Aux Etats-Unis, les derniers chiffres sur l’inflation pourraient être incorrects en raison des coupes massives dans certaines agences décidées par l’administration Trump. Faute de personnel, le bureau fédéral des statistiques avertit qu’il ne peut pas collecter de données précises, faisant douter les économistes de la fiabilité des chiffres récemment publiés.
Depuis les coupes budgétaires massives opérées par le multimilliardaire Elon Musk, à la tête du Département d’efficience gouvernementale (DOGE) pendant quatre mois, des économistes s’interrogent sur la fiabilité des statistiques publiées par l’Etat américain. Dans un article du Wall Street Journal paru mercredi, ils questionnent en particulier les chiffres communiqués sur l’inflation.
Lors de leur publication il y a un mois, ces chiffres révélaient une hausse modérée – +0,2% en avril et +2,3% sur un an – et semblaient indiquer que l’inflation ne s’emballait pas, malgré l’entrée en vigueur des nouvelles taxes douanières décidées par Donald Trump, qui promettaient de faire grimper les prix.
Les doutes planent aujourd’hui sur la véracité de ces données. Aux Etats-Unis, le Bureau des statistiques du travail, un organisme dépendant du Département du travail à Washington, manque de main-d’œuvre: décimé par le passage d’Elon Musk, les embauches y sont actuellement gelées.
Des « estimations éclairées »
Or, le calcul de l’inflation exige beaucoup de travail de terrain. Des centaines de personnes doivent se rendre dans les supermarchés afin de comparer les prix d’un mois, voire d’une année à l’autre. Les prix peuvent aussi fortement varier entre les différents Etats.
Lors de ses dernières évaluations, le Bureau des statistiques du travail a eu recours à des « estimations éclairées », a-t-il fait savoir. Cette pratique, prévient l’organisme, perdura tant qu’il ne pourra pas recruter à nouveau des enquêteurs et enquêtrices.
Interrogé samedi dans l’émission Forum, John Plassard, directeur à la banque Mirabaud, relève toutefois que la Réserve fédérale américaine (Fed), chargée de superviser et réguler le système bancaire des Etats-Unis, possède son propre programme d’évaluation de l’inflation et anticipe de son côté « une hausse en deuxième partie d’année, notamment en raison des taxes douanières ».
Conséquences politiques et monétaires
Des erreurs ou des inexactitudes dans les chiffres de l’inflation peuvent avoir de multiples conséquences. Les statistiques permettent à la banque centrale américaine d’adapter sa politique monétaire; l’institution augmente ou baisse ses taux d’intérêt en fonction des données.
Ces dernières vont également déterminer le taux d’emprunt pour l’achat d’une maison et le taux auquel une entreprise peut obtenir des crédits.
Les chiffres liés à l’inflation influencent par ailleurs le politique. La forte inflation post-Covid a par exemple joué un rôle central dans la campagne politique américaine, la problématique étant déterminante pour le pouvoir d’achat des électrices et électeurs. Dans certains pays, l’inflation est aussi utilisée pour indexer les salaires ou les loyers.
« Si l’inflation a en réalité augmenté [aux Etats-Unis], Donald Trump aura perdu un certain pari, puisqu’il a répété qu’il ferait baisser le prix de la majeure partie des actifs » dans le pays, souligne John Plassard.
Propos recueillis par Mehmet Gultas
Sujet radio: Mathilde Farine







