir au cœur de la foi. «Commencer par Jésus-Christ et par l’Évangile», résume le cardinal Bustillo, avant de conclure par une conviction qui peut résumer la perspective que laisse ce voyage: si l’Évangile est à nouveau annoncé et vécu, «alors le monde aura la vie».

Sebastián Sansón Ferrari – Envoyé spécial à Metz

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