Le président tchèque Petr Pavel a entamé jeudi une nouvelle visite officielle en Ukraine : c’est la troisième fois qu’il se rend dans le pays depuis le début de son mandat en mars 2023. L’objectif affiché de ce déplacement est à la fois symbolique et concret : réaffirmer que Prague reste un allié fidèle de Kyiv près de quatre ans après le début de l’agression russe.

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C’est à Lviv, dans l’ouest du pays, que Petr Pavel a été accueilli jeudi par les autorités ukrainiennes et a immédiatement engagé une série de rencontres de travail. Lors d’un déjeuner avec le chef de l’administration militaire régionale et la ministre ukrainienne chargée des anciens combattants, il a souligné l’importance de maintenir l’élan de soutien envers les forces ukrainiennes, notamment à travers l’initiative tchèque de livraison de munitions, ce programme d’approvisionnement en artillerie lourde que Kyiv juge essentiel pour ses lignes de front. Ce projet, initié par la Tchéquie et porté symboliquement par le président en personne, a déjà permis la livraison de quatre millions d’obus à l’armée ukrainienne. Si dans ses promesses de campagne, l’actuel Premier ministre Andrej Babiš (ANO) avait promis à ses électeurs d’abandonner le projet, il a rétropédalé début janvier, annonçant à l’issue de sa participation à la réunion de la Coalition des volontaires, que son gouvernement continuerait à coordonner cette initiative mais sans y participer financièrement. Petr Pavel s’est exprimé à ce sujet depuis Lviv :

« Je considérerais comme extrêmement dommageable pour la Tchéquie que nous ne soyons pas partie prenante, non seulement du point de vue de notre crédibilité en tant que partenaire, mais aussi parce que l’initiative de livraison de munitions offre du travail à de nombreuses personnes en Tchéquie et que les impôts prélevés sur leurs revenus sont reversés dans notre pays. Ainsi, d’un point de vue économique également, ce projet a du sens pour la République tchèque. » Dans les rues de Lviv, encore marquées par les conséquences des attaques russes, le président tchèque, ancien chef militaire de profession, a également participé à une cérémonie en hommage aux soldats tombés au combat. Il a visité des installations sanitaires soutenues par la Tchéquie, dont un centre de réhabilitation pour anciens combattants, rappelant la dimension humaine et sociale de cette guerre à l’intention des citoyens tchèques tentés par le scepticisme :

« Il faut savoir que 50 % de ces soldats retournent ensuite au front. J’entends parfois chez nous certaines opinions sur les Ukrainiens : imaginez pourtant quelqu’un qui perd une jambe ou un bras, mais qui a ensuite la motivation de repartir au combat, parce qu’il considère que c’est la bonne chose à faire et qu’il ne voit même pas d’autre issue possible. Je pense que cela en dit long sur ce peuple et que nous devrions aborder ces réalités avec respect, et ne jamais les dénigrer de quelque manière que ce soit. »

Vendredi matin, Petr Pavel a poursuivi sa visite en train jusqu’à Kyiv, la capitale ukrainienne, où il a été accueilli dès son arrivée par le chef de la diplomatie ukrainienne Andrii Sybiha. Au programme du jour également : un entretien avec le président Volodymyr Zelensky avec lequel il a rendu hommage aux soldats tombés au front, mais aussi avec des responsables ukrainiens de haut rang, dans un contexte où Kyiv continue de faire face à des attaques régulières de l’armée russe, notamment de drones.

Au-delà de l’aide logistique, la visite de Petr Pavel intervient dans un contexte politiquement sensible en Tchéquie. Elle survient en effet une semaine après le déplacement en Ukraine du ministre des Affaires étrangères Petr Macinka (Automobilistes), accompagné de Filip Turek qui n’a jamais caché être opposé à une aide importante à l’Ukraine, et dans le sillage des polémiques liées au discours anti-ukrainien de Nouvel An du président de la Chambre des députés, Tomio Okamura (SPD) qui avait suscité l’ire de l’ambassadeur d’Ukraine.

Officiellement, le Château de Prague n’a pas établi de lien direct avec ces controverses. Mais le calendrier de ce déplacement et la clarté du message porté par Petr Pavel à Kyiv rendent difficile d’y voir un simple hasard, tant il vient réaffirmer une ligne présidentielle cohérente dans un débat intérieur bien plus clivé.

Auteur:Anna Kubišta|Source:iROZHLAS.cz

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