Le gouvernement tchèque entend changer de cap en matière de politique étrangère. Dimanche, le Premier ministre Andrej Babiš a expliqué que Prague mènerait désormais « une politique pragmatique » qui ne sera plus basée sur les grands principes mais mettra l’accent d’abord sur les intérêts des entreprises tchèques à l’international. Et ce, y compris en Chine, alors que le gouvernement a parallèlement refusé de mettre un avion de sa flotte à disposition du président du Sénat, membre de l’opposition, pour lui permettre de se rendre prochainement à Taïwan.
Comme il a en l’habitude, Andrej Babiš, qui portait pour l’occasion un tee-shirt frappé d’un grand lion de Bohême, symbole historique du pouvoir et de la souveraineté, s’est exprimé sur les réseaux sociaux. Dans une vidéo longue d’un peu plus de dix-sept minutes, durant laquelle il a balayé les principaux sujets d’actualité de la semaine écoulée, depuis le plafonnement des prix des carburants jusqu’au prochain sommet de l’OTAN en passant par la volonté de supprimer les redevances audiovisuelles, le Premier ministre a expliqué à ses électeurs qu’il était « extrêmement motivé » et qu’il avait « une vision claire de la direction dans laquelle [il] souhaite faire évoluer la République tchèque pour que tout aille mieux ». Et ce, donc, y compris en matière de relations internationales :
« Notre politique étrangère est tout à fait claire. Nous mènerons une politique pragmatique, et c’est pourquoi je me rendrai en Azerbaïdjan, au Kazakhstan et en Ouzbékistan, afin que nos entreprises puissent y faire des affaires, et non plus cette politique fondée sur de prétendues valeurs qui n’a pratiquement rien apporté, si ce n’est nuire aux intérêts de nos entreprises. »
Cette déclaration d’Andrej Babiš est intervenue après que son cabinet a refusé de mettre un avion à disposition du président du Sénat, Miloš Vystrčil, qui entend accompagner à Taïwan une délégation composée de représentants de diverses entreprises tchèques à la fin du mois de mai. Membre de l’ODS, le parti conservateur qui était la principale formation de la coalition gouvernementale de centre-droit dirigée jusqu’en décembre dernier par Petr Fiala, le président de la Chambre haute du Parlement défend ouvertement une politique de soutien à Taïwan depuis plusieurs années déjà.
« Je suis un Taïwanais » avait même déclaré Miloš Vystrčil lors d’une visite à Taipei en 2020, lorsqu’il était devenu le premier président d’un parlement étranger à assister à une session du Yuan législatif depuis quarante-cinq ans. Une visite à laquelle Andrej Babiš, qui occupait déjà les fonctions de Premier ministre, n’avait alors rien trouvé à redire, contrairement, donc, à un peu moins de six ans plus tard.
Ne voyant pas d’un bon œil ce prochain nouveau voyage à Taïwan, Andrej Babiš a répondu aux critiques des partis de l’opposition, qui lui reprochent son « chaos géopolitique », en conseillant au président du Sénat de voyager sur une ligne commerciale. Un conseil auquel Miloš Vystrčil s’est pour l’heure contenté de réagir en indiquant qu’il s’exprimerait plus longuement sur le sujet dans les prochains jours.
Dans un style de communication bien à lui sur la scène nationale, où il s’embarasse fort peu des formalités d’usage, le Premier ministre a formellement désapprouvé le parti pris de l’opposition en faveur de Taïwan et fait part de sa volonté de voir la République tchèque « adopter la même approche envers la Chine que les États-Unis, l’Allemagne, la France ou l’Italie » : « Nous ne mènerons pas la même politique que (l’ancienne présidente de la Chambre des députés Markéta) Pekarová (Adamová, du parti conservateur TOP 09) et Vystrčil, qui a ruiné les activités de nos entreprises en Chine. Même Škoda n’y vend plus ses voitures. Les touristes chinois ne viennent plus (en Tchéquie), il n’y a plus d’investissements non plus, les Chinois préfèrent aller en Hongrie et en Slovaquie. Quant à monsieur Vystrčil, qui est en politique depuis 1990, ses voyages d’agrément qui (nous) coûtent des millions n’ont servi qu’à détruire nos affaires. Cela fait trente-six ans qu’il fait de la politique et il n’a toujours pas appris l’anglais, donc je ne vois pas bien ce qu’il irait faire là-bas. Le résultat de ces excursions de plusieurs millions de Pekarová et de Vystrčil, c’est que Taïwan construit, pour des dizaines de milliards, une usine de puces électroniques à Dresde. »
Selon les données de l’agence nationale CzechInvest, Taïwan a été le treizième investisseur étranger le plus important en République tchèque pour la période 1993-2025, juste devant la Belgique, tandis que la Chine ne figure qu’en seizième position.
Auteur:Guillaume Narguet







